L’ennui, d’Alberto Moravia
L’ennui, d’Alberto Moravia
19 janvier 2000.
Pour les enfants, l’ennui a l’odeur et la couleur du mercredi. Ce sont les grandes personnes qui s’ennuient le dimanche. Pour les enfants, c’est le mercredi qui est terrible : entre la télévision qui propose des programmes qui prennent ceux qui les regardent pour des demeurés, et les activités sportives, dans lesquelles les cancres se vengent de l’humiliation que leur imposent les forts en thème le reste de la semaine, il n’y a aucun répit.
En vieillissant, certaines personnes n’arrivent pas à grandir et se trouvent toujours aussi désœuvrées le mercredi. C’est alors que, pour se changer les idées, et croyant peut-être qu’il existe un mystère, un parfum particulier de la banlieue, elles découvrent la vacuité de celle-ci. Elles cherchent donc à se renseigner sur ce qui passe dans la grande ville toute proche par le biais de la fiction, que ce soit le cinéma ou la littérature.
L’Ennui est un film français de Cédric Kahn avec Charles Berling, sorti en 1998, mais surtout adapté du roman d’Alberto Moravia, La noia, publié en 1960. Il avait déjà été adapté en 1963 par Damiano Damiani sous le titre L’ennui, et sa diversion l’érotisme.
Voilà comment ont peut imaginer Rome au quotidien. Une ville qui sert de décor à des histoires qui pourraient tout aussi bien se dérouler à Paris. Un intellectuel que sa femme a quitté s’entiche du modèle d’un peintre sulfureux au point de sombrer dans l’obsession sexuelle.
Riche et bourgeois, Dino est un peintre raté. Renonçant à ses velléités créatrices, il revient chez sa mère, où l’ennui le rattrape bientôt. Dans son atelier, il rencontre la jeune modèle de son voisin, le peintre Balestrieri, qui vient de mourir. La liaison avec Cécilia, la modèle, semble elle aussi destinée à sombrer dans l’ennui, quand Dino est happé par une fascination qu’il ne comprend pas.
Après avoir tenté de réduire sa maîtresse à des images dégradantes - amante infidèle, femme mercenaire, épouse bourgeoise – pour se libérer de cette passion étrange, il doit constater l’échec de ce stratagème. Enfin, il se retourne contre lui-même et jette sa voiture sur un arbre.
L’épilogue nous le montre dans une clinique, rescapé mais aussi converti à la contemplation : il renonce à exercer une quelconque prise sur le réel et se contente de le regarder ; ce n’est qu’à ce prix qu’il pourra revoir Cécilia.
Ce qui m’intéresse est ailleurs : l’atelier se trouve dans la via Margutta, qui devint la rue des artistes dans les années 1950, après le film Vacances romaines, et qui se trouve derrière la via del Corso, à proximité de la piazza del Popolo, et la grande villa familiale sur la via Appia, au milieu des cyprès, des pins parasols et des ruines, parfois en briques, qui alternent le long des à-côtés herbeux de la route.
Les parents de Cécilia habitent dans le quartier de Prati, spécialement construit pour les fonctionnaires piémontais du jeune royaume d’Italie, à la fin du XIX° siècle.
Cela m’intéresse d’autant plus que les indications de lieu sont rares chez Moravia. C’est ce qui est ennuyeux dans ses romans : il n’y a pas beaucoup de topographie, comme si l’auteur, tout à son entreprise de dénonciation des travers de la bourgeoisie, n’était pas là pour proposer une visite guidée et touristique, mais pour procéder à une déconstruction en règle, analysant chaque élément psychologique jusqu’à la moëlle, dans une atmosphère étouffante, à la mesure de ce climat bourgeois qu’il cherche à rejeter.
La noia, di Alberto Moravia
19 gennaio 2000.
