La Corse a-t-elle besoin d’une nouvelle Constitution ?

La Corse a-t-elle besoin d’une nouvelle Constitution ?




Pour se changer les idées, Eugène Snaporaz qui n’avait pas le moral, avait regardé ce jour-là un film documentaire sur la Corse, et plus précisément sur la bande de la Brise de mer, à la télévision, dans la soirée du mardi 9 juin 2026. 

Sur la Corse, Eugène avait beaucoup d’idées générales et imprécises, ainsi que quelques souvenirs d’enfance : quand ils partaient en vacances, sur les ferries de liaison entre la Corse et le continent, au départ du port Lympia, à Nice. Le port Lympia, il était ensuite revenu plusieurs fois le visiter, en touriste et en piéton, non seulement en raison du film Sans mobile apparent (1971), de Philippe Labro et parce que ses parents avaient habité dans l’immeuble que l’on voit au début du film, non seulement parce que le musée de la Préhistoire de Terra Amata, ouvert à la fin des années 1960 à l’initiative d’Henry de Lumley, se trouvait juste derrière, au début du boulevard Carnot, mais aussi et surtout parce qu’il trouvait l’endroit très beau, pour ne pas dire magnifique, surtout quand on le regarde depuis les hauteurs, qu’il s’agisse de la colline du château, ou de la route forestière qui traverse le parc du Mont-Boron. 

A propos de la Corse proprement dit, Eugène se souvenait de vacances à Saint-Florent, Calvi et à L’Île Rousse, au nord-ouest de l’île, dans une région qu’on appelle la Balagne, à l’époque où son père apprenait à faire de la planche à voile, mais aussi dans le golfe de Propriano, ainsi qu’à Ghisonaccia, sur la plaine orientale, au sud d’Aléria, à Porto-Vecchio, le « Saint-Tropez corse », et à Bonifacio, avec ses maisons bâties sur des falaises impressionnantes, ce qui fait toujours son petit effet (c’est-à-dire que c’est un spectacle grandiose, surtout si l’on pense à ceux qui ont construit ces maisons et ces immeubles à cet endroit, une prouesse digne des bâtisseurs de Venise…). 

Quand il était enfant, lors des vacances, s’il souvenait du camping dans lequel il allait chercher les croissants pour le petit-déjeuner, tout en écoutant l’âne braire de manière particulièrement véhémente, sans qu’il pût affirmer que c’était en raison de ses amours ou pour exprimer son inconfort (car l’âne n’a pas seulement été chanté par Jean Ferrat, Francis Jammes ou Jean de la Fontaine : il brait aussi. C’est le cerf qui brame, même si le cri de l’âne est qualifié de braiment ; le summum est atteint quand on peut entendre un « concert de braiements d’ânes », comme dans le Hussard sur le toit de Jean Giono ; certains affirment même que ce peut être plus mélodieux qu’une symphonie dirigée par Stockhausen ou quelque chef particulièrement névrotique, mais ce sont de mauvaises langues), il n’était jamais allé à Bastia, ni à Ajaccio, pas plus qu’à Corte, ou à Piana, endroit assez merveilleux où se trouve un hôtel mythique et désuet, les Roches rouges, propriété d’une femme qui commença sa carrière dans l’hôtellerie comme simple femme de ménage ; comme il n’y était jamais retourné à l’âge adulte, il ne connaissait ces endroit que par ouï-dire ; il ne s’était jamais non plus sérieusement documenté sur la Corse, il savait simplement que Jean-Jacques Rousseau avait rédigé un projet de Constitution pour la Corse, publié dans les années 1760, que Napoléon était né à Ajaccio, et que Pasquale Paoli (Morosaglia, 1725-Londres, 1807), était considéré comme un héros de l’indépendance corse, d’abord en s’étant dressé contre la domination génoise au début du XVIIIe siècle, ensuite contre l’annexion par la France en 1769, après avoir proclamé la République corse en 1755. Les écrits de Rousseau sont particulièrement étonnants : il affirmait, avant la naissance de Napoléon, qu’il avait « quelque pressentiment qu’un jour cette île étonnera[it] l’Europe. » Son projet de Constitution ne l’est pas moins : inspiré du modèle idéalisé de l’organisation des cantons suisses, il préconise l’autarcie et un développement économique presque exclusivement fondé sur l’activité agricole. Il est vrai que Rousseau ne pouvait pas, ou aurait difficilement pu imaginer, l’essor du tourisme qui se produira au XXe siècle, d’abord celui des élites bourgeoises dans les années 1930, sur le modèle de ces aristocrates russes et anglais venus profiter des hivers particulièrement doux sur la Côte d’Azur, et à Nice en particulier, regardées avec méfiance par les autochtones, ensuite le tourisme de masse à partir des années 1960 et 1970. 

Les principes de Rousseau sont particulièrement stricts, pour ne pas dire rigides : 

- pas de capitale ni d’élus, les villes étant considérées par le philosophe comme des lieux de perdition ; 

- pas de luxe, qui « corrompt aussi bien le riche que le pauvre » ; 

- une économie basée sur le troc, qui exclut donc l’argent ; 

- limitation de l’accroissement démographique, pour permettre la tenue d’assemblées sur les places de villages ; 

- l’obligation faite aux citoyens de se livrer à des corvées, ou travaux d’intérêt général. 

Cette Constitution n’entrera jamais en vigueur du fait de l’annexion de l’île par les troupes de Louis XV après la bataille de Ponte Novu en 1769. 


Au XXe siècle, l’évènement littéraire majeