Le Mauvais Mécanicien
Le Mauvais Mécanicien
Nouvelle de Cesare Pavese,
extraite de La Trilogie des machines.
Jeune homme, il avait toujours désespérément tenté d'arracher aux moments de sa vie une parole nouvelle, une révélation qui lui apportât la gloire. Il était saisi d'un je ne sais quel désir impuissant d'exaltation de soi-même, qu'il taisait cependant toujours, et il restait sombre, sans un mot d'éloge pour lui-même.
Il essayait d'écrire.
Il s'agitait fébrilement entre les livres passés et la vie moderne, s'épuisant en élans subits et en longues macérations, où, se disait-il, il sentait son âme se dissoudre comme un mégot jeté dans une eau noire.
Peu à peu il avait été gagné par le dégoût amer de tels enthousiasmes.
Dans les rues de la grande ville vertigineuse, il marchait lentement, courbé sur son être, souffrant d'une inquiète aversion pour soi-même, qui ne s'apaisait que dans la solitude et l'ombre du soir.
Jamais une idée, une bribe où se cramponner, mais toujours, consumant ses yeux hagards, cet idéal poétique qu'il ne parvenait pas à saisir ni à exprimer.
Et devant cette pitoyable déchéance, les clameurs et le tourbillon de la vie prodigieuse des machines, des gens décidés, l'accablaient sans merci.
Il croyait n'être qu'un vil déchet de l'humanité, et, ce qui l'épouvantait, un déchet qui n'avait même pas la force et le droit de laisser sa plainte dans le monde.
Prostré au fond d'un café, il sentait qu'il s'abrutissait et se figeait tellement qu'il n'osait même plus se lamenter, car il redoutait d'affronter la présence de son âme.
Et pourtant la vie, qui le brisait, l'attirait toujours, avec ses mystères les plus fascinants, mais toutes ses tentatives n'aboutissaient qu'à aigrir ses désillusions.
Les pages qu'il écrivait lui inspiraient de plus en plus de dégoût et de pitié.
Il sentait sa veine se tarir, son souffle se figer dans ce vain exercice qui le rendait toujours plus étranger à l'existence. A force de se chercher lui-même, il ne trouvait plus rien. Rien que des mots, des mots vides, il avait l'impression de devenir un vieux bouquin moisi.
Il ne cessait de vivre avec le vain espoir du suicide dans le cœur. Mais cet espoir n'avait jamais été aussi fort que maintenant. Cette pensée ne servait aujourd'hui qu'à l'accabler un peu plus.
Par moments il se réveillait, et se perdait dans des projets irréalisables, infantiles, de conquête, de gloire, et pour finir de renoncement. Il se consumait, se débattait et finissait par s'effondrer, victime d'un épuisement presque physique, insupportable.
L'amour ! Il avait cru, lui aussi, avec un petit sourire sur les lèvres, en la magie vivifiante de ses pouvoirs, mais après une brève amourette insipide, étique, éclose dans un nid de pauvres poèmes, il s'en était détourné, sombrement, toujours plus seul.
Et pourtant, autour de lui, comme la vie paraissait vivante !
Mais il dépérissait, se desséchait, se sentait étouffer; il s'identifiait à son travail impuissant : un vieux bouquin moisi.
Las de tout, il songeait, jour après jour, au suicide.
Il prit un jour une décision. Il voulut en finir avec l'existence fantomatique qu'il menait, oublier ce qu'il avait été jusqu'alors et chercher à connaître la réalité de la vie.
Il se répétait, pour s'en convaincre, que tant qu'il ne changerait pas, il n'arriverait à rien.
Il se brouilla avec sa famille qui, depuis longtemps d'ailleurs, n'était plus pour lui qu'un nom, et il chercha du travail dans une de ces grandes usines qu'il avait longées si souvent dans son angoisse impuissante.
Presque dans les faubourgs de la ville.
On lui fit surveiller une machine dans un immense atelier où l'on chauffait à blanc et où l'on forgeait le fer.
