Une journée à la médiathèque Yourcenar.

Une journée à la médiathèque Yourcenar.


Mercredi 25 juin 2025. 

Repris le 9 avril 2026. 





Ce jour-là, en début d'après-midi, Margitès était à la médiathèque Yourcenar de la rue d'Alleray : ne pas rester chez lui l'empêchait de faire la sieste à laquelle il succombait trop souvent, à cause de la fatigue. 

Il venait d'écouter une conversation entre un skater et son ami qui l'interrogeait avec bienveillance, et même une certaine complaisance; cet ami ressemblait un peu à Sylvain Tesson, il avait presque le même visage et un timbre de voix similaire. 

Les deux compères ne se privaient pas de critiquer durement, dans le cadre d'une conversation apparemment innocente, les gens qu'ils cotoyaient : 

Les skaters : "Qu'est-ce qu'un skate park ? Un endroit où les parents regardent leur IPhone tandis que les gamins font des figures"; "La Chine, c'est comme l'Espagne, un endroit où la vie dehors est bon marché"; "moi, j'aime bien sortir, être invité, autant que recevoir; et les jeunes femmes qui montent à Paris, elles s'habillent avec une certaine recherche parce qu'elles savent qu'elles seront jugées", etc...

Tout le monde en prenait pour son grade, gentiment en apparence, l'air de rien...

Les deux compères n'avaient pas le genre à lire les maximes de La Rochefoucauld, les Provinciales ou les Pensées de Blaise Pascal, ni les fables de La Fontaine; ils ne donnaient pas l'impression d'avoir lu Gens de Dublin, l' Ulysse publié en 1922, ou Finngans Wake de James Joyce; avaient-ils seulement lu Portnoy et son complexe, ou La Bête qui meurt, de Philip Roth ? Il était bien peu probable qu'ils aient lu La Plaisanterie, La vie est ailleurs, Jacques et son maître, de Milan Kundera, ou même Une trop bruyante solitude, La chevelure sacrifiée, Trains étroitement surveillés, de Bohumil Hrabal...

Pourquoi ? A cause de la langue parlée : elle ne se privait pas d'être relâchée. 

Et pourtant... Il était impossible de le prouver. C'est ce que A. L. disait dans son conférence du jeudi 19 juin dernier : il était impossible de savoir avec certitude ce que les gens avaient dans la tête; il fallait créer, créer des microfictions. 

Margitès se souvenait que Régis Jauffret avait publié deux énormes volumes de micro-fictions, en 2010 et 2022; 

Il se souvenait également du volume de Philipp Delerm, Les eaux troubles du Mojito (2015), un recueil un peu moins épais, plus "léger" : il abordait les sujets d'actualité avec légèreté, même s'il s'agissait de sujets graves. 

Dans le même temps, Margitès lisait, après avoir recopié la structure de l'Ulysse de James Joyce sur wikipedia, les épisodes VI (Hadès - le cimetière - 11 heures - l'enterrement de Paddy Dignam) et VII (Eole - les locaux du journal - Léopold Bloom tente de faire passer une annonce) : l'épisode VII est une satire du journalisme, "censé nous renseigner sur les faits, donc la réalité, qui n'est qu'une immense machine à créer du vent." 

Le matin, il avait croisé les bonnes odeurs de la cuisine populaire coréennes, ou japonaise, et puis le restaurant qui portait le nom de Bélisaire, qui lui rappelait l'époque où il achetait le guide Lebey pour trouver un restaurant, dans les années 2008, 2009...

Il avait croisé une jeune femme commerçante, vrai sosie d'Emmanuelle Devos, l'actrice d'Arnaud Desplechin, pour Comment je me suis disputé… Ma vie sexuelle (1996), et pour Rois & Reine (2004), dont l'action se passe à Grenoble, une ville dans laquelle il était allé se promener, quand il était jeune... C’était l’époque où il découvrait le massif de la Chartreuse et le fort de la Bastille, les massifs de Belledonne et du Vercors, bien avant que le Sarko à talonnettes vienne rendre un hommage hypocrite et électoraliste au maquis du plateau des Glières, mais bien après ces vacances, quand il était enfant, au cours desquelles ils allaient au ski à Villard-de-Lans – il se souvenait par exemple du chat Grillou qui sortait faire ces besoins dans la neige… 

Il avait cherché des chaussures bon marché : tu parles ! Il pouvait toujours courir...

