De Nice à Cuneo, le transport du sel au Moyen-Age.
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De Nice à Cuneo, le transport du sel au Moyen-Age.
Vers 1198, l'essor de la ville de Cuneo fut soutenu par l'importance croissante des routes commerciales en direction de la France, grâce à l'impulsion des marchands d'Asti, Chieri et autres cités piémontaises. Cela n'est pas étonnant car le rôle de Cuneo dans le fonctionnement du commerce du sel et autres produits en provenance de Provence fut fondamental.
Trois vallées mettent en communication directe Cuneo et la Provence : Vermenagna, Gesso et Stura. Toutes les trois sont explicitement citées dans une convention commerciale signée à Cuneo le 5 février 1259 entre Raymond Asinario, maire de Cuneo et deux amiraux de Nice : Guglielmo Olivario et Jacques Caïs, représentant le sénéchal de Charles d'Anjou, comte de Provence. Dans le texte de la convention sont citées les références générales des "marchands qui transportent toutes sortes de marchandises" mais insiste sur le trafic du sel : la route qui relie Nice à Cuneo et continue vers Asti et Pavie est appelée "Strata salis". Cette route se dénouait ensuite de diverses façons après avoir assuré le transit par les vallées suscitées.
A ce point on peut se demander quel était le sillon privilégié pour le transport du sel de Nice à Cuneo. C'est la vallée Vermenagna qui assurait l'essentiel du trafic en passant par le col de Tende. Cela est mis en évidence dans un autre traité signé le 31 août 1279, cette fois entre la ville de Cuneo et Pietro Balbo, comte de Ventimiglia, accord rendu nécessaire à cause des frictions dans l'exercice des droits entre deux localités de la haute vallée Vermenagna : Limone et Vernante. De ce fait, la commune de Cuneo renonça à une politique expansionniste en vue du contrôle de ce territoire. En conséquence de cet accord, les clauses ne furent plus remises en question pendant des décennies. Dans la gestion du commerce du sel qui devait joindre Nice à Cuneo, se distinguaient les comtes de Ventimiglia, et seigneurs de Tende. En 1369, ils stipulèrent, avec la Maison d'Anjou, alors et pour peu encore seigneurs de Cuneo, une convention intéressante relative à l'utilisation de cette route et à l'acquisition d'importantes quantités de sel à la gabelle de Nice. Le sel, originaire de Camargue était débarqué à Nice, au port, entreposé cours Saleya puis chargé à dos de mulet. Une variante de la route par Vintimiglia passait par Luceram et Sospel. Ce trajet qui aboutit à la Giandola de Breil est bien plus long car il emprunte plusieurs cols. Vestige de cette époque, la fête de la Saint Eloi à tende, où l'on célèbre les chevaux et les mulets.
La vallée Gesso fut bien moins fréquentée pendant longtemps. Toutefois, vers 1450, Paganino del Pozzo, riche entrepreneur d'Alessandria, en se déplaçant à Cuneo, assura la construction d'une route qui relia Cuneo à Nice en passant par des lieux sous domination de la maison de Savoie et destinée au transport du sel.
Dans la vallée Stura, tout au long de la première moitié du XIVe siècle, se tenaient de nombreux marchés : hebdomadaires à Vinadio et Demonte, et à Bersezio, comme noté dans un document daté de 1480, une foire d'où venaient des commerçants de Nice, Saint Etienne de Tinée, Barcelonnette, Meyronnes et Jausiers. Vers la fin du Moyen-Age, la vallée stura fut de moins en moins utilisée pour le transport des marchandises venant de Provence. En 1388, ce territoire passa sous la domination de la maison de Savoie et cette voie de communication se dévitalisa peu à peu. En fait, à partir de 1389, les registres du péage de Vinadio indiquent une baisse continue des entrées de marchandises. On doit aussi tenir compte du fait que cette voie de communication était plus longue et que sur cette route, Demonte et Roccasparvera, places fortes importantes, restèrent aux mains de la famille Bolleris, liée à la maison d'Anjou.