Il n'eut même plus à rentrer chez lui. Il mangeait et dormait avec d'autres ouvriers sans logis, hébergés dans une pièce voisine.
Toute la journée, il devait se tenir devant son engin qui entraînait la courroie d'une fraiseuse, installée plus loin, près des marteaux-pilons. Mais il en eut vite assez. Il percevait les ouvriers demi-nus danser dans la clarté des fours, bondissant brusquement pour sortir du brasier d'énormes serpents de métal flamboyant.
Il demanda à travailler sur les marteaux-pilons. Bien que peu robuste, il n'eut de cesse d'obtenir ce poste.
Alors il put lui aussi avoir sa place parmi ces diables rouges. Au moins échapperait-il à ce travail stupide qui consistait à surveiller un levier, tout en restant la proie de ses angoisses.
Las d'être inactif, les premiers jours, il avait d'abord été enthousiasmé par le spectacle de ce labeur acharné, puis s'était replié sur sa propre abjection. Des chants ailés frémissaient encore dans son cœur. Et l'ennui le consumait toujours davantage.
Or, dans la fournaise, il ne connut rien d'autre qu'une fatigue exténuante. L'exaltation fiévreuse qui l'avait poussé vers ce travail disparut complètement.
Il se trouvait entouré de pauvres hères, aux muscles énormes, mais brûlés par tout le corps et tannés sur le visage par le feu et la fatigue.
Quand ils virent ses mains débiles, les ouvriers le prirent en pitié et lui épargnèrent les tâches les plus pénibles, mais il voulait, lui, s'atteler à la peine. Il sauta, courut, porta, frappa, il fit tout ce qu'il lui fut possible de faire, et le soir il rentrait si épuisé qu'il avait à peine la force de remâcher le souvenir de ses anciennes douleurs.
Il prit ainsi quelques forces.
Mais comme il était le plus faible et qu'il manquait d'entraînement, il ressentait la fatigue des autres de façon disproportionnée.
Il les voyait arriver le matin et s'installer stoïquement autour des fours puis des marteaux, jusqu'au soir, les yeux brûlés par les flammes, et les oreilles assourdies par le martèlement ininterrompu des ligots d'acier.
Le front bas, tels des bêtes, ils exécutaient leur tâche avec une longue habitude, sans plus se tromper que les marteaux, les fraises et les tours. Rendus semblables aux machines, ils en avaient pris la force et l'âme aveugle.
Il eut très peur de s'abaisser jusque-là.
Ses vieilles aspirations, aujourd'hui muettes, lointaines, balayées par la nouvelle et redoutable réalité, lui avaient trop longtemps occupé l'esprit. Et si maintenant il se rebellait et se débattait, ce n'était plus contre lui-même, mais de rage impuissante devant la vie humaine ainsi tournée en dérision.
Alors il demanda de nouveau son transfert. De l'atelier où l'on forgeait le fer, il passa à un hangar en plein air, où l'on procédait au montage des automobiles.
Et comme il était plus doué que les autres ouvriers, il parvint rapidement à passer à l'essai des voitures.
Enfin une activité qui lui convenait.
Les premiers jours, il crut vivre de la vie même de la grande ville, cette vie nouvelle et formidable qu'il avait si timidement rêvée dans les années grises où il voulait être un poète.
A toute vitesse, par les routes dures et bien entretenues, sillonnant les collines et les plaines, il pilotait l'automobile chargée de cailloux, toute roues et moteur, à demi construite, belle de la beauté même des faubourgs de la ville, ponctués de pelouse et d'immeubles neufs : belle comme toutes les œuvres en chantier.
Il passait au milieu de ces symboles d'un monde en marche, se saoulant de vitesse et de vent, attentif à suivre la pulsation rythmique de la nouvelle créature qu'il domptait de ses mains.
Avec cette orgie violente et salutaire il croyait s'être enfin libéré de tous les doutes et de toutes les veuleries du passé.
