Katioucha par le nez.
Katioucha par le nez.
Flottent dans la pièce les effluves d’un parfum à bon marché, acheté dans le duty free d’un aéroport. Ce n’est pas le n° 5 de Chanel, mais ce n’est pas non plus Marilyn Monroe. Antoine renifle dans ses cheveux le mouillé et la vanille de Madagascar, qui rappellent le shampoing qu’elle vient de se faire à l’instant. Ça sent la crème pour le visage aussi.
Il s’attarde dans son cou, c’est doux et c’est capiteux. Ses aisselles rasées de frais laissent percevoir une légère trace de sudation ; les aréoles et ses mamelons durcis lui évoquent la tétine d’un biberon. Le sillon intermammaire et le pli sous les seins sont étrangement neutres ; alors il relève la tête, attiré par des odeurs de cuisine, la brioche encore chaude, mais aussi les préparatifs du repas de Noël, la pâte pour le Koulibiac, le chou farci et la dinde dorée au four.
Il se replonge dans son intimité, qui est chaude elle aussi, accueillante, mais un peu inquiétante. Il descend le long de son ventre et il arrive à sa fente, son petit sanctuaire privé. Point d’hostie consacrée, ni d’odeur d’encens, ça sent plutôt l’urine et pourtant ça ne le gêne pas. C’est sa chatte, qui le rend fou, et qu’il a l’impression de pouvoir reconnaître entre mille. Il s’y attarde, se livre à quelques dévotions bien de chez nous, il laboure avec le nez autant qu’avec la langue, et tout à coup ça devient plus humide ; c’est la mouille qui vient, il est sur le bon chemin.
D’une légère claque sur la cuisse, il lui fait savoir qu’il est temps de changer de position ; elle comprend, se retourne et il entreprend alors ses fesses, callipyges à souhait, un régal au toucher, à mordiller, mais ça ne sent rien. Il met son nez dans sa raie, ça ne fleure plus le parfum bon marché, mais la femme, la vraie, dans ce qu’elle a de plus intime et de moins sophistiqué. Ça lui plaît, mais qu’est-ce qui ne lui plaît pas chez elle ? La cave sombre et humide l’attire autant que l’étage noble, vivement éclairé, où on reçoit les invités de marque, pour l’apparat et les activités sociales qui puent les mondanités marquées du sceau de l’hypocrisie.
Quand il en a assez, légèrement étourdi, il relève la tête pour humer un grand bol d’air frais, mais c’est l’atmosphère confinée de la chambre qu’il perçoit d’abord, réchauffée par le radiateur qui carbure à plein régime ; l’armoire en bois sans être normande exhale quand même le charme discret de la bourgeoisie. Il se lève et se dirige vers la fenêtre qu’il ouvre en grand, et c’est une bourrasque de vent glacial qui lui fouette le visage. Il en prend plein la gueule, il pourrait être dégrisé, mais il ferme les yeux, ça sent l’hiver, les cadeaux sous le sapin, la bûche dans la cheminée, le traîneau qui glisse sur la neige, les contes de Noël aussi bien qu’un roman de Tolstoï imprimé sur du papier jauni et défraîchi ; c’est comme si ça sentait les réminiscences de l’enfance après les divertissements de l’âge adulte.
Décembre 2022.
