Lecture du livre de Frédéric Pajak sur Nietzsche et Cesare Pavese.
Lecture du livre de Frédéric Pajak sur Nietzsche et Cesare Pavese.
Dimanche 13 août 2023.
Conversation téléphonique avec A.
Il revenait d'un week-end aux Andelys, passé avec un ami rencontré lors de son voyage en Ouzbékistan, qui l'avait invité. Les Andelys se situent entre Mantes et Rouen, non loin de Vernon et Giverny, où se trouve le jardin de Monet.
Ils ont fait de longues promenades, voire des courses, dans la forêt, dont les arbres sont encore verts grâce aux pluies récentes, ont savouré de bons repas et ont visité Rouen pour des visites culturelles. Cela me rappelle la peinture de la cathédrale Notre-Dame de Rouen par Claude Monet, qu'il a réalisée à toute heure du jour et en toutes saisons, pendant plusieurs années, entre 1892 et 1894, pour une série de 30 toiles, représentant principalement le portail ouest.
Pourquoi Claude Monet a-t-il peint la cathédrale de Rouen ?
Parce que la cathédrale lui permettait de souligner le paradoxe entre une structure solide et permanente et la légèreté d'une lumière sans cesse changeante. C’est là tout le génie des peintres : saisir les infimes variations de lumière, au gré des heures et des saisons.
Je me souviens aussi de mes promenades dans les bois d’automne, parmi les feuilles mortes, notamment au parc de Saint-Cloud, avec mon père. C’était un week-end du 1er novembre, j’étais enfant. Je me souviens également d’une visite à Rouen, lors d’un de mes voyages en Normandie.
Je me souviens que Croisset, la maison de Flaubert, n’est pas loin de Rouen. Honfleur et Deauville sont un peu plus éloignées, mais que Balbec, le personnage de Proust, s’inspire de Cabourg, sur la Côte Fleurie.
Je me souviens d’une visite au Havre et à son musée d’Art moderne, où j’ai acheté un livre sur les tableaux et la peinture de Camille Pissarro, Pissarro dans les ports, avec des tableaux de Rouen.
Nous avons ensuite parlé du prix exorbitant des autoroutes : les autorités veulent nous inciter à privilégier les transports en commun, mais elles ne font rien pour les rendre attractifs ; leur seul réflexe est d’augmenter les prix.
Puis nous avons parlé de Turin, de voyages en Italie, qui peuvent s’avérer intéressants. Que voir à Turin ?
Le Palazzo Madama, qui abrite la Galerie royale d'art, puis le Sénat du Parlement de Sardaigne et la Haute Cour, sur la Piazza Castello ; le Teatro Regio ; la Mole Antonelliana, avec le Musée du Cinéma ; le Musée de l'Automobile ; le Parc Valentino, où se trouve le Borgo Medioevale et ses superbes maquettes ; les rives du Pô, le Musée égyptien, la Galleria Sabauda, le Palazzo Carignano et le Musée du Risorgimento ; le Lingotto, ce centre commercial avec une piste d'essai sur le toit ; les usines Fiat de Mirafiori ; la colline et la basilique de Superga (architecte : Filippo Juvarra) ; le Musée de la montagne…
Je me souviens d'être allé plusieurs fois à Turin, première capitale de l'Italie réunifiée, sur les traces de Cesare Pavese et de Nietzsche. Ou plutôt, après avoir lu le livre de Frédéric Pajak, L'Immense Solitude, avec Friedrich Nietzsche et Cesare Pavese, orphelins sous le ciel de Turin (1999).
Et nous avons parlé de Rome, que nous avons eu la chance de connaître avant l'an 2000, lui en 1993, moi en 1988, à l'époque de l'hôtel Ponte Sisto et du Baron perché d'Italo Calvino, puis en 1992, à l'époque de l'hôtel derrière les thermes de Dioclétien : l'arrivée du train tôt le matin, puis le café, par exemple sur le Largo Argentina.
Enfin, les voyages en voiture, de nuit, à travers le pays, vers le sud. Le cafard ? Mais les voyages de nuit permettent d'éviter les embouteillages sur l'autoroute. Et ce voyage en Mini, en Toscane, en juin 2007 : nous étions un peu fous, c'était une aventure à notre échelle, alors que la voiture commençait à montrer des signes de fatigue à Auxerre.
À propos de Turin :
Je me souviens que c'est la ville où Primo Levi s'est suicidé en 1987.
Je me souviens d'avoir goûté là le bicerin.
Et d'avoir acheté le roman de Dino Buzzati, Un Amore, dans une librairie de la Via Pô.
Je me souviens d'avoir visité l'église du Saint-Suaire, derrière la Piazza Castello, puis le Balón, l'immense marché aux puces de Turin, divisé en deux parties : le marché moderne, où l'on vend des objets kitsch et utilitaires, et le marché des antiquités.
Je me souviens que le Cottolengo, où Italo Calvino situe l'action de son roman La journée d'un scrutateur, est tout près ; je l'ai cherché, mais je ne l'ai pas trouvé.
Je me souviens des films :
- Femmes entre elles (1955), de Michelangelo Antonioni, d'après une nouvelle de Cesare Pavese, Tra donne sole (1949).
- La Femme du dimanche (La donna della domenica, 1976), de Luigi Comencini.
- Les Camarades (I compagni, 1963), de Mario Monicelli, avec Marcello Mastroianni dans le rôle d'un professeur anarchiste qui apprend aux ouvriers à s'organiser pour défendre leurs droits dans les usines textiles de la fin du XIXe, donc avant que Gramsci n'arrive dans la capitale du Piémont.
- The Italian Job (2003), remake américain du film britannique L'or se barre (Un colpo all'italiana, 1969), de Peter Collinson, avec Michael Caine, nettement plus drôle. Mais pourquoi s'obstinent-ils à faire des remakes ? Parce qu'ils sont paresseux et n'ont aucune imagination.
Voici, tirés du livre de Frédéric Pajak, les passages qui me touchent particulièrement :
« En fin de compte, nul ne peut tirer davantage des choses, y compris des livres, que ce qu’il sait déjà. Ce à quoi nous n’avons pas accès par l’expérience vécue, nous n’avons pas d’oreilles pour l’entendre.»
Friedrich Nietzsche, Ecce Homo.
« J’avais déjà lu avec passion les livres de Nietzsche et de Pavese, tout comme j’avais longtemps aimé les peintures de Giorgio De Chirico, mais la ville que je découvrais et son complice « par hasard » ne m’avaient pas encore révélé les liens mystérieux qui unissaient cette mélancolie irréductible, cette immense mélancolie, cette langueur, cette extase, ou cette fatalité irrémédiable.»
(Frédéric Pajak)
1. La Voix du Pô
Savais-je, belles étoiles de la Grande Ourse,
qu'un jour je vous retrouverais
brillant au-dessus du jardin de mon père,
que je vous parlerais encore des fenêtres
de la maison de mon enfance,
et contemplerais la fin de mon bonheur ?
Giacomo Leopardi, Ricordi, 1831.
Dans son poème « Ancêtres », Pavese dit :
Et les femmes n'ont pas d'importance dans notre famille.