Il fonçait comme un cyclone, une rafale de vent, et la nature même ne lui paraissait plus étrangère. Du sommet des collines où il surgissait un instant pour dévaler dans la plaine à une allure foudroyante, la grande ville enfumée, la couronne d'usines qui la protégeait, les montagnes dans le lointain, et le ciel, la végétation frissonnant alentour, tout se fondait dans son esprit comme quelque chose d'unique, une unique et immense élévation.
Il n'avait plus peur du danger.
Au retour, dans le hangar silencieux, immobile, impersonnel, il ne se séparait qu'avec peine de sa nouvelle compagne. Il en descendait avec les nerfs et le crâne encore abasourdis par le ronronnement régulier du moteur et ne se consolait que lorsqu'il remontait sur une autre machine pour s'élancer au-dehors avec une ardeur renouvelée.
Alors, son sort s'améliora.
Un jour avec une machine plus rebelle que d'habitude, il poussa jusqu'à son pays natal.
En pénétrant dans ces collines dont chaque ligne lui rappelait une émotion de sa prime jeunesse, il fut repris de sa fièvre ancienne, amplifiée et purifiée par l'école de liberté et d'énergie qu'il venait de subir.
Et c'est avec une sorte de frayeur qu'il se rendit compte soudain clairement que, depuis qu'il avait tourné le dos à son existence morbide, aucun aspect de sa nouvelle vie ne l'avait tourmenté au point de se révéler en art.
"Jamais, non, jamais, je ne serai poète !", gémit-il en lui-même.
Mais la vie âpre qu'il menait ne le lâcha plus. Il revint encore dans ces collines au parler rugueux comme les pierres dont elles étaient semées, et leur découvrit un charme puissant, auquel il n'avait jamais songé dans la ville.
Il finit par épouser une de ces filles de la campagne, fortes comme un homme, mais dégrossies par quelque chose de moderne qui rapprochait leur mentalité de la sienne.
Il l'emmena vivre dans une maison proche de son usine. Il posséda cette fille avec frénésie. Son corps rude, presque musculeux, son langage simple et son complet abandon, le laissèrent espérer qu'il avait enfin fait son deuil de ce temps où il errait sans ressort face à l'absurdité de la vie.
Puis il revint à ses machines.
Désormais, il les connaissait et les aimait tant, qu'elles et lui ne formaient plus qu'un seul corps. Lorsque, vissé sur le siège grossier, derrière l'axe du volant, il se laissait emporter par l'une d'elles, il avait l'impression de sentir l'essence lui couler dans les veines, et les halètements du moteur étaient comme les battements de son pouls.
Sous ses yeux, le tableau des commandes encore rebelles et l'aiguille de l'indicateur de vitesse, oscillant nerveusement sans cesse, lui étaient comme un cœur et une oreille vivants; sensibles au moindre changement.
Il ne cessait d'essayer des moteurs, machinalement.
Il ne vivait plus que pour eux et pour le corps de sa femme.
Il avait quelques collègues pilotes d'essai, qui, comme lui, avaient pour tâche de sortir tous les jours sur les belles machines encore vierges.
Mais à leur retour, quand il les retrouvait à ses côtés et les entendait discuter d'allumage, de magnétos, de vitesse, brusquement, comme pour toutes les autres choses de la vie, la rage le reprenait.
Ils lui montraient ce que lui aussi devait devenir. C'étaient des hommes frustes et redoutables, aux yeux bas des lutteurs, que le travail avait domptés et modelés à son image, et qui vivaient la vie stupide des machines.
Il en était écœuré.
En outre, chez lui, il commençait à étouffer. Sa femme avait perdu ce charme attaché à leur commune origine, ce pays solitaire où il était né, entre les collines brûlées de soleil, surplombant des vallées qui racontent des siècles de vie rustique.
Elle lui parut mesquine, aussi mesquine et insupportable que la maison familiale; dans ses paroles, ses idées, sa vie, il la sentit trop semblable à ses collègues, mis à part certaine prétention à une élégance et à un mode de vie supérieur, qui la rendait à ses yeux encore plus niaise et agaçante.
Le charme de sa rusticité était maintenant bien loin.
Tant et si bien que ce corps robuste et jeune, avec sa façon naturelle de s'offrir, cessa de le satisfaire, et qu'il désira éprouver avec sa femme des jouissances plus subtiles.
Elle s'y prêta volontiers.
Alors, dans les longues courses folles et solitaires, il ressentit cet abattement, oublié depuis longtemps, que, plus jeune, lui donnait l'étourdissement fébrile de la masturbation.
Il avait l'impression de s'abrutir sur le corps de cette femme.
Tandis que ces hommes grossiers lui répugnaient de plus en plus.
Un jour, au volant, il comprit qu'il s'ennuyait. Dans le souffle de la vitesse, il perdit la divine exaltation des premiers mois et ressentit la nostalgie d'une passion qui viendrait combler le vide du temps.
Et chaque soir, sa femme l'attendait, lascive comme une putain.
Il se complut à gaspiller ses forces dans ces lubricités, comme il se complaisait naguère à se consumer dans la mélancolie.
Au matin, il remontait sur ses engins avec l'air farouche qu'il prenait quand il se disait poète.
Son esprit ne participait plus en rien aux essais, il ne faisait qu'un avec le moteur, ses muscles ne le trahissaient jamais, son âge, inutile, somnolait.
Alors, à nouveau, il redouta de se laisser dévorer, de devenir lui aussi une machine, comme il l'avait vu chez les ouvriers affectés aux marteaux-pilons et comme il le voyait aujourd'hui chez ses collègues.
Désormais il ne se sentait plus qu'une intelligence mécanique, condamnée à commander une puissance encore plus aveugle.
Et la nuit finissait de lui ôter ce reste d'âme qu'il gardait encore.
Un jour, comme il descendait d'une colline à une vitesse folle, il vit surgir devant lui, trop tard, un passant qui, avant même de comprendre ce qui lui arrivait, fut renversé et eut le crâne fracassé.
Il dut s'arrêter. Il y avait des témoins. On le dégagea de toute responsabilité sans même qu'il ait à se disculper. Il put reprendre la route aussitôt.
Il se mit à rouler à la même vitesse et le fait qu'il n'éprouvait aucun remords lui faisait horreur. Rien, il n'éprouvait rien, comme s'il avait écrasé un chien. Ce que pouvait ressentir sa machine, c'est ce qu'il ressentait, lui. Rien d'autre.
Il s'en ouvrit à ses collègues qui lui racontèrent leurs accidents dans la plus grande indifférence.
Il comprit qu'il devenait, qu'il était déjà, un de leurs pareils et que, comme eux, il ne faisait plus qu'un avec les machines.
Autrefois, la perspective de devenir un vieux fou de poésie, d'écrire un livre à tout prix, l'avait excédé au point de le faire songer au suicide, mais aujourd'hui il sentait que son abrutissement progressif annihilait en lui toute velléité de révolte.
Son seul exutoire, il le trouva la nuit avec sa femme dans une orgie de plaisir éperdu.
Au matin, il partit presque en cachette et reprit le volant avec une impatience dévorante. Il fonça à une vitesse inouïe. Puis il rentra et ce fut la même nuit. Suivit une autre journée, encore plus folle. Puis d'autres nuits, d'autres jours, où il passait de son lit à son moteur sans presque voir la différence.
Sa vieille obsession se réveilla.
Il revécut par à-coups, comme cela lui était alors seulement possible, les doutes atroces qui le torturaient.
Un jour il se décida.
Ce fut une course solitaire. Pour la dernière fois il sentait sous ses roues la divine caresse des routes magnétiques. Ses rêves en lambeaux brûlaient dans son cœur, attisés par les rafales de vent.
Il déboucha entre les collines.
Il parcourut la longue route blanche qui menait à la maison où il était né et où il s'était rêvé poète. Il monta, en vrombissant, entre les ravins boisés et profonds de la colline.
Puis il tourna et donna toute sa puissance au moteur. Il se précipita dans le vide sur les pierres nues.
Quand on le retrouva, dans sa poitrine défoncée, l'axe du volant était fiché comme une lance.
26 avril 1928.
Il cattivo meccanico
Un racconto di Cesare Pavese
Da giovane aveva sempre cercato disperatamente di estrarre dai momenti della sua vita una parola nuova, una rivelazione che gli avrebbe portato gloria. Fu preso da un impotente desiderio di autoesaltazione, che taceva sempre, e rimase cupo, senza una parola di lode per se stesso.
Stava cercando di scrivere.
Si muoveva febbrilmente tra i libri del passato e la vita moderna, estenuandosi in scatti improvvisi e lunghe macerazioni, dove, si diceva, sentiva la sua anima dissolversi come un mozzicone di sigaretta gettato nell'acqua nera.
A poco a poco fu sopraffatto dall'amaro disgusto di tali entusiasmi.
Per le strade della grande città vertiginosa camminava lentamente, curvo, affetto da un inquieto disprezzo di sé, che si placava solo nella solitudine e nell'ombra della sera.
Mai un'idea, un frammento a cui aggrapparsi, ma sempre, consumando i suoi occhi smunti, questo ideale poetico che non riusciva a cogliere o esprimere.
E di fronte a questo pietoso declino, i clamori e il turbinio della vita prodigiosa delle macchine, degli uomini determinati, lo travolsero senza pietà.
Credeva di non essere altro che un vile rifiuto dell'umanità e, ciò che lo terrorizzava, uno spreco che non aveva nemmeno la forza e il diritto di lasciare il suo lamento nel mondo.
Prostrato nel fondo di un caffè, si sentiva così insensibile e congelato che non osava nemmeno più lamentarsi, perché temeva la presenza della sua anima.
Eppure la vita, che lo spezzatava, lo attrattava sempre, con i suoi misteri più affascinanti, ma tutti i suoi tentativi non facevano altro che esacerbare le sue disillusioni.
Le pagine che scriveva gli ispiravano sempre più disgusto e pietà.
Si sentiva la sua vena seccarsi, il respiro congelarsi in quell'esercizio vano che lo rendeva sempre più estraneo all'esistenza. A forza di cercare lui stesso, non troveva più nulla. Nient'altro che parole, parole vuote : aveva l'impressione di diventare un vecchio libro ammuffito.
Non smetteva mai di vivere con la vana speranza del suicidio nel cuore. Ma questa speranza non era mai stata così forte come adesso. Questo pensiero oggi serviva solo a appesantirlo un po' di più.
A volte si svegliava e si perdeva in progetti irrealizzabili e infantili di conquista, di gloria e infine di rinuncia. Bruciava, dibattava e alla fine crollava, vittima di una stanchezza quasi fisica, insopportabile.
L'amore ! Anche lui aveva creduto, con un sorrisetto sulle labbra, nella magia tonificante dei suoi poteri, ma dopo una breve storia d'amore insipida ed etica, covata in un nido di povere poesie, se ne era allontanato, cupamente, sempre non più solo.
Eppure, intorno a lui, come sembrava viva la vita !
Ma lui deperiva, si seccava, si sentiva soffocare; si identificava con il suo lavoro impotente : un vecchio libro ammuffito.
Stanco di tutto, pensava, giorno dopo giorno, al suicidio.
Un giorno prese una decisione. Voleva porre fine all'esistenza spettrale che conduceva, dimenticare ciò che era stato fino ad allora e cercare di conoscere la realtà della vita.
Si ripeteva, per convincersene, che finché non fosse cambiato non avrebbe ottenuto nulla.
Litigò con la sua famiglia, che per molto tempo era diventata per lui solo un nome, e cercò lavoro in una delle grandi fabbriche davanti alle quali tante volte era passato nella sua impotente angoscia.
Quasi alla periferia della città.
Fu incaricato di sorvegliare una macchina in un'enorme officina dove il ferro veniva riscaldato fino a raggiungere il calore bianco e il ferro veniva forgiato.