Et les autres vallées piémontaises jusqu'à la vallée du Pô ? Selon les documents, le transport des marchandises avec la Provence fut limité. Seulement trois vallées se prolongent jusqu'à la ligne de partage des eaux. La vallée Maira (col Maurin), la vallée Varaita (col Agnel) et la vallée Pô (col Traversette). Dans les vallées Maira et Varaita, le commerce transfrontalier restait à l'échelon local, même si des foires mettaient directement en communication des marchands des deux versants des Alpes : institution d'une foire à Barcelonnette en 1264 et Acceglio en 1329 avec transit du bétail au-delà de la frontière.
Du reste, l'état des routes ne devait pas être des meilleurs. En 1478, le marquis de Saluzzo Ludovico II et le roi de France stipulèrent un contrat avec Martino de Albano et Baldassare di Piasco pour construire une galerie sous le mont Viso, sur les pentes du mont Granero. ce fut là le premier tunnel de l'histoire, construit surtout pour approvisionner le marquisat de Saluzzo en sel provenant des salins de Berre. En 1486 fut finalement construite une route publique et praticable qui reliait la vallée Maira au versant opposé par le col Monache.
La construction de ces nouvelles routes contribuèrent à l'amélioration des communications dans tout l'arc alpin du Piémont sud-occidental, tout cela bien entendu pour pérenniser l'approvisionnement en sel, garantie de conservation des aliments et de raréfaction des famines, mais aussi des revenus substantiels pour les diverses administrations fiscales.
Pour aller plus loin :
- page facebook Nel dipartimento della Stura;
- Piemonte meridionale e viabilità alpina : note sugli scambi commerciali con la Provenza dal XIII° al XV° secolo, Rinaldo Comba, Giuseppe Sergi, Provence historique, Année 1977;
- article wikipedia sur Charles d'Anjou.
- Chantal Crovi, Le guide des vallées alpines du Piémont, en 3 volumes, Artézin éditeur, 2008.
Da Nizza a Cuneo : il trasporto del sale nel Medioevo.
Intorno al 1198, la crescita della città di Cuneo fu alimentata dalla crescente importanza delle rotte commerciali verso la Francia, grazie all'impulso fornito dai mercanti di Asti, Chieri e altre città piemontesi. Ciò non sorprende, poiché Cuneo svolse un ruolo fondamentale nel commercio del sale e di altri prodotti provenienti dalla Provenza. Tre valli collegavano direttamente Cuneo alla Provenza : la Vermenagna, il Gesso e la Stura. Tutte e tre sono esplicitamente menzionate in un accordo commerciale firmato a Cuneo il 5 febbraio 1259 tra Raimondo Asinario, sindaco di Cuneo, e due ammiragli di Nizza : Guglielmo Olivario e Jacques Caïs, in rappresentanza del siniscalco di Carlo d'Angiò, conte di Provenza. Il testo della convenzione fa riferimento in termini generali a "mercanti che trasportano ogni genere di merci", ma pone l'accento sul commercio del sale : la via che collega Nizza a Cuneo e prosegue verso Asti e Pavia è chiamata "Strata Salis" (Via del Sale). Questo percorso si diramava poi in diverse direzioni dopo aver garantito il transito attraverso le valli menzionate.
A questo punto, ci si potrebbe chiedere quale fosse la via privilegiata per il trasporto del sale da Nizza a Cuneo. La Val Vermenagna gestiva la maggior parte del traffico, passando per il Col de Tende. Ciò è evidenziato in un altro trattato firmato il 31 agosto 1279, questa volta tra la città di Cuneo e Pietro Balbo, conte di Ventimiglia, un accordo reso necessario dalle tensioni sull'esercizio dei diritti tra due località dell'alta Val Vermenagna : Limone e Vernante. Di conseguenza, il comune di Cuneo abbandonò una politica espansionistica volta al controllo di questo territorio. In seguito a questo accordo, i suoi termini rimasero incontestati per decenni. I Conti di Ventimiglia, Signori di Tende, si distinsero nella gestione del commercio del sale che avrebbe collegato Nizza a Cuneo. Nel 1369, stipularono con la Casa d'Angiò, allora e per un breve periodo ancora Signori di Cuneo, un interessante accordo riguardante l'utilizzo di questa via e l'acquisto di ingenti quantità di sale al prezzo del sale di Nizza. Il sale, proveniente dalla Camargue, veniva scaricato al porto di Nizza, immagazzinato sul Cours Saleya e poi caricato sui muli. Una variante del percorso via Ventimiglia passava per Luceram e Sospel. Questo itinerario, che termina alla Giandola de Breil, è molto più lungo in quanto attraversa diversi passi di montagna. Una vestigia di quest'epoca è la festa di Sant'Eloì a Tende, dove si celebrano cavalli e muli.