Les deux gus ne manquaient pas d'ironie; parlant de ceux qui ne pensent qu'au skate, au surf, etc., ils disaient : 

- Qu'est-ce qui se passe en Iran ? 

- En I... quoi ? Il y a des vagues là-bas ? 

Et ces jeunes femmes... celle qui avait le maillot du P.S.G. (le club des Proles, des Sociaux-traîtres et des Goules maquées à des parvenus); celle qui avait des tatouages sur les bras, des lunettes et des écouteurs pour s'isoler du bruit (Margitès avait entendu un méchant bruit le matin-même, dans la rue Lecourbe : A Monoprix, il avait "sonné"  au portique de sécurité comme il avait déjà "sonné" à l'entrée du musée du message biblique, consacré au peintre Marc Chagall, à Nice, en février 2024. Et pourtant, il n’avait rien piqué ; simplement, dans cette société de la surveillance généralisée, les enseignes de la grande distribution étaient encore plus paranoïaques que les citoyens, à l’image des gouvernements qui surveillaient leurs peuples bien plus que d’éventuels terroristes, ainsi que l’a montré Edward Snowden, ce qui l’a obligé à trouver refuge dans la Russie de Poutine)... et des petits seins...

.

Sa voisine, à la bibliothèque, qui étudiait un épais dossier sur la chirurgie cardio-vasculaire, portait un petit top qui mettait en valeur ses bras dénudés, et des lunettes... ainsi qu'un pantalon de jogging "baggy". 

Margitès avait parcouru les titres des livres sur les rayonnages de la bibliothèque; un avait retenu son attention : Je voulais changer le monde, de Marek Halter. Ils étaient nombreux ceux qui avaient rêvé de changer le monde, avant de se rallier à l’économie de marché, comme le fondateur de la Fnac, ou de se planquer dans l’administration, pour attendre, pépères, que l’heure de la retraite ne sonne…

Son voisin d'en face avait un lecteur dvd à côté de son ordinateur portable, car les ordinateurs d'aujourd'hui n'ont plus de lecteur "intégré"..., et... il regardait Un héros de notre temps, non pas le roman de Lermontov, mais le film de Mario Monicelli, Un eroe dei nostri tempi, 1955. 

Puis, Margitès était allé sur internet pour "écrire », ou plutôt pour recopier trois textes de Philip Delerm qui lui rappelaient sa jeunesse, dont : Le mensonge de la pastèque

Parce que cela lui rappelait la pastèque qu'ils avaient trouvée, sur le bord de la route des vacances, vers Grado, à l'été 1983, l'année de Turin, du maillot de la Juve, du camping avec la piscine à la périphérie de la ville, dans la périphérie de Turin... et de la vongole, au singulier et avc l'article défini, qui soulignait, cruellement, qu'ils n'en avaient péché qu'une seule, de palourde. 

Ce jour-là, son père, avait été heureux d'être invité par un ami bourgeois à Noirmoutier, un qui savait pêcher, qui connaissait les techniques de pêche du bar, entre autres. 

Ce qui fut pour Margitès l'occasion de faire un jeu de mot : « C'est toujours quand le bar est fermé qu'on a une faim de loup ». 

Ce fut surtout pour lui l'occasion de faire une allusion à un épisode particulièrement marquant du film de Roberto Rossellini, Stromboli (1950), la "mattanza", dans lequel on voit les pêcheurs pauvres de l'île de Stromboli procéder au remontage des filets : la pêche au thon, c'est cruel, c'est pourquoi on l'appelle la "mattanza". 