Non doveva nemmeno più tornare a casa. Mangiava e dormiva con altri senzatetto in una stanza adiacente.
Tutto il giorno doveva stare davanti alla sua macchina che azionava il nastro di una fresatrice, installata più lontano, vicino alle mazze. Ma ne ebbe subito abbastanza. Poteva vedere gli operai seminudi danzare alla luce dei forni, balzare all'improvviso per tirare fuori dal fuoco enormi pezzi di metallo fiammeggiante.
Chiesto di lavorare sulle mazze. Pur non essendo molto robusto, on ha mai cessato di ottenere questa posizione.
Allora anche lui fu in grado di avere il suo posto tra questi diavoli rossi. Almeno si sottrattava a questo stupido compito di sorvegliare una leva, restando preda delle sue ansie.
Stanco di essere inattivo, i primi giorni, si era prima entusiasmato alla vista di quel duro lavoro, poi era ricaduto nella propria abiezione. Canti alati vibravano ancora nel suo cuore. E la noia lo consumava sempre di più.
Ora, nella fornace, non conosceva altro che una fatica estenuante. L'euforia febbrile che lo aveva spinto a questo lavoro scomparve completamente.
Si ritrovò circondato da gente povera, con muscoli enormi, ma bruciata su tutto il corpo e abbronzata sul viso dal fuoco e dalla fatica.
Quando videro le sue mani deboli, gli operai ebbero pietà di lui e gli risparmiarono i compiti più difficili, ma lui volle affrontare il dolore. Saltava, correva, trasportava, bussava, faceva tutto quello che poteva, e la sera tornava a casa così esausto che a malapena aveva la forza di masticare il ricordo dei suoi vecchi dolori.
Ha così acquisito una certa forza.
Ma poiché era il più debole e privo di allenamento, sentiva in modo sproporzionato la fatica degli altri.
Li vedeva arrivare al mattino e sistemarsi stoicamente attorno ai forni e poi ai magli, fino a sera, con gli occhi bruciati dalle fiamme, e le orecchie assordate dal martellamento ininterrotto delle fascette d'acciaio.
Con la fronte bassa, come animali, svolgevano il loro compito con lunga pratica, senza commettere più errori di martelli, frese e torni. Resi simili a macchine, ne avevano assunto la forza e l'anima cieca.
Aveva molta paura di abbassarsi cosi basso.
Le sue vecchie aspirazioni, ormai mute, lontane, travolte dalla nuova e formidabile realtà, avevano occupato la sua mente per troppo tempo. E se ora si ribellava e lottava, non era più contro se stesso, ma per rabbia impotente di fronte alla vita umana così irrisa.
Quindi ha chiesto nuovamente il trasferimento. Dall'officina dove si forgiava il ferro, si trasferì in un hangar all'aperto, dove venivano assemblate le automobili.
E poiché era più talentuoso degli altri lavoratori, riuscì rapidamente a superare le prove delle auto.
Finalmente un'attività adatta a lui.
Per i primi giorni credette di vivere la vita stessa della grande città, quella vita nuova e formidabile che aveva così timidamente sognato negli anni grigi in cui avrebbe voluto diventare poeta.
A tutta velocità, per le strade dure e ben tenute, attraversando colline e pianure, pilotava l'automobile carica di sassi, tutta ruote e motore, costruita a metà, bella con la bellezza stessa dei sobborghi della città, punteggiati di prato e nuove costruzioni: belle come tutte le opere in costruzione.
Passò tra questi simboli di un mondo in movimento, inebriandosi di velocità e di vento, attento a seguire la pulsazione ritmica della nuova creatura che stava domando con le sue mani.
Con quest'orgia violenta e salutare credeva di essersi finalmente liberato da tutti i dubbi e da tutta la smidollatezza del passato.
Si precipitò come un ciclone, una folata di vento, e la natura stessa non gli sembrava più estranea. Dall'alto delle colline da cui emerse per un istante per precipitare alla velocità della luce nella pianura, la grande città fumosa, la corona di fabbriche che la proteggeva, le montagne in lontananza, e il cielo, il fruscio della vegetazione intorno, tutto era fuso nella sua mente come qualcosa di unico, un'elevazione unica ed immensa.