Je veux dire, dans notre famille, les femmes restent à la maison
et nous donnent naissance sans rien dire
et elles n'ont pas d'importance, et nous ne nous souvenons pas d'elles.
Chaque femme infuse quelque chose de nouveau dans notre sang,
mais elles s'annulent toutes dans cette œuvre, et nous,
ainsi renouvelés, sommes les seuls à perdurer.
— Certes, les choses ont changé : les femmes d'aujourd'hui comptent beaucoup, peut-être même trop. Intellectuelles, déterminées, elles sont tout sauf des travailleuses silencieuses et discrètes. Elles parlent, elles parlent beaucoup, pour se plaindre ou pour donner des ordres. L'époque de Pavese me manque. Les femmes que je connais sont ennuyeuses, superficielles et vaniteuses.
« Il est faux de dire que la mort nous apparaît comme une expérience où nous sommes tous novices… Nous étions tous morts avant de naître », écrivait Pavese dans son journal, Le métier de vivre.
— Il a raison, mais cela ne nous aide pas à affronter l'idée de la mort. Il est impossible de contempler la mort sereinement, quoi qu'en disent les philosophes. La Rochefoucauld avait raison : “On ne peut regarder ni le soleil ni la mort de face.” Il faut trouver un chemin détourné, sans cesse en trouver un. »
C'est à Turin que Friedrich Nietzsche perdit la raison à l'âge de quarante-quatre ans. Son corps survécut une dizaine d'années, mais son esprit finit par s'éteindre début janvier 1889.Frédéric Pajak
— Perdre la raison ! Cela pourrait être une bénédiction… à condition d'avoir laissé une œuvre auparavant.
Et c'est à Turin, en août 1950, que Cesare Pavese se suicida. Il avait quarante-deux ans.
— Si jeune ! Il est vrai que les plus beaux suicides sont littéraires. Et que seuls ceux qui sont allés jusqu'au bout méritent l'admiration. Affronter la vie et ses problèmes est à la portée de tous ; c'est ce que nous faisons tous. Et les femmes ont des enfants pour se donner une raison de vivre. Celles qui n'ont pas d'enfants ont un travail. Ou elles écrivent. Comme Virginia Woolf et ses romans : Mrs. Dalloway (1925), qui décrit une journée dans la vie d'une femme de la haute société dans l'Angleterre de l'après-Première Guerre mondiale ; To the Lighthouse (1927), récit des séjours de la famille Ramsay sur l’île de Skye, en Écosse, entre 1910 et 1920 : si je me souviens bien, la narratrice y évoque sa rébellion contre sa figure paternelle ; The Waves (1931), roman expérimental composé de six monologues, inspirés du monologue de Joyce, entrecoupés de neuf interludes décrivant un paysage côtier à différents moments de la journée, de l’aube au crépuscule, rappelant le travail de certains peintres avec la lumière, comme la série de trente tableaux de la cathédrale de Rouen de Claude Monet, peints entre 1892 et 1894. Mais comment ces écrivains parviennent-ils à écrire autant de pages, autant de livres ? Je me souviens avoir lu Ulysse de Joyce, publié en 1922, quand j’étais jeune. Enfin, par fragments. Un peu comme À la recherche du temps perdu de Proust. Cette parodie de l'Odyssée d'Homère visait à dénoncer le « muflisme » de l'époque moderne, et James Joyce fut le père spirituel des auteurs de satire sociale contemporains. Pourquoi n'y arrive-je pas ? Quelque chose m'a sans doute échappé entre-temps : j'ai dû trop dormir ou trop me laisser emporter par l'air du temps.
Les larges pavés de Turin résonnent encore du clapotis des sabots des vieux chevaux et du grondement des calèches. À présent, la foule les arpente, pressée comme une seule âme, vers sa glace du soir. — Je me souviens avoir découvert l'heure des promenades et des apéritifs à Milan, puis à Turin, berceau du vermouth. C'est là qu'il est le meilleur. La sprezzatura des Italiens du Nord.
Les rues, ocre et brunes. L'austérité douce et grandiloquente. L'Italie du Nord. Déjà le bon Nord. Et toujours, cette vie bavarde. Turin : sobre, spacieuse, exaltante et d'une mélancolie profonde ! Point de gaieté ici, et tant mieux. Aucune trace de l'exubérance débordante des Sudistes.
« J'ai choisi Turin comme patrie », écrivait à juste titre Nietzsche.
— Que c'est vrai ! Ces incorrigibles bavards ! À l'exubérance débordante des Sudistes, j'ajouterais celle des Sud-Américains : le Carnaval de Rio n'est assurément pas pour moi. » La seule chose qui m'empêche de « choisir » Turin comme patrie, c'est que l'Italie et le Piémont sont les patries de mes ancêtres ; tout comme la Tchécoslovaquie, les Vosges et l'Alsace : c'est pourquoi ma patrie de cœur est la Russie ; que, malgré tous mes efforts, je connais si mal.
« J’ai vu les grandes volailles blanches sur le Pô.
Elles allaient, vaquaient, indifférentes à toute chose, sur la peau verte et nauséabonde de l’eau. »
— Je me souviens des cygnes sur le lac Daumesnil, dans le bois de Vincennes, ainsi que sur la Durance. La majesté de ces grands volatiles, face auxquels on se sent comme un vilain petit canard. En revanche, face aux puissants et à ces faces de carêmes qui nous gouvernent en exigeant un respect au garde-à-vous face à leur incurie, on ne peut faire que l’animal. C’est la seule façon de conserver un peu de liberté dans cette société qui en concède si peu.
« Ici la Doire Ripaire vient se jeter dans la langueur du Pô. »
Pavese dirait…
Les souvenirs commencent le soir
sous le souffle du vent à dresser leur visage
et à écouter la voix du fleuve. L’eau
est pareille, dans l’obscurité, aux années mortes.
… Et Héraclite d’Éphèse y répondrait du fond de cinq siècles avant Jésus :
Nous descendons et nous ne descendons pas dans le même fleuve ; nous sommes et nous ne sommes pas.
— Voilà de la poésie et de la philosophie de haute volée. Que tout paraît trivial après ça, et plus particulièrement les discours de ceux qui monopolisent la parole publique.
Je suis et je ne suis pas. J’ai été. Je serai. Qu’ai-je été ? Que serai-je ?
2. Ce qui a été sera.
Il y a quelque chose de plus triste que de vieillir : et c’est de rester des enfants.
Cesare Pavese, Le métier de vivre, 25 décembre 1937.
La ferme de San Sebastiano :
Cesare Pavese est né ici, le 9 septembre 1908, dans le village de Santo Stefano, au bord de la rivière Belbo, au milieu des collines que l’on dit Langhe.
Mon village : quatre baraques et beaucoup de boue, mais la grande départementale y passe, où je jouais enfant…
Vous n’avez jamais entendu parler de ces quatre toits ? Eh bien moi je viens de là.
Plus loin, si l’on passe les collines à l’ouest, il y a Alba, la ville qui chaque automne célèbre la truffe blanche, ce merveilleux tubercule hors de prix que l’on râpe sur les tagliatelle (les « tajarin » en piémontais) – Montesquieu en dit : une espèce de truffes plus grosses, plus blanches que les nôtres, qui sentent l’ail : elles ne m’ont paru guère bonnes. On y déguste aussi une petite saucisse crue en antipasto – une saucisse plus tendre que la tendre bite à Cupidon.