Puis, il rentra faire son repassage. Quand il repassait ses chemises, il écoutait le Poème de l’extase, voire Prométhée ou le poème du feu, d’Alexandre Scriabine, un compositeur dont il avait visité la maison-musée à Moscou, dans le quartier de l’Arbat, le quartier bohême de la capitale russe. A cette occasion, il avait pu discuter avec une jeune femme, tandis que le musée était presque désert en ces heures torrides d’une fin d’après-midi du mois de juin. Ils avaient notamment discuté de « l’âge d’argent » dans la littérature russe, ces années qui vont de la fin du XIXe siècle à celles qui précèdent la Révolution d’octobre 1917. Alors que le XIXe siècle avait été marqué par les figures de Pouchkine, qui avait sorti la langue russe de son carcan juridico-administratif pour en faire une langue littéraire, notamment avec son roman en vers Eugène Onéguine, avant d’être tué en duel par le français d’Anthès, de Lermontov, l’auteur d’ Un héros de notre temps et du poème Le Démon, qui sera plus tard illustré par Mikhaïl Vroubel, de Gontcharov, le créateur du mythe Oblomov, de Dostoïevski le roturier contre le noble Tolstoï, ces années-là marquent l’apogée de Tchekhov qui, avant de mourir en 1904, livre ses grandes pièces caractérisées par leur remarquable finesse psychologique, Les Trois Sœurs, La Mouette,  La Cerisaie… tandis qu’en poésie, le débat fait rage entre le symbolistes Alexandre Blok (1880-1921), Andreï Biely (1880-1934), influencés par leurs homologues français, et les tenants de l’école acméiste, Nikolaï Goumiliov (1886-1921), Anna Akhmatova (1889-1966), Ossip Mandelstam (1892-1942), qui préfèrent utiliser une langue simple et concrète. La jeune femme en tenait pour Maxime Gorki, avec son réalisme social illustré par sa pièce Les bas-fonds (1902) et son roman La Mère (1907), tandis que Margitès, s’il admirait le néo-réalisme du cinéma italien d’après-guerre, était surtout émerveillé de découvrir le bouillonnement intellectuel et culturel du tournant du siècle en Russie, qui se prolonge pendant les années d’après la révolution, et qui ne prendra fin qu’avec la chape de plomb posée par le dogme du réalisme socialiste sur toute forme d’expression artistique. Ce jour-là, néanmoins, il était rentré à pied jusqu’à son hôtel, situé à côté de la place Rouge, enchanté de cette conversation passionnée avec une jeune femme cultivée… et en cette fin d’après-midi de juin 2025, dix ans après, il s’en souvenait encore…

Eclata un orage. 

Tandis qu’il était au téléphone avec sa mère, le ciel a commencé à s’assombrir alors qu’il faisait un grand soleil, les éclairs à strier le ciel, le vent à souffler et les premières gouttes à tomber ; lui qui avait envie de sortir pour aller dîner, il se dit qu’il avait bien fait de sortir la nuit précédente, à la recherche d’une glace à l’italienne dans un stand de la fête foraine du jardin des Tuileries (qu’il n’avait pas trouvée car arrivé bien après les 23.00, heure de la fermeture du jardin), ce qui lui avait permis de prendre en photo la montgolfière avec la vasque olympique des Jeux de Paris 2024 de l’été précédent ; il parlait à sa mère de ses difficultés à trouver un tapis anti-givre pour congélateur, ainsi que des pots cassés (les artichauts en antipasto et la confiture d’abricot) dans le colis qu’elle lui avait envoyé… et ça s’est mis à tomber dru, comme un véritable orage d’été ou du mois de juin : il avait vu des gens courir pour se mettre à l’abri, ce qui lui avait rappelé la fois, à l’époque où il était officier de réserve au mont Valérien, vers 2001, et où, de retour à Nogent-sur-Marne, il avait été surpris par un orage semblable à la sortie du RER. 

Après avoir raccroché, l’orage était devenu violent, il ne faisait pas le fier et pourtant il était excité, « il y avait de l’électricité dans l’air »… et le disjoncteur avait sauté, à cause de l’humidité due aux gouttes de pluie qui s’étaient infiltrées par les grilles d’aération à proximité de l’ampoule des toilettes ; il ne faisait toujours pas le fier, il avait débranché plusieurs appareils électriques (la lampe halogène, le téléphone et l’ordinateurs portables) mais ce n’était pas l’origine du problème puisque c’était l’humidité ; il avait fallu qu’il appelle ses parents qui lui avaient expliqué qu’il fallait abaisser le disjoncteur de la salle de bain avant de le remettre quand l’humidité aurait disparu ; il avait ainsi appris que le disjoncteur peut sauter quand il pleut, en raison des surtensions générées par un orage, à cause « d’une fuite à la terre d’un circuit extérieur » ou de la pluie ; qu’il existe un disjoncteur général, un disjoncteur différentiel et des disjoncteurs particuliers, propres à chaque installation électrique (prises ou lumières, puisque je n’ai pas de radiateur électrique). 