Non aveva più paura del pericolo.
Al suo ritorno, nell'hangar silenzioso, immobile, impersonale, ebbe difficoltà a separarsi dal suo nuovo compagno. Scese con i nervi e la testa ancora storditi dal ronzio regolare del motore e si consolò solo quando risalì su un'altra macchina per precipitarsi fuori con rinnovato ardore.
Poi la sua situazione migliorò.
Un giorno, con una macchina più ribelle del solito, si recò nel suo paese natale.
Mentre entrava in queste colline, ogni linea delle quali gli ricordava un'emozione della sua prima giovinezza, fu ripreso dalla sua vecchia febbre, amplificato e purificato dalla scuola di libertà ed energia a cui aveva appena frequentato.
E fu con una sorta di timore che improvvisamente si rese conto con chiarezza che, da quando aveva voltato le spalle alla sua esistenza morbosa, nessun aspetto della sua nuova vita lo aveva tormentato al punto da rivelarsi nell'arte. .
“Mai, no, mai sarò un poeta !” gemette tra sé.
Ma la vita dura che ha condotto non lo ha mai abbandonato. Tornò di nuovo su queste colline dal linguaggio aspro, come le pietre di cui erano cosparse, e scoprì in esse un fascino potente, che non aveva mai sognato in città.
Finì per sposare una di queste ragazze di campagna, forti come un uomo, ma temprate da qualcosa di moderno che avvicinava la loro mentalità alla sua.
La portò a vivere in una casa vicino alla sua fabbrica. Possedeva questa ragazza con frenesia. Il suo corpo ruvido, quasi muscoloso, il suo linguaggio semplice e il suo completo abbandono gli facevano sperare di aver finalmente pianto il tempo in cui vagava impotente di fronte all'assurdità della vita.
Poi è tornato alle sue macchine.
D'ora in poi li conobbe e li amò così tanto che loro e lui formarono un solo corpo. Quando, avvitato sul rozzo sedile, dietro l'asse del volante, si lasciò trasportare da uno di essi, ebbe l'impressione di sentire la benzina scorrergli nelle vene, e l'ansimare del motore era come il battito del suo polso.
Davanti ai suoi occhi, il pannello di controllo ancora ribelle e la lancetta del tachimetro, che oscillava costantemente nervosamente, erano come un cuore e un orecchio vivi; sensibile al minimo cambiamento.
Non ha mai smesso di testare i motori, meccanicamente.
Viveva solo per loro e per il corpo di sua moglie.
Aveva alcuni colleghi piloti collaudatori, che come lui avevano il compito di uscire ogni giorno sulle bellissime macchine ancora vergini.
Ma al ritorno, quando li trovò al suo fianco e li sentì discutere di accensione, di magneti, di velocità, all'improvviso, come per tutte le altre cose della vita, la rabbia si impadronì di lui.
Gli hanno mostrato cosa doveva diventare anche lui. Erano uomini rozzi e formidabili, con gli occhi bassi dei lottatori, che il lavoro aveva domato e plasmato a sua immagine, e che vivevano la stupida vita delle macchine.
Ne era stufo.
Oltretutto a casa cominciava a sentirsi soffocare. Sua moglie aveva perso il fascino legato alla loro comune origine, questo paese solitario dove era nato, tra colline bruciate dal sole, che si affacciano su valli che raccontano di secoli di vita rustica.
Gli sembrava meschino, meschino e insopportabile come la casa di famiglia; nelle sue parole, nelle sue idee, nella sua vita, la sentiva troppo simile alle sue colleghe, a parte una certa pretesa di eleganza e di stile di vita superiore, che ai suoi occhi la rendeva ancora più sciocca e irritante.
Il fascino della sua rusticità era ormai lontano.
Tanto che quel corpo robusto e giovane, con il suo modo naturale di offrirsi, smise di soddisfarlo e volle provare piaceri più sottili con sua moglie.