Le pays, depuis Turin jusqu’à Alexandrie, est merveilleux, dit encore Montesquieu, en 1728, et je crois même meilleur que le Milanais : plein de mûriers ; il y a des vignobles et bien des pacages. C’est dans ces pacages que se nourrissent les bestiaux qui y viennent du dehors, surtout de la Savoie, et s’engraissent là, et sont achetés pour Gênes. Les paysans sont assez bien dans le Piémont : ils ont tous, chacun, un morceau de terre, qui est très fertile, et sont quelquefois aussi riches que leurs seigneurs. Dans le Milanais, c’est tout le contraire : la noblesse a beaucoup de fonds, et les paysans, peu.
À l’est, après Canelli et Nizza, il y a Asti, où l’on vient compter les étoiles…
C’est un pays de vignobles – on y fait le vin piémontais : asti spumante, moscato, dolcetto, grignolino, barbera, barbaresco. On y fait aussi le somptueux barolo, avec sa couleur de terre trempée de sang aux reflets d’orange du soir. Un pays de prunes, de châtaignes…
Mes belles collines ont un fruit plus doux dont je rêve toujours et que jamais je n’ai mordu.
Eugenio Pavese, le père de Cesare, travaille à Turin ; il est employé au tribunal. C’est un pur contemplatif. Avec son beau-frère, il tient un magasin à Santo Stefano di Belbo, une sorte d’épicerie qui fait autant papeterie que quincaillerie. Chaque été, il y vient avec sa famille pour le plus grand bonheur du petit garçon qui s’enfuit sur la route, mangeant des fruits verts avec des gamins aux pieds nus, là où paissent les vaches…
Ces longs soirs d’été, à regarder le ciel et les vignes toujours pareilles…
Loin de se perdre à la tâche, le père passe ses journées dans le magasin à lire des romans – et, dans ce village, c’était quelque chose. Il ne compte pas ses sous, n’a pas d’ambition et se désintéresse du métier de commerçant, ce métier qui ne réclame ni ne développe aucune qualité individuelle, comme l’a justement noté Karl Marx.
Toute l’inspiration de Pavese, dans ses romans comme dans sa poésie, est partagée entre ce pays solitaire où il est né, avec ses collines brûlées de soleil, surplombant des vallées qui racontent des siècles de vie rustique…
… Et Turin, la grande ville où tant d’usines noircissent le ciel :
Le lieu de ta personne est sûrement le boulevard turinois, élégant et modeste, printanier et estival, calme, discret et vaste, où est née ta poésie.
La matière venait de plusieurs endroits, mais c’est là qu’elle prenait forme…
Le boulevard et le vieux café sur le boulevard furent ta chambre, ta fenêtre sur les choses…
Mais Pavese décrit d’abord et toujours son lieu natal, plus exactement ses collines.
Les collines de Pavese…
Tout ce qu’il écrit pourrait commencer par cette phrase :
Un soir nous marchons le long d’une colline, en silence.
Ou celle-ci :
Ces dures collines qui ont fait mon corps.
Pavese est obstiné :
Ces collines insensibles qui remplissent le ciel
vivent à l’aube, puis elles restent immobiles
comme les siècles, et le soleil les regarde.
Les recouvrir de vert serait une joie
et dans le vert, dispersés, les fruits et les maisons.
Chaque plante dans l’aube serait une vie
prodigieuse et les nuages auraient un sens.
Obsessionnel :
Je vois seulement des collines et pour moi, proches ou lointaines,
Elles remplissent ciel et terre de leurs flancs fermement dessinés.
Incurable :
Nous sommes nés pour vagabonder sur ces collines, sans femmes, et en se tenant les mains derrière le dos…
Quoique, ça se discute :
La poésie commence lorsqu’un idiot dit de la mer :
« On dirait de l’huile. »
Son père est mort, Cesare est seul, petit mâle dans un monde de femelles. Et chez les Pavese, on ne rigole pas. On mange sa soupe au potiron et on se tait.
L’extrême ennui sert à nous désennuyer, dirait La Rochefoucauld.
Sa mère : une vraie femme du Piémont, dure, taciturne, travailleuse, économe. Cesare ne s’entend pas avec elle : il ne la comprend pas, elle ne le comprend pas. Entre eux, les mots ne servent à rien. D’ailleurs, lui, il n’a de mots pour personne. Et pas le moindre confident, sinon la nature à qui il adresse un discours sans réponse, un aiguillon à la solitude et au silence.
Selon son ami David Lajolo, Pavese se mettait au centre des choses faute de pouvoir se mettre au centre des êtres ; à travers elles il prenait la mesure de ses sentiments, elles lui apprenaient à sentir et à vivre. Le paysage de Santo Stefano devient dès lors une partie de lui-même…
… Dès l’enfance naît en lui le désir de fuir les gens, le goût d’aller seul parmi les mystères des bois, l’instinct de fixer les yeux sur les délaissés et les désespérés comme celui de s’attarder dans les lieux les plus désolés du paysage. Pas de meilleurs témoignages sur les sentiments de Pavese que ses propres écrits : un accident l’attirait plus qu’une fête, un enterrement plus qu’un repas de noces.
Nietzsche, lui aussi, est un enfant résolument solitaire.
Le trait principal de son caractère, témoigne un de ses camarades, était une certaine mélancolie, qui s’exprimait dans tout son être. Dès la plus tendre enfance, il chérissait la solitude, dans laquelle il aimait à cultiver ses pensées, il fuyait pour ainsi dire la compagnie des hommes et recherchait dans la nature les contrées sauvages à la beauté sublime.
Petit garçon, il a le projet d’écrire un petit livre pour le lire tout seul.
Pavese est fier de son père. Il est fier de son détachement, de sa rêverie, de sa solitude. Il l’aime. Il l’aime jusqu’à la douleur, jusqu’à incarner son mal :
Voilà pourquoi je sens comme un tambourin qui bat dans le milieu de ma tête. Mon père est mort de cancer et il était déjà malade quand je suis né.
Pour lui, la maladie de son père n’est pas seulement une fatalité : elle est une fatalité généralisée. Le monde selon Pavese, c’est son monde mutilé, le monde entier du père perdu, d’où la blessure suinte inlassablement.
Tous les hommes ont un cancer qui les ronge, écrit-il, un excrément quotidien, un mal récurrent : leur insatisfaction ; le point de rencontre entre leur être réel, squelettique, et l’infime complexité de la vie. Et tous s’en aperçoivent tôt ou tard… Presque tous – semble-t-il – retrouvent dans leur enfance les signes de l’horreur adulte. Chercher à connaître cette pépinière de découvertes rétrospectives, d’effrois, l’angoisse qu’ils ont à se retrouver préfigurés dans des gestes et des paroles irréparables de l’enfance. Les Fioretti du diable. Contempler sans pose cette horreur : ce qui a été sera.
Quant à Nietzsche, il meurt sans fin de son père mort : Je ne suis que mon père répété, et comme sa survie après une mort prématurée.
Et, s’il en parle au passé dans Ecce Homo…
Mon père est mort à trente-six ans ; il était délicat, aimable et morbide, comme un être qui ne pouvait faire que passer – davantage un rappel bienveillant de la vie que la vie elle-même. À l’âge même où sa vie déclina, la mienne aussi se mit à décliner : dans la trente-sixième année de mon âge, j’atteignis le plus bas de ma vitalité – je vivais encore, mais sans voir à trois pas devant moi.
… Cette phrase contradictoire et énigmatique résonne au présent dans le même livre :
En tant que mon propre père, je suis déjà mort, c’est en tant que je suis ma mère que je vis encore, et vieillis.
3. Les Amants
Malgré cette rage meurtrière qui m'habite, je ressens encore pour toi, au plus profond de mon cœur, une tendresse puisée tout entière dans le passé, car, en vérité, le présent est abominable. Je te laisse à tes remords et je me réfugie dans ma vertu, comme un escargot maltraité se réfugie dans sa coquille.
Joseph Joubert à Madame de Vintimille, 11 novembre 1807.
4. Viandes trop cuites
Mais ne croyez pas que je veuille faire l'éloge des braves gens de Bâle, et surtout de mes honorables collègues, au détriment des femmes : la nature les a presque toutes privés de charme et d'enthousiasme artistique, et même celui qui m'est le plus proche, Jakob Burckhardt, mène, malgré sa fortune, une vie mesquine et insipide, soir après soir, au cabaret, en compagnie des Philistins de Bâle. Ajoutez à cela l'absurdité du patriotisme suisse (qui vient des moutons comme le gruyère et qui a le même air d'envie maladive que ce dernier), la supériorité avec laquelle elles considèrent les affaires allemandes et parfois même nous-mêmes : autant de choses qui font qu'il vaut mieux ne pas se contenter d'une vie solitaire…
Lettre de Nietzsche à Mme Ritschl, 26 juillet 1869
5. Piémontais et Monferrat :
Du pain, du vin et un tambourin
Poli laissa retomber ses bras et soupira. Il nous regarda humblement, l'air vraiment malheureux.
« Je me sens comme un dieu ce soir », dit-il doucement. Personne ne rit. Un silence s'installa, puis Oreste suggéra : « Allons voir Turin. »
Césare Pavese, Le Diable dans les collines.
6. Du vin rouge aussi sale que des bouches
La plus belle composition ressemble à un tas d'ordures ramassées au hasard.
Héraclite d'Éphèse, Fragments, Ve siècle av. J.-C
7. Ah, la mia trattoria !
Cesse de dissimuler ta surdité ; fais-le savoir à l'Art lui-même
Ludwig van Beethoven, Cahiers intimes, 1806.
8. La Parenthèse du Diable
En effet, puisque les plaisanteries ne sont que le sel de la conversation, leur usage est plus ou moins régi de la même manière dont on assaisonne la viande.
Baltazar Gracián y Morales, L'Homme universel, XVIIe siècle.
9. Le Tyran de Turin
Ta dernière lettre m'a un peu effrayée, car à sa lecture, il m'a semblé que tu n'étais pas dans ton état normal ; je n'ai pas l'habitude de t'entendre t'exprimer sur ce ton.
Lettre de Franziska Nietzsche à son fils, 30 décembre 1888.
10. Je ne sème pas de chevaux.
Notre esprit n'est que vent, et comme un vent capricieux,
Ce qu'il appelle constance n'est qu'un mouvement incessant :
Ce qu'il croit aujourd'hui, demain n'est qu'une ombre,
Le passé n'est rien, l'avenir un nuage,
Et ce qu'il tient pour présent, il le sent fugace.
Étienne Durand, Stances à l'inconstance, XVIIe siècle.
11. La seconde mort de Nietzsche
Que le mensonge, avec ses jambes tordues, soit désormais contraint de parcourir le monde et qu'il persiste, voilà ce qui est étonnant en soi.
Karl Kraus, La Nuit vient.
— La vérité… Quel grand mot ! Il y a quelques vérités qui me sont accessibles : la technologie nous aliène, la science n’apporte pas le bonheur, les prolétaires adorent les passions collectives, mes contemporains ne sont pas passionnés d’art contemporain, nos gouvernants ne cessent de mentir au peuple pour le bien des populations, au nom de la rationalité technocratique.
Je me souviens du Déclin du mensonge, publié en 1889, d’Oscar Wilde, dans lequel le dandy anglais affirmait le principe selon lequel c’est la vie qui imite l’art bien plus que l’art n’imite la vie. Je me souviens que j’avais acheté cet ouvrage parce que j’avais été intrigué par les prénoms des deux protagonistes : Cyril et Vivian. Soit deux prénoms proches de ceux qu’avaient choisis pour ma petite sœur et moi nos parents : Cyrielle et Vivien. J’avais été intrigué et puis j’avais fini par oublier. Parce que les paradoxes du génial Irlandais étaient trop brillants, trop profonds, et sa conception de la littérature trop hétérodoxe, vu qu’il s’en prenait au réalisme… que j’ai beaucoup détesté, avant de me laisser intimider par ceux qui parlaient de la question sociale, de la nécessité d’être « réaliste » ; mais je n’ai pas non plus retenu la principale leçon d’Oscar Wilde : la nécessité de « créer » des personnages, parce que « les seuls personnages vrais sont ceux qui n’ont jamais existé, et si un romancier a l’impudeur d’emprunter ses héros à la vie réelle, il doit au moins prétendre les avoir créés, au lieu de se vanter d’une copie servile. »
J’ai beaucoup copié les grands auteurs dans ma vie, par manque de confiance, et par soumission aux dogmes des uns et des autres.
12. L'enfance de l'art
L'humanité devint hystérique au Moyen Âge car elle refoula mal les impressions sexuelles de son enfance de garçon grec.
Karl Kraus, Proverbes et Contradictions.
— L’humanité a toujours été hystérique : ce qui rend hystérique, c’est la répression de la sexualité. Quant au Moyen-Âge, aux études sérieuses et exhaustives de Jacques Le Goff, de Georges Duby et d’Umberto Eco, je leur préfère des films comme L’Armata Brancaleone et Brancaleone alle crociate (1970), avec leurs décors de cartons-pâtes, leurs vêtements de deux sous mais témoignant d’une belle inventivité, qui n’empêchent pas de raconter des aventures picaresques et drôles. Le souci de la reconstitution historique exacte, qui habitait Kubrick et bien d’autres cinéastes, a quelque chose de grave et de guindé, d’emmerdant en fait. Ce n’est pas joyeux, ce n’est pas généreux. C’est oppressant, à force de perfect
13. Zarathoustra et Pinocchio
Il y a bien plus d'énigmes dans l'ombre d'un homme marchant au soleil que dans toutes les religions passées, présentes et futures.
Giorgio De Chirico, L'Art métaphysique, 1911-1913.
— Voilà pourquoi j’aime De Chirico et ses tableaux métaphysiques : dans mon ombre, il y a plus de mystères que dans tout ce qu’on peut me raconter sur les religions. Je suis une petite société à moi tout seul.
Pinocchio, cela me rappelle le village de Vernante, sur la route de Borgo San Dalmazzo et de Cuneo, après le tunnel de Tende.
14. Les chats le sauront – The Cats will know
Comme de pâles suicidés encore fous d'amour pour la vie.