Per i bambini la noia ha l’odore e il colore del mercoledì. Sono i grandi ad annoiarsi la domenica. Per i bambini, è il mercoledì che è terribile : tra la televisione che offre programmi che prendono per scemo chi li guarda, e le attività sportive, in cui gli stupidi si vendicano dell'umiliazione imposta loro dai forti in tema settimana, non c'è tregua.
Invecchiando, alcune persone non riescono a crescere e si ritrovano ancora oziate il mercoledì. È allora che, per schiarirsi le idee, e magari credendo che ci sia un mistero, un profumo particolare della periferia, ne scoprono il vuoto. Cercano quindi di scoprire cosa sta succedendo nella vicina grande città attraverso la finzione, sia cinematografica che letteraria.
L'Ennui è un film francese di Cédric Kahn con Charles Berling, uscito nel 1998, ma tratto principalmente dal romanzo di Alberto Moravia, La noia, pubblicato nel 1960. Era già stato adattato nel 1963 da Damiano Damiani con il titolo La noia, e il suo diversivo, l'erotismo.
Così possiamo immaginare quotidianamente Roma. Una città che funge da scenario per storie che potrebbero facilmente svolgersi a Parigi. Un intellettuale abbandonato dalla moglie si invaghisce del modello di un pittore sulfureo fino a sprofondare nell'ossessione sessuale.
Ricco e borghese, Dino è un pittore fallito. Rinunciando ai suoi desideri creativi, torna da sua madre, dove presto la noia lo raggiunge. Nel suo studio incontra la giovane modella del suo vicino di casa, il pittore Balestrieri, appena morto. Anche la storia con Cécilia, la modella, sembra destinata a sprofondare nella noia, quando Dino viene preso da un fascino che non comprende.
Dopo aver tentato di ridurre la sua amante a immagini degradanti - amante infedele, moglie mercenaria, moglie borghese - per liberarsi da questa strana passione, dovrà vedere il fallimento di questo stratagemma. Alla fine si gira su se stesso e lancia la sua macchina contro un albero.
L'epilogo lo mostra in una clinica, sopravvissuto ma anche convertito alla contemplazione : rinuncia ad ogni presa sulla realtà e si accontenta di guardarla; è solo a questo prezzo che potrà rivedere Cécilia.
Ciò che mi interessa è altrove : la bottega del pittore si trova in via Margutta, diventata negli anni Cinquanta la via degli artisti, dopo il film Vacanze Romane, e che si trova dietro via del Corso, vicino a piazza del Popolo, e alla grande villa di famiglia sulla via Appia, tra cipressi, pini marittimi e ruderi, talvolta in mattoni, che si alternano lungo i fianchi erbosi della la strada.
I genitori di Cécilia vivono nel quartiere Prati, costruito appositamente per i funzionari piemontesi del giovane regno d'Italia, alla fine dell'Ottocento.
Ciò mi interessa tanto più che negli romanzi di Moravia le indicazioni sulla localizzazione sono rare. Questo è ciò che risulta noioso nei suoi romanzi : c'è poca topografia, come se l'autore, concentrato nel sua volontà di denunciare le mancanze della borghesia, non fosse lì per offrire una visita guidata e turistica, ma per effettuare una decostruzione metodica, analizzando ogni elemento psicologico fino al midollo, in un'atmosfera soffocante, proporzionata a questo clima borghese che cerca di respingere.
Je me souviens d’autres romans d’Alberto Moravia :
Le voyage à Rome, 1989.
Mario De Sio a vingt ans. Ses parents se sont séparés dans son enfance : le père, agent immobilier, est resté à Rome et la mère l’a emmené à Paris, où elle est morte. Élevé par un oncle, il n’a donc presque pas connu son père qu’il va revoir à Rome. Mario se dit poète mais n’a écrit aucun poème. Il s’identifie à Apollinaire dont la vie a de nombreux points communs avec la sienne et qui lui paraît avoir déjà créé l’œuvre à laquelle lui-même aspire. Dès qu’il retrouve le décor de son enfance, Mario voit resurgir, de façon hallucinante, le fantôme maternel. Et une scène sexuelle, traumatique, va se reconstituer devant ses yeux. Guidé, dans ses recherches, par une fillette de treize ans et la mère de celle-ci, troublé par l’intervention de la maîtresse de son père, le jeune narrateur se voit, malgré lui, acculé à une véritable mise en scène de l’inceste.
