« Veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée… »

« Veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée… »





La concierge est dans l’escalier : veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée. 

Le fonctionnaire, quand il n’est pas en grève du cerveau, est en train de lutiner la concierge dans l’escalier : veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée. 

« Au feu, les pompiers ! », les pompiers jouent les chippendales pour les besoins de leur calendrier : veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée. 

Dans la police, on y rentre à bac – 12 et on en sort analphabétisé : veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée. 

La drogue rentre en Europe comme dans un moulin dont on aurait jeté la clé ; un agent territorial nous répond : « je suis pas un imbécile, j’suis douanier ». Veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée. 

L’industriel a passé la frontière pour optimiser ses revenus défiscalisés : veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée. 

Le président, quand il ne stigmatise pas les perdants, est aux abonnés absents : veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée. 

La grande musique, c’est comme la monnaie, la mauvaise chasse la bonne : veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée. 

Le cadavre moisit dans le placard, la gourgandine est mal assurée, l’affaire de mœurs sent le renfermé : veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée. 

Le trader a le nez poudré, le dealer est carbonisé, le pdg joue les demeurés, le scandale est financier : veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée. 

Les jeunes sont illettrés, leurs parents dépassés, l’Education nationale délaissée : veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée. 

Le mieux-disant culturel est phagocyté par la télé-réalité : veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée. 

Internet ne fonctionne pas, votre carte a été avalée, toutes nos lignes sont occupées : veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée. 

L’atelier d’écriture Les Maux d’Émée n’a rien à vous apprendre mais il fait sa publicité sur des réputations d’écrivains usurpées : veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée. 

Madame la maire n’a rien à proposer mais elle monopolise les couvertures des magazines sur papier glacé : veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée. 

Sur le plus haut trône du monde, on n’est jamais assis que sur son cul, la grossièreté ne se confond pas avec la vulgarité : veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée. 

La nourriture est avariée mais la note est salée, la réputation du grand restaurant est injustifiée : veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée. 

La viande est contaminée, le lait frelaté, les sportifs sont tous dopés : veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée. 

L’érotisme n’est plus ce qu’il était, les amoureuses sont fatiguées, la débandade est assurée : veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée. 

« — Les institutions sont confisquées, les débats sont biaisés, comme ça cela ne peut plus durer… ! — Monsieur, je vous somme de vous arrêter ! — Messieurs les censeurs, bonsoir ! — Monsieur, je vous demande de vous calmer ! » : veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée. 


Veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée : la démocratie est dans l’escalier. 



Février 2026. 




Précédent
Précédent

Florence.

Suivant
Suivant

Le penalty tiré en dépit du bon sens.