Cesare Pavese, Poésie de jeunesse, 28 juin 1929.
15. Le coup de la panne
Trou ! Sors de ton trou !
Comptine.
Repris le 19 février 2026.
Lettura del libro di Frédéric Pajak su Nietzsche e Cesare Pavese.
Domenica 13 agosto 2023.
Conversazione telefonica con A.
Stava tornando da una fine settimana agli Andelys che aveva trascorso con un amico scoperto durante il suo viaggio in Uzbekistan, che lo aveva invitato. Gli Andelys sono tra Mantes e Rouen, non lontano di Vernon e di Giverny, con il giardino di Monet.
Hanno fatto camminate sportive e persino corse nella foresta, i cui alberi sono ancora verdi a causa delle recente piogge, buoni pasti e visite culturali a Rouen. Mi ricorda che la Cattedrale di Notre-Dame a Rouen, Claude Monet l’ha dipinta a tutte le ore del giorno, in tutte le stagione, per diversi anni, tra il 1892 e il 1894, per una serie di 30 dipinti, principalmente del portale occidentale.
Perchè Claude Monet ha dipinto la cattedrale di Rouen ?
Perchè la cattedrale gli permette di sottolineare il paradosso tra una struttura solida e permanente, e la leggerezza di una luce che cambia continuamente.
Questa è la genialità dei pittori : cogliere le minime variazioni della luce, secondo le ore del giorno e il susseguirsi delle stagioni.
Ricordo anche le mie passeggiate nei boschi autunnali e nelle foglie morte, sopratutto nel parco di Saint-Cloud, con mio padre. Era una fine settimana del 1° novembre, quando ero giovane. Ricordo anche di aver visitato Rouen, durante uno dei miei viaggi in Normandia.
Mi ricordo che Croisset, la casa di Flaubert, non è lontano da Rouen. Che c’è Honfleur e Deauville un poco più lontano, ma il Balbec di Proust era ispirato di Cabourg, sulla « Côte Fleurie ».
Mi ricordo di aver visitato Le Havre e il suo museo d’arte moderna, dove avevo comprato un Pissarro dans les ports, con quadri di Rouen.
Abbiamo poi parlato dei prezzi alti dell’autostrada : le autorità vogliono che diamo priorità ai mezzi pubblici, ma non fanno nulla per renderli appetibili, non sanno che aumentare i prezzi.
Poi abbiamo parlato di Torino, dei viaggi in Italia, che possono essere vantaggiosi.
Cosa c’è da vedere a Torino ?
Il palazzo Madama, sede della Reale Pinacoteca poi del Senato del Parlamento della Sardegna e dall’Alta Corte, sulla piazza Castello, il teatro Regio, la mole Antonelliana, museo del cinema, il museo dell’Automobile, alle palle il parco del Valentino dove si trova il Borgo Medioevale, con superbi modelli, le rive del Po, il museo egizio, la galleria Sabauda, il palazzo Carignano e il museo del Risorgimento, il Lingotto, questo centro commerciale con pista di prova per auto sul tetto, gli stabilimenti Fiat di Mirafiori, il colle e la basilica di Superga (architetto : Filippo Juvarra), il museo degli cacciatori alpini…
Mi ricordo di esserci andato più volte a Torino, prima capitale dell’Italia riunficata, seguendo le orme di Cesare Pavese et Nietzsche. O meglio, dopo aver letto il libro di Frédérik Pajak, L’immensa solitudine, con Friedrich Nietzsche e Cesare Pavese, orfani sotto il cielo di Torino (1999).
E abbiamo parlato di Roma, che abbiamo avuto la fortuna di conoscere prima del presente, lui nel 1993, io nel 1988, ai tempi dell’albergo del Ponte Sisto e del Barone arroccato di Italo Calvino, poi nel 1992 al tempo dell’albergo dietro le terme di Diocleziano : l’arrivo del treno la mattina presto, poi il caffè, per esempio sul Largo Argentina.
Infine, i viaggi in auto, in nazionale, di notte. Lo scarafaggio ? Ma permette di evitare gli ingorghi sull’autostrada. E questo viaggio con la Mini, fino alla Toscana : eravamo un po’ matti, era aventura al nostro livello, mentre la machina aveva cominciato a dare segni di fatica all’altezza di Auxerre.
Su Torino :
Mi ricordo che questa è la città in cui Primo Levi si suicidó nel 1987.
Ricordo di aver assaggiato lì il bicerin.
E di aver comprato lì il romanzo di Dino Buzzati, Un Amore, in una libreria della via Pô.
Ricordo di aver visitato la chiesa della Santa Sindone, dietro la piazza Castello, e poi il Balón, il gigantesco mercato delle pulci di Torino, in due parte : il mercato moderno, dove si vende oggetti kitsch e utili, e il mercato dell’antiquariato.
Mi ricordo che il Cottolengo, dove Italo Calvino situa l’azione del suo romanzo La giornata di un scrutatore, è vicino, l’ho cercato ma non trovato.
Mi ricordo degli film :
- Femmes entre elles (Le Amiche, 1955), di Michelangelo Antonioni, tratto da un racconto di Cesare Pavese, Tra donne sole, 1949.
- La donna della domenica (1976), di Luigi Comencini.
- I compagni (1963), di Mario Monicelli, con Marcello Mastroianni nel ruolo di un maestro anarchico che insegna agli operai come organizzarsi per difendere i propri diritti.
- Rapina all’italiana (The Italian Job – 2003), remake americano di uno film inglese, Un colpo all’italiana (L’or se barre, in francese - 1969), di Peter Collinson, con Michael Caine, decisamente più divertente. Ma perché insistono a fare remake? Perché sono pigri e privi di fantasia.
Sul libro di Frédéric Pajak, ecco le frasi che mi parlano :
« Alla fine, nessuno puó estrarre cose, compresi i libri, più di quanto già sappia. Ció a cui non abbiamo accesso attraverso l’esperienza vissuta, non abbiamo orecchie per ascoltare ».
Friedrich Nietzsche, Ecce Homo.
« Avevo già letto con passione i libri di Nietzsche e Pavese, cosi come avevo amato a lungo i quadri di Giorgio De Chirico, ma la città che stavo scoprendo e la sua complice « per caso » non mi avevano ancora svelato i fili misteriosi che legava questi irreducibili di malinconia, di immensa malinconia, languida, estatica o irrmediabilmente fatale. » (Frederik Pajak)
1. La voce del Po
Sapevo, belle stelle dell'Orsa,
che un giorno vi avrei ritrovate
luminose sopra il giardino di mio padre,
che vi avrei ancora parlato dalle finestre
della casa che vidi da bambino
e avrei contemplato la fine della mia felicità?
Giacomo Leopardi, Ricordi, 1831.
Nella sua poesia Antenati, Pavese dice :
E le donne non contano nella nostra famiglia.
Intendo dire, nella nostra famiglia le donne stanno a casa
e ci mettono al mondo e non dicono nulla
e non contano e non le ricordiamo.
Ogni donna infonde qualcosa di nuovo nel nostro sangue,
ma tutte si annullano a vicenda in quest'opera e noi,
così rinnovate, siamo le sole a perdurare.