Il viaggio a Roma, 1989.
Mario De Sio ha vent'anni. I suoi genitori si separarono durante l'infanzia: il padre, agente immobiliare, rimase a Roma e la madre lo portò a Parigi, dove morì. Cresciuto da uno zio, ha conosciuto a malapena il padre che rivedrà a Roma. Mario si definisce poeta ma non ha scritto alcuna poesia. Si identifica con Apollinaire la cui vita ha molti punti in comune con la sua e che gli sembra aver già realizzato l'opera a cui aspira lui stesso. Appena ritorna nell'ambientazione della sua infanzia, Mario vede riaffiorare, in modo allucinatorio, il fantasma materno. E davanti ai suoi occhi verrà ricostituita una scena sessuale traumatica. Guidato nelle sue ricerche da una ragazzina tredicenne e da sua madre, turbata dall'intervento dell'amante del padre, il giovane narratore si vede, suo malgrado, costretto a una vera e propria messa in scena dell'incesto.
La Belle Romaine, 1953.
Adrienne est, à seize ans, d’une si parfaite beauté que sa mère veut faire d’elle un modèle. Mais ces dons physiques feront le malheur de la jeune Romaine. Tombée dans le dérèglement, elle croit souvent trouver l’amour et ne connaît jamais que la déception. Soudain mêlée à une affaire criminelle dont elle connaît le coupable, elle révèle son nom sous le secret de la confession mais reçoit du prêtre l’injonction de dénoncer le meurtrier à la justice. Accablée, la malheureuse cherche des appuis, croit en trouver tantôt dans la police, tantôt auprès des irréguliers avec lesquels son existence la met en contact. En vain. Rien ne saurait conjurer la marche du destin.
La bella Romana, 1953.
Adrienne, a sedici anni, è così bella che sua madre vuole farne una modella. Ma queste doti fisiche porteranno sfortuna alla giovane Romana. Caduta nel disordine, crede spesso di aver trovato l'amore e prova sempre e solo delusione. Coinvolta improvvisamente in un procedimento penale di cui conosce il colpevole, rivela il suo nome sotto il segreto della confessione ma riceve l'ingiunzione dal sacerdote di denunciare l'assassino alla giustizia. Sopraffatta, la sfortunata donna cerca sostegno, credendo di trovarlo a volte nella polizia, a volte tra gli irregolari con cui la sua esistenza la mette in contatto. Invano. Niente può scongiurare la marcia del destino.
Le Conformiste, 1951.
Le jeune Marcello grandit, abandonné à lui-même, dans une famille désunie. Le bouillonnement de l’adolescence l’effraie : il se sent traversé par des instincts violents ou même meurtriers, et les avances d’un chauffeur de maître lui font prendre conscience de son homosexualité latente. Terrorisé par le sentiment d’être différent des autres et comme tel coupable, Marcello décide, une fois adulte, de devenir comme tout le monde, irréprochablement normal. Dans l’Italie de Mussolini, être normal cela veut dire être fasciste : Marcello a mis le doigt dans un engrenage terrible qui le conduira très loin…
Il Conformista, 1951.
Il giovane Marcello cresce, abbandonato a se stesso, in una famiglia disunita. Le emozioni dell'adolescenza lo spaventano : si sente sopraffatto da istinti violenti o addirittura omicidi, e le avances di un autista lo rendono consapevole della sua omosessualità latente. Terrorizzato dalla sensazione di essere diverso dagli altri e come tale colpevole, Marcello decide, una volta adulto, di diventare come tutti gli altri, irreprensibilemente normale. Nell'Italia di Mussolini essere normali significa essere fascisti: Marcello ha messo il dito su una terribile spirale che lo porterà molto lontano...