La valle del Gesso rimase a lungo molto meno frequentata. Intorno al 1450, tuttavia, Paganino del Pozzo, un ricco imprenditore Alessandriano, durante un viaggio a Cuneo, commissionò la costruzione di una strada che collegasse Cuneo a Nizza, attraversando territori sotto il controllo della Casa Savoia, destinata al trasporto del sale.
Nella Val Stura, per tutta la prima metà del XIV° secolo, si tenevano numerosi mercati : mercati settimanali a Vinadio e Demonte, e a Bersezio, come attestato da un documento del 1480, una fiera che attirava mercanti da Nizza, Saint-Étienne-de-Tinée, Barcelonnette, Meyronnes e Jausiers. Verso la fine del Medioevo, la Val Stura venne utilizzata sempre meno per il trasporto di merci dalla Provenza. Nel 1388, questo territorio passò sotto il controllo della Casa Savoia e questa via di comunicazione declinò gradualmente. Infatti, a partire dal 1389, i registri dei pedaggi di Vinadio indicano un continuo declino nell'afflusso di merci. Bisogna inoltre considerare che questo percorso era più lungo e che, lungo di esso, Demonte e Roccasparvera, importanti roccaforti, rimasero in mano alla famiglia Bolleris, imparentata con la Casa d'Angiò.
E che dire delle altre valli piemontesi fino alla valle del Po ? Secondo i documenti, il trasporto di merci con la Provenza era limitato. Solo tre valli si estendono fino allo spartiacque : la Val Maira (Passo del Maurin), la Val Varaita (Passo dell'Agnel) e la valle del Po (Passo della Traversette). Nelle valli della Maira e della Varaita, il commercio transfrontaliero rimase a livello locale, sebbene le fiere collegassero direttamente i mercanti di entrambi i lati delle Alpi : si pensi all'istituzione di una fiera a Barcelonnette nel 1264 e ad Acceglio nel 1329, con il transito di bestiame attraverso il confine.
Inoltre, lo stato delle strade doveva essere tutt'altro che ideale. Nel 1478, il Marchese di Saluzzo, Ludovico II, e il Re di Francia stipularono un contratto con Martino de Albano e Baldassare di Piasco per la costruzione di una galleria sotto il Monte Viso, sulle pendici del Monte Granero. Si trattò della prima galleria della storia, costruita principalmente per rifornire il Marchesato di Saluzzo di sale proveniente dalle saline di Berre. Nel 1486, fu finalmente realizzata una strada pubblica e percorribile, che collegava la Val Maira al versante opposto attraverso il Passo della Monache.
La costruzione di queste nuove strade contribuì a migliorare le comunicazioni in tutto l'arco alpino del Piemonte sudoccidentale, il tutto, naturalmente, per garantire un approvvigionamento sostenibile di sale, assicurando la conservazione degli alimenti e riducendo le carestie, ma anche fornendo ingenti entrate ai vari enti fiscali.
Per andare oltre :
- Pagina Facebook Nel dipartimento della Stura;
- Piemonte meridionale e viabilità alpina : note sugli scambi commerciali con la Provenza dal XIII° al XV° secolo, Rinaldo Comba, Giuseppe Sergi, Provence historique, Anno 1977;
- Articolo di Wikipedia su Carlo d'Angiò.
- Chantal Crovi, Le guide des vallées alpines du Piémont, in 3 volumi, Artézin editore, 2008.
Texte traduit le 11 mai 2026.
Testo tradotto l'11 maggio 2026.