— Certamente le cose sono cambiate : le donne oggi contano molto, forse troppo. Intellettuali, volitive, sono tutt'altro che lavoratrici silenziose e silenziose. Parlano, parlano molto, per lamentarsi o per comandare. Mi manca l'epoca in cui visse Pavese. Le donne che conosco sono noiose, superficiali e vanitose.
“Non è vero che la morte ci appaia come un'esperienza in cui siamo tutti novizi... Eravamo tutti morti prima di nascere”, scrisse Pavese nel suo diario, Il mestiere di vivere.
— Ha ragione, ma questo non ci aiuta ad affrontare l'idea della morte. È impossibile contemplare la morte serenamente, nonché ne dicano i filosofi. La Rochefoucauld aveva ragione : “Né il sole né la morte si possono guardare di fronte”. Dobbiamo trovare un modo per aggirarla, trovando costantemente un modo per aggirarla.
Fu a Torino che Friedrich Nietzsche perse la ragione all'età di quarantaquattro anni. Il suo corpo sopravvisse per circa dieci anni, ma la sua mente si spense definitivamente nei primi giorni di gennaio del 1889.
Frederic Pajak
— Perdere la testa ! Potrebbe essere una benedizione... a patto di aver lasciato un'opera in precedenza.
E fu a Torino, nell'agosto del 1950, che Cesare Pavese si suicidò. Aveva quarantadue anni.
— Così giovane ! È proprio vero che i suicidi più belli sono letterari. E che gli unici che meritano ammirazione sono quelli che sono andati fino in fondo. Affrontare la vita e i suoi problemi è alla portata di tutti; è quello che facciamo tutti. E le donne hanno figli per darsi una ragione di vita. Chi non ha figli ha un lavoro. Oppure scrive. Come Virginia Woolf e i suoi romanzi : Mrs Dalloway (1925), che descrive una giornata nella vita di una donna dell'alta società nell'Inghilterra del primo dopoguerra; To the Lighthouse (1927), la storia delle visite della famiglia Ramsay all'isola di Skye, in Scozia, tra il 1910 e il 1920 : a quanto mi ricordo, la narratrice evocava la sua ribellione contro la figura paterna; The Waves (1931), un romanzo sperimentale composto da sei monologhi, ispirati al monologo di Joyce, intervallati da nove intermezzi che descrivono una scena costiera in diversi momenti della giornata, dall'alba al tramonto, che ricorda il lavoro dei pittori sulla luce, come la serie di trenta dipinti della Cattedrale di Rouen di Claude Monet, dipinti tra il 1892 e il 1894. Ma come fanno questi scrittori a scrivere così tante pagine, così tanti libri ? Ricordo di averlo letto l' Ulisse di Joyce, pubblicato nel 1922, quando ero giovane. Beh, a frammenti. Come Alla ricerca del tempo perduto di Proust. Questa parodia dell' Odissea di Omero mirava a denunciare la "rozzezza" dell'era moderna, e James Joyce era il padre spirituale degli scrittori di satira sociale contemporanei. Come mai non ci riesco ? Qualcosa deve essermi sfuggito nel frattempo : credo di aver dormito un po' troppo o di essermi abbandonato troppo alla dolcezza del tempo.
Gli ampi ciottoli di Torino risuonano ancora degli zoccoli dei vecchi cavalli e del rumore delle carrozze. Ora la folla li percorre e, come un'unica persona, si affretta verso il suo gelato serale. — Ricordo di aver scoperto l'ora della passeggiata e dell'aperitivo a Milano, poi a Torino, dove fu inventato il vermouth. È lì che dà il meglio di sé. La sprezzatura degli italiani del Nord.
Le strade, ocra e marroni. L'austerità gentile e magniloquente. L'Italia del Nord. Già il buon Nord. E ancora, sempre, questa vita da chiacchieroni. Torino : sobria, spaziosa, esilarante e potentemente malinconica ! Niente allegria qui, e tanto meglio. Niente dell'esuberanza travolgente dei meridionali.
"Ho scelto Torino come patria", scrisse giustamente Nietzsche.
— Ma come è vero ! Quei chiacchieroni incorreggibili. All'esuberanza travolgente dei meridionali, aggiungerei quella dei sudamericani : il Carnevale di Rio, decisamente non è fatto per me. L'unica cosa che mi impedisce di "eleggere" Torino come patria è che l'Italia e il Piemonte sono la patria dei miei antenati; così come la Cecoslovacchia, i Vosgi e l'Alsazia : ecco perché la mia patria di elezione è la Russia; che nonostante i miei sforzi conosco tanto male.
Ho visto i grandi uccelli bianchi sul Po.
Si aggiravano, indifferenti a tutto, sulla superficie verde e maleodorante dell'acqua.
— Ricordo i cigni sul lago Daumesnil, nel Bois de Vincennes e sulla Durance. La maestosità di questi grandi uccelli, davanti ai quali ci si sente come un brutto anatroccolo. D'altra parte, di fronte ai potenti e a quei volti bigotti che ci governano, esigendo obbedienza di fronte alla loro incompetenza, non si può che comportarsi come un animale. È l'unico modo per preservare un po' di libertà in questa società che concede così poco.
Qui la Dora Riparia sfocia nel languido Po.
Pavese direbbe...
I ricordi iniziano la sera
sotto il soffio del vento, alzando il viso
e ascoltando la voce del fiume. L'acqua
è come, nel buio, anni morti.
…. Ed Eraclito di Efeso avrebbe risposto dalle profondità di cinque secoli prima di Gesù :
"Scendiamo e non scendiamo nello stesso fiume; siamo e non siamo".
— Questa sì che è poesia e filosofia di altissimo livello. Quanto sembra banale tutto dopo, e soprattutto le affermazioni di coloro che monopolizzano il discorso pubblico.
"Sono e non sono. Sono stato. Sarò. Cosa sono stato ? Cosa sarò ?"
2. Ció che è stato sarà
C’è qualcosa di più triste dell’invecchiare, ed è rimanere bambini.
Cesare Pavese, Il mestiere di vivere, 25 dicembre 1937.
La cascina di San Sebastiano :
Cesare Pavese nacque qui il 9 settembre 1908, nel borgo di Santo Stefano, sulle rive del fiume Belbo, nel cuore delle Langhe.
Il mio paese : quattro baracche e tanto fango, ma la strada principale lo attraversa, dove giocavo da bambino...
Non avete mai sentito parlare di quei quattro tetti ? Beh, io vengo da lì.
Più avanti, se si attraversano le colline a ovest, c'è Alba, la città che ogni autunno celebra il tartufo bianco, quel meraviglioso e prezioso tubero che si grattugia sulle tagliatelle (chiamate "tajarin" in piemontese). Montesquieu ne parlava : una specie di tartufo più grande e bianco del nostro, con un aroma agliaceo : non mi sembravano molto buoni. Lì si può anche gustare una piccola salsiccia cruda come antipasto, una salsiccia più tenera del tenero che il pene di Cupido.
La campagna, da Torino ad Alessandria, è meravigliosa, scrisse ancora Montesquieu nel 1728, e credo persino migliore di Milano : piena di gelsi, ci sono vigneti e molti pascoli. È in questi pascoli che il bestiame proveniente da altrove, soprattutto dalla Savoia, pascola e ingrassa prima di essere acquistato per Genova. I contadini in Piemonte se la passano piuttosto bene : ognuno ha un pezzo di terra, molto fertile, e a volte sono ricchi quanto i loro signori. A Milano è esattamente il contrario : la nobiltà ha molta terra, e i contadini poca.