Lei ha accettato volentieri.
Poi, nelle lunghe, folli, solitarie corse, provava quello sconforto, da tempo dimenticato, che, quando era più giovane, gli davano le febbrili vertigini della masturbazione.
Si sentiva come se stesse diventando insensibile al corpo di quella donna.
Mentre questi uomini maleducati lo ripugnavano sempre di più.
Un giorno, mentre guidava, si accorse di annoiarsi. Nell'impeto della velocità perse l'esaltazione divina dei primi mesi e avvertì la nostalgia di una passione che avrebbe riempito il vuoto del tempo.
E ogni sera sua moglie lo aspettava, lasciva come una puttana.
Gli piaceva sprecare le sue forze in queste sciocchezze, come prima provava piacere sprecarsi nella malinconia.
Al mattino si rimetteva in sella alle sue macchine con l'aria feroce che assumeva quando si definiva poeta.
La sua mente non partecipava più alle prove, diventava tutt'uno con il motore, i suoi muscoli non lo tradivano mai, la sua anima, inutile, sonnecchiava.
Poi, ancora una volta, ha temuto di lasciarsi divorare, di diventare anche lui una macchina, come aveva visto negli operai addetti ai magli e come vede oggi nei suoi colleghi.
Da quel momento in poi si sentì niente più che un'intelligenza meccanica, condannata a comandare un potere ancora più cieco.
E la notte finì di portargli via questo resto della sua anima che ancora conservava.
Un giorno, mentre scendeva a perdifiato da una collina, vide comparire davanti a sé, troppo tardi, un passante che, prima ancora di rendersi conto di quello che gli stava succedendo, venne travolto e gli venne fracassato il cranio.
Doveva fermarsi. C'erano testimoni. È stato liberato da ogni responsabilità senza nemmeno doversi discolpare. Ha potuto rimettersi subito in viaggio.
Cominciò a guidare alla stessa velocità e il fatto di non provare alcun rimorso lo inorridiva. Niente, non sentiva niente, come se avesse investito un cane. Ciò che la sua macchina poteva sentire è ciò che sentiva lui. Nient'altro.
Lo confidò ai suoi colleghi che gli raccontarono i loro incidenti con la massima indifferenza.
Capì che stava diventando, che lo era già, un loro pari e che, come loro, era tutt'uno con le macchine.
Un tempo, la prospettiva di diventare un vecchio pazzo di poesia, di scrivere un libro a tutti i costi, lo aveva sopraffatto al punto da fargli pensare al suicidio, ma oggi sentiva che il suo progressivo stupore stava annientando in lui ogni desiderio di rivolta.
Il suo unico sbocco lo trovava di notte con la moglie in un'orgia di piacere selvaggio.
Al mattino partì quasi di nascosto e si mise di nuovo al volante con un'impazienza divorante. Si precipitò a una velocità incredibile. Poi è tornato ed era la stessa notte. Seguì un altro giorno, ancora più folle. Poi altre notti, altri giorni, in cui passava dal letto alla macchina quasi senza notare la differenza.
La sua vecchia ossessione si è risvegliata.
Riviveva a singhiozzo, come solo allora era possibile, gli atroci dubbi che lo torturavano.
Un giorno prese la sua decisione.
È stata una corsa solitaria. Per l'ultima volta sentì la carezza divina delle strade magnetiche sotto le sue ruote. I suoi sogni lacerati ardevano nel suo cuore, alimentati dalle raffiche di vento.
Emerse tra le colline.
Percorse la lunga strada bianca che conduceva alla casa dove era nato e dove aveva sognato di diventare poeta. Si alzò, ruggendo, tra i profondi burroni boscosi della collina.
Poi si voltò e diede piena potenza al motore. Si precipitò nel vuoto sulle pietre nude.
Quando lo abbiamo trovato, nel suo petto fracassato, l'asse del volante era incastrato come una lancia.
26 aprile 1928.
Septembre 2023.