Alors, pour me remettre de mes émotions, il s’était fait des capellini avec une sauce Carbonara, avec de l’oignon et de la pancetta d’un côté, crème, œuf et Parmesan râpé de l’autre… Un régal, un pur délice. 






Una giornata alla Mediateca Yourcenar.


Mercoledì 25 giugno 2025.





Quel giorno, nel primo pomeriggio, Margitès si trovava alla Mediateca Yourcenar in Rue d'Alleray : non rimanere a casa gli impediva di fare il pisolino a cui troppo spesso si abbandonava a causa della stanchezza.

Aveva appena sentito una conversazione tra uno skater e un suo amico, che lo interrogava con gentilezza, persino con una certa indulgenza; quest'amico assomigliava leggermente a Sylvain Tesson, con quasi lo stesso viso e un timbro di voce simile.

I due compagni non esitarono a criticare duramente, nel contesto di una conversazione apparentemente innocente, le persone che frequentavano :

gli skater: "Cos'è uno skate park ? Un posto dove i genitori fissano i loro iPhone mentre i bambini fanno trick." "La Cina è come la Spagna, un posto dove la vita fuori costa poco"; "Mi piace uscire, essere invitato, tanto quanto ospitare; e le giovani donne che vanno a Parigi si vestono con un certo stile perché sanno che saranno giudicate", ecc...

Ognuno riceveva la sua dose di prese in giro, apparentemente in modo amichevole e disinvolto...

I due amici non erano il tipo da leggere le Massime di La Rochefoucauld, le Lettere provinciali, i Pensieri di Blaise Pascal o le favole di La Fontaine; non davano l'impressione di aver letto Gente di Dublino, Ulisse pubblicato nel 1922, o Finn's Wake di James Joyce; avevano mai letto Il lamento di Portnoy o La bestia morente di Philip Roth ? Era altamente improbabile che avessero letto Lo scherzo, La vita è altrove, Jacques e il suo padrone di Milan Kundera, o persino Una solitudine troppo rumorosa, L'acconciatura sacrificata e Treni sorvegliati di Bohumil Hrabal... Perché ? A causa della lingua parlata : non era molto sostenuto.

Eppure... Era impossibile dimostrarlo. È quello che diceva A. L. nella sua conferenza del giovedì di una settimana fa, il 19 giugno : era impossibile sapere con certezza cosa stesse pensando la gente; bisognava creare, creare micronarrazioni. Margitès si ricordava che Régis Jauffret aveva pubblicato due enormi volumi di micronarrazioni, nel 2010 e nel 2022. Ricordava anche il libro di Philipp Delerm, Les eaux troubles du Mojito (2015), una raccolta leggermente più breve e "leggera" : affrontava l'attualità con leggerezza, anche quando trattava argomenti seri.

Contemporaneamente, dopo aver copiato la struttura dell'Ulisse di James Joyce da Wikipedia, Margitès stava leggendo gli episodi VI (Ade - il cimitero - ore 11 - il funerale di Paddy Dignam) e VII (Eolo - la redazione del giornale - Leopold Bloom cerca di piazzare un annuncio): l'episodio VII è una satira del giornalismo, « che dovrebbe informarci sui fatti, quindi sulla realtà, che non è altro che un'enorme macchina per creare aria fritta ».

Aveva incontrato una giovane negoziante, una vera sosia di Emmanuelle Devos, l'attrice del film di Arnaud Desplechin Comment je me suis disputé… Ma vie sexuelle (1996), e di Rois & Reine (2004), ambientato a Grenoble, città che aveva visitato da giovane uomo... Era il periodo in cui aveva scoperto la Chartreuse e la Bastiglia, le catene montuose di Belledonne e del Vercors, molto prima che il Sarko-agli-cuscinetti arrivasse a rendere un ipocrita e propagandistico omaggio ai combattenti della resistenza dell'altopiano di Glières, ma molto tempo dopo quelle vacanze, quando era bambino, durante le quali andavano a sciare a Villard-de-Lans – ricordava, ad esempio, il gatto Grillou che usciva a fare i suoi bisogni nella neve…

Cercava delle scarpe economiche : sì, certo ! Poteva sempre scappare a gambe levate o corire...