A est, oltre Canelli e Nizza, c'è Asti, dove la gente viene a contare le stelle...
È una terra di vigneti : qui si producono vini piemontesi : Asti Spumante, Moscato, Dolcetto, Grignolino, Barbera, Barbaresco. Producono anche il sontuoso Barolo, con il suo colore terra intriso di sangue e sentori di arancia serale. Una terra di prugne, di castagne...
Le mie splendide colline producono un frutto più dolce che ho sempre sognato ma che non ho mai assaggiato.
Eugenio Pavese, il padre di Cesare, lavora a Torino; è impiegato in tribunale. È un puro contemplativo. Con il cognato gestisce un negozio a Santo Stefano di Belbo, una specie di emporio che vende anche cancelleria e ferramenta. Ogni estate viene qui con la sua famiglia, con grande gioia del bambino che corre lungo la strada, mangiando frutta acerba con i bambini scalzi dove pascolano le mucche...
Quelle lunghe sere d'estate, a guardare il cielo e i vigneti in continuo cambiamento...
Lungi dall'essere consumato dal lavoro, il padre trascorre le sue giornate in bottega a leggere romanzi – e in questo villaggio, questo era già qualcosa. Non conta i suoi soldi, non ha ambizioni e non è interessato al mestiere del commerciante, una professione che non richiede né sviluppa alcuna qualità individuale, come giustamente osservò Karl Marx.
Tutta l'ispirazione di Pavese, nei suoi romanzi come nella sua poesia, si divide tra questa terra natia solitaria, con le sue colline bruciate dal sole che si affacciano su valli che raccontano secoli di vita contadina...
...E Torino, la grande città dove tante fabbriche oscurano il cielo :
Il luogo del tuo essere è sicuramente il viale di Torino, elegante e modesto, primaverile ed estivo, calmo, discreto e vasto, dove è nata la tua poesia.
La materia proveniva da molti luoghi, ma è lì che ha preso forma...
Il viale e il vecchio caffè sul viale erano la tua stanza, la tua finestra sulle cose...
Ma Pavese descrive prima di tutto la sua città natale, più precisamente le sue colline.
Le colline di Pavese...
Tutto ciò che scrive potrebbe iniziare con questa frase:
Una sera camminiamo lungo una collina, in silenzio.
Oppure questa :
Queste dure colline che hanno fatto il mio corpo.
Pavese è ostinato :
Queste colline insensibili che riempiono il cielo
vivono all'alba, poi restano immobili
come i secoli, e il sole le osserva.
Ricoprirle di verde sarebbe una gioia
e nel verde, sparsi, i frutti e le case.
Ogni pianta all'alba sarebbe una vita prodigiosa
e le nuvole avrebbero un senso.
Ossessivo :
Vedo solo colline e per me, vicine o lontane,
riempiono cielo e terra con i loro pendii ben disegnati.
Incurabile :
Siamo nati per vagare su queste colline, senza donne, e con le mani dietro la schiena...
Anche se, questo è discutibile :
La poesia inizia quando uno stolto dice del mare :
"Sembra petrolio".
Suo padre è morto, Cesare è solo, un piccolo maschio in un mondo di femmine. E in casa Pavese non si ride. Mangiano la loro zuppa di zucca e tacciono.
"La noia estrema serve ad alleviare la noia", come direbbe La Rochefoucauld.
Sua madre : una vera piemontese, dura, taciturna, laboriosa, parsimoniosa. Cesare non va d'accordo con lei : non la capisce, e lei non capisce lui. Tra loro, le parole sono inutili. Del resto, non ha parole per nessuno. E nemmeno per la minima confidente, se non per la natura, a cui rivolge un discorso senza risposta, un pungolo alla solitudine e al silenzio.
Secondo il suo amico David Lajolo, Pavese si è messo al centro delle cose perché non riusciva a mettersi al centro delle persone; attraverso di loro, ha misurato i suoi sentimenti, gli hanno insegnato a sentire e a vivere. Il paesaggio di Santo Stefano divenne così parte di lui…
… Fin dall'infanzia, coltivò il desiderio di fuggire dalla gente, il gusto di vagare in solitudine tra i misteri dei boschi, l'istinto di fissare lo sguardo sugli abbandonati e sui disperati, e la propensione a indugiare negli angoli più desolati del paesaggio. Nessuna testimonianza migliore dei sentimenti di Pavese si trova nei suoi scritti : un incidente lo attraeva più di una festa, un funerale più di un banchetto nuziale.
Anche Nietzsche era un bambino risolutamente solitario. "Il tratto principale del suo carattere", testimonia uno dei suoi compagni, "era una certa malinconia, che permeava tutto il suo essere. Fin dalla prima infanzia, adorò la solitudine, nella quale amava coltivare i suoi pensieri; rifuggiva, per così dire, dalla compagnia degli uomini e cercava nella natura i luoghi selvaggi di sublime bellezza". Da bambino, progettò di scrivere un piccolo libro da leggere da solo.
Pavese era orgoglioso di suo padre. Era orgoglioso del suo distacco, della sua "rêverie", della sua solitudine. Lo amava. Lo amava fino al dolore, fino a incarnarne la sofferenza : "Per questo sento come se un tamburo mi battesse in mezzo alla testa. Mio padre è morto di cancro, ed era già malato quando sono nato". Per lui, la malattia del padre non era semplicemente un'inevitabilità : era un'inevitabilità universale. Il mondo, secondo Pavese, era il suo mondo mutilato, l'intero mondo del padre perduto, da cui la ferita trasudava inesorabilmente. "Tutti gli uomini hanno un cancro che li rode", scrisse, "un escremento quotidiano, un male ricorrente : la loro insoddisfazione; il punto d'incontro tra il loro essere reale, scheletrico, e l'infinita complessità della vita". E tutti se ne rendono conto prima o poi... Quasi tutti – a quanto pare – trovano nell'infanzia i segni dell'orrore adulto. Cercano di comprendere questo vivaio di scoperte retrospettive, di terrori, l'angoscia che provano nel ritrovarsi prefigurati nei gesti e nelle parole irreparabili dell'infanzia. I fiori del diavolo. Contemplare questo orrore senza affettazione : ciò che è stato sarà.
Quanto a Nietzsche, muore senza fine per la morte del padre : "Io sono solo mio padre", ripetuto, e come la sua sopravvivenza dopo una morte prematura.
E, se ne parla al passato in Ecce Homo... "Mio padre morì a trentasei anni; era delicato, gentile e morboso, come un essere che poteva solo passare attraverso – più un benevolo promemoria della vita che la vita stessa". Proprio all'età in cui la sua vita declinò, anche la mia cominciò a declinare : a trentasei anni, raggiunsi il punto più basso della mia vitalità: ero ancora vivo, ma incapace di vedere tre passi avanti.