I due ragazzi erano piuttosto sarcastici; parlando di quelli che pensano solo allo skateboard, al surf e così via, dicevano :

— Cosa succede in Iran ?

— In I... cosa ? Ci sono onde lì ?

E quelle ragazze... quella con la maglia del PSG; Quella con i tatuaggi sulle braccia, gli occhiali e le cuffie per isolarsi dal rumore (Margitès aveva sentito un rumore fastidioso proprio quella mattina in Rue Lecourbe : al Monoprix, aveva fatto scattare l'allarme, proprio come aveva già fatto scattare l'allarme all'ingresso del Museo del Messaggio Biblico, dedicato al pittore Marc Chagall, a Nizza, nel febbraio 2024. Eppure, non aveva rubato nulla; semplicemente, in questa società di sorveglianza generalizzata, i grandi rivenditori erano persino più paranoici dei cittadini, come i governi che controllano i propri cittadini molto più dei potenziali terroristi, come ha dimostrato Edward Snowden, costringendolo a cercare rifugio nella Russia di Putin)... e i suoi piccoli seni di bachelite...

La sua vicina di biblioteca, che stava studiando un voluminoso fascicolo sulla chirurgia cardiovascolare, indossava un top corto che metteva in mostra le braccia nude e gli occhiali... oltre a pantaloni da jogging larghi.

Margitès aveva dato un'occhiata ai titoli dei libri sugli scaffali della biblioteca; uno aveva attirato la sua attenzione : Volevo cambiare il mondo, di Marek Halter. Molti avevano sognato di cambiare il mondo, prima di abbracciare l'economia di mercato, come il fondatore della Fnac, o di accontentarsi di una comoda posizione amministrativa, in attesa della pensione, senza farne di troppo…

Il suo vicino di casa, dall'altra parte del corridoio, aveva un lettore DVD accanto al suo portatile (dato che oggi i computer non hanno più un lettore DVD integrato) e stava guardando Un eroe dei nostri tempi, non il romanzo di Lermontov, ma il film di Mario Monicelli, Un eroe dei nostri tempi, 1955.

Poi, Margitès andò online per "scrivere" : infatti, copiò tre testi di Philip Delerm che gli ricordavano la sua giovinezza, tra cui La bugia dell'anguria,  

Perché gli ricordava l'anguria che avevano comprata sul ciglio della strada in vacanza, verso Grado, nell'estate del 1983, l'anno di Torino, della maglia della Juve, del campeggio con la piscina alla periferia della città di Torino... e della vongola, al singolare e con l'articolo determinativo, che sottolineava crudelmente che ne avevano pescata solo una, di vongola.

Quel giorno, suo padre era felicissimo di essere stato invitato a Noirmoutier da un amico borghese, un uomo che sapeva pescare e che, tra le altre cose, conosceva le tecniche di pesca del branzino.

Questo diede a Margitès l'opportunità di fare un gioco di parole sul nome del branzino, che in francese si dice “bar” : 

— È sempre quando il “bar” è chiuso che si ha una fame du lupo. 

Fu anche l'occasione per lui di alludere a un episodio particolarmente suggestivo del film di Roberto Rossellini, Stromboli (1950), la « mattanza », in cui vediamo i poveri pescatori dell'isola di Stromboli tirare su le reti : la pesca del tonno è crudele, ecco perché si chiama « mattanza ». 

Poi tornò a casa per stirare le sue camicie. Mentre stirava, ascoltava il Poema dell'Estasi, o anche Prometeo, o il Poema del Fuoco, di Alexander Scriabin, un compositore di cui aveva visitato la casa-museo a Mosca, nel quartiere del Arbat, il quartiere bobo della capitale russa. In quell'occasione, aveva avuto modo di parlare con una giovane donna, mentre il museo era quasi deserto durante quelle ore afose di un tardo pomeriggio di giugno. Avevano discusso in particolare dell'"Età d'Argento" nella letteratura russa, quegli anni che vanno dalla fine del XIX° secolo a quelli precedenti la Rivoluzione d'Ottobre del 1917. Mentre il XIX° secolo era stato segnato da figure come Puškin, che aveva liberato la lingua russa dai suoi vincoli legali e amministrativi per farne una lingua letteraria, in particolare con il suo romanzo in versi Eugenio Onegin, prima di essere ucciso in un duello dal francese d'Anthès; Lermontov, autore di Un eroe del nostro tempo e del poema Il demone, che sarebbe stato poi illustrato da Mikhail Vrubel; Goncharov, creatore del mito di Oblomov; e Dostoevskij, il popolano contro il nobile Tolstoj, questi anni segnarono l'apogeo di Čechov, che, prima della sua morte nel 1904, produsse le sue grandi opere teatrali caratterizzate da una notevole profondità psicologica: Le tre sorelle, Il gabbiano, Il giardino dei ciliegi… mentre in poesia infuriava il dibattito tra i simbolisti Alexander Blok (1880-1921) e Andrej Bely (1880-1934), influenzati dalle loro controparti francesi, e i sostenitori della scuola acmeista, Nikolaj Gumilev (1886-1921), Anna Achmatova (1889-1966) e Osip Mandel'štam (1892-1942), che preferivano un linguaggio semplice e concreto. La giovane signora ammirava Maksim Gor'kij, con il suo realismo esemplificato dalla pièce teatrale I bassifondi (1902) e dal romanzo La madre (1907), mentre Margites, pur ammirando il neorealismo del cinema italiano del dopoguerra, era rimasto soprattutto colpito dal fermento intellettuale e culturale di inizio secolo in Russia, che continuò negli anni successivi alla rivoluzione e si sarebbe concluso solo con la soffocante morsa del dogma del realismo socialista su ogni forma di espressione artistica. Quel giorno, però, era tornato al suo albergo, situato vicino alla Piazza Rossa, deliziato da quella conversazione appassionata con una giovane donna colta… e in quel tardo pomeriggio di giugno del 2025, dieci anni dopo, ancora lo ricordava… 


Mentre era al telefono con la sua madre, il cielo aveva iniziato a oscurarsi nonostante fosse stato soleggiato, i lampi avevano iniziato a squarciare il cielo, il vento iniziato a soffiare e le prime gocce cominciato a cadere; lui, che voleva uscire a cena, si dice che aveva fatto bene ad uscire la sera prima, a cercare un gelato italiano in una bancarella del luna park nel giardino delle Tuileries, che non aveva trovato però perché era arrivato ben dopo le 23.00, l'orario di chiusura del giardino, allora aveva scattato una foto alla mongolfiera con il braciere olimpico dei Giochi di Parigi 2024, quelli dell'estate prima; raccontava a sua madre a proposito delle sue difficoltà a trovare un tappetino anti-brina per il freezer, e dei barattoli rotti (i carciofi per l'antipasto e la marmellata di albicocche) nel pacco che gli aveva mandato... e poi aveva iniziato a piovere a dirotto, come un vero temporale estivo di giugno : aveva visto gente correre a ripararsi, il che gli ricordava quando mentre era ufficiale di riserva al Mont Valérien, intorno al 2001, tornando a Nogent-sur-Marne, era stato sorpreso da un temporale simile mentre usciva dalla stazione RER.

Dopo aver riattaccato, il temporale era diventato violento; non si sentiva coraggioso, era emozionato, "c'era elettricità nell'aria"... l'interruttore scattò, a causa dell'umidità delle gocce di pioggia che erano filtrate attraverso le griglie di ventilazione vicino alla lampadina del bagno. Non si sentiva ancora molto sicuro. Aveva staccato diversi elettrodomestici (la lampada alogena, il telefono e i portatili), ma non era quella la fonte del problema; era l'umidità. Aveva dovuto chiamare i suoi genitori, che gli avevano spiegato che doveva staccare l'interruttore del bagno e riaccenderlo una volta che l'umidità si fosse dissipata. Aveva scoperto che l'interruttore può scattare quando piove, a causa di sovratensioni causate da un temporale, un guasto a terra in un circuito esterno o semplicemente a causa della pioggia. Aveva anche scoperto che esiste un interruttore generale, un interruttore differenziale e interruttori differenziali specifici per ogni impianto elettrico (prese o luci, dato che non ho un termosifono elettrico). 

Così, per riprendersi dallo shock, si era preparato dei capellini alla carbonara, con cipola e pancetta da una parte, panna di cucina, uovo e Parmigiano grattugiato dall'altra, era stato un delizio. 




Précédent
Précédent

Que valent la peau d'un homme et l'avis d'une jeune femme ?

Suivant
Suivant

La Sprezzatura