…Questa frase contraddittoria ed enigmatica risuona al presente nello stesso libro: “Come mio padre, sono già morto; è come mia madre che vivo ancora e invecchio”
3. Gli Amanti
Nonostante questo stato d’animo omicida che mi domina, provo ancora per te, in fondo al cuore, una morbida tenerezza che attingo tutta del passato, perchè, in verità, il presente è abominevole. Ti consegno al tuo rimorso, e mi rinchiudo nella mia virtù, come una lumaca maltratta si rinchiude nel suo guscio.
Joseph Joubert à Madame de Vintimille, 11 novembre 1807.
4. Carne troppo bollite
Ma non crediate che io voglio lodare i bravi uomini di Basilea, e in particolare i miei si degni colleghi, a spese delle donne : a quasi tutti la natura ha rifiutato il suo fascino e il suo entusiasmo artistico, e anche a chi è più vicino di me, Jakob Burckhardt, vive, nonostante sia ricco, in modo meschino e insipido, notte dopo notte, a unirsi ai Filistei di Basilea nel Cabaret. A ció si aggiunga l’assurdità del patriottismo svizzero (che viene da pecore come il formaggio della groviera e ha la stessa aria di ittero invidioso di questo), il contegno superiore con cui guardano agli affari tedeschi e talvolta anche a noi stessi : troppe cose che convengono di non determinarsi a una vita solitaria…
Lettera di Nietzsche alla signora Ritschl, 26 luglio 1869.
5. Piemontese e Monferrin
Pane, vino e tamburin
Poli lasció cadere le braccia e sospiró. Ci ha guardato con umiltà, con un’ aria davvero messa male.
« Mi sento un dio stasera », disse dolcemente. Nessun ride. Ci fu un attimo di silenzio e Oreste propose : « Andiamo a vedere Torino ».
Cesare Pavese, Il diavolo sulle colline.
6. Vino rosso sporco come bocche
La disposizione più bella è come un mucchio di immondizia raccolta a caso.
Eraclito di Efeso, Frammenti, V. secolo a. C.
— Ecco una grande consolazione quando vedo queste grandi proprietà ben ordinate, con i loro grandi cancelli incorniciati da cipressi e i lunghi vialetti che conducono alla casa principale, in contrasto con la mia casa, dove tutto è rustico e kitsch, e il suo parco, dove gli alberi stanno morendo e i fiori faticano a crescere, ricoperte di rovi. Il lusso, soprattutto i beni materiali, serve solo a suscitare invidia e gelosia. San Francesco d'Assisi lo capì bene, quando si mise in cammino dopo aver donato i suoi beni ai poveri per predicare l'amore di Dio e del prossimo.
7. Ah, la mia trattoria !
Smettila di cercare di nascondere la tua sordità ; fatelo sapere anche all’Arte.
Ludwig van Beethoven, Quaderni intimi, 1806.
8. Parentesi del Diavolo
Infatti, lo scherzo essendo solo come il sale della conversazione, l’uso che se ne deve fare è più o meno regolato da quello che si fa del condimento delle carne.
Baltazar Graciàn y Morales, L’Uomo universale, XVII° secolo.
9. Il tiranno di Torino
La tua ultima lettera mi ha un po’ spaventato, perchè mi è sembrato, leggendola, che tu non fossi nel tuo stato normale, non sono abituata che tu prendi quel tono.
Lettera di Franziska Nietzsche al figlio, 30 dicembre 1888.
10. Non semino i cavalli
Il nostro spirito è solo vento e, come un vento volubile,
Ció che chiama costanza è un moto irrequieto :
Quello che pensa oggi domani è solo un ombra,
Il passato è niente, il futuro una nuvola,
E ció che tiene presente lo sente fugace.
Étienne Durand, Stances à l’inconstance, XVII° secolo.
11. La seconda morte di Nietzsche
Che la menzogna, con le sue gambe storte, sia ormai costretta a fare il giro del mondo, e che regge, è quello che stupisce cosi com’è.
Karl Kraus, Arriva la notte.
— La verità… Che grande parola, magniloquente ! Ci sono alcune verità che riesco a capire : la tecnologia ci aliena, la scienza non porta la felicità, la classe operaia adora le passioni collettive, i miei contemporanei non sono appassionati di arte contemporanea e i nostri leader mentono costantemente alla gente per il bene comune, in nome della razionalità tecnocratica.
Ricordo La decadenza della menzogna di Oscar Wilde, pubblicato nel 1889, in cui il dandy inglese affermava il principio secondo cui la vita imita l'arte molto più di quanto l'arte imiti la vita. Ricordo di aver comprato quel libro perché ero incuriosito dai nomi dei due protagonisti : Cyril e Vivian. Due nomi simili a quelli che i nostri genitori avevano scelto per me e la mia sorellina : Cyrielle e Vivien. Ero incuriosito, ma poi me ne sono dimenticato. Perché i paradossi del brillante irlandese erano troppo brillanti, troppo profondi, e la sua concezione della letteratura troppo eterodossa, dato il suo attacco contro il realismo... che detestavo, prima di essere intimidito da chi parlava della questione sociale, della necessità di essere « realistici »; ma non riuscivo nemmeno a cogliere la lezione principale di Oscar Wilde : la necessità di « creare » personaggi, perché « gli unici veri personaggi sono quelli che non sono mai esistiti, e se un romanziere ha l’audacia di prendere in prestito i suoi eroi dalla vita reale, dovrebbe almeno affermare di averli creati, invece di vantarsi di una copia servile ». Ho copiato molti grandi autori nella mia vita, per mancanza di fiducia e per sottomissione ai dogmi dell’uno o dell’altro.
12. L’infanzia dell’arte
L’umanità divenne isterica nel Medioevo perchè represse malamente le impressioni sessuali della sua infanzia di ragazzo greco.
Karl Kraus, Detti e contradetti.
— L'umanità è sempre stata isterica : ciò che spinge le persone all'isteria è la repressione della sessualità. Per quanto riguarda il Medioevo, preferisco film come L'Armata Brancaleone e Brancaleone alle crociate (1970), con le loro scenografie di cartone e i costumi economici, ma dotati di una fine inventiva, che non impedisce loro di raccontare avventure picaresche e divertenti. La preoccupazione per l'esatta ricostruzione storica, che ha preoccupato Kubrick e molti altri registi, ha qualcosa di serio e artificioso, in realtà piuttosto tedioso. Non è gioioso, non è generoso. È opprimente, nel suo stesso perfezionismo.
13. Zarathustra e Pinocchio
Ci sono molti più enigmi all’ombra di un uomo che camina nel sole che in tutte le religioni passate, presenti e future.
Giorgio De Chirico, Arte metafisica, 1911-1913.
— Ecco perché amo De Chirico e i suoi dipinti metafisici : nella mia ombra ci sono più misteri che in qualsiasi cosa tu possa mai raccontarmi sulle religioni. Sono una piccola società a sé stante.
Pinocchio mi ricorda il villaggio di Vernante, sulla strada per Borgo San Dalmazzo e Cuneo, dopo la galleria di Tenda.
14. I gatti lo sapranno – The cats will know
Come pallidi suicidi ancora pazzi d’amore per la vita.
Cesare Pavese, Poesia giovanile, 28 giugno 1929.
15. Il colpo della ripartizione (le coup de la panne)
Buco ! Esci dal tuo buco !
Filastrocca.
Ripreso il 19 febbraio 2026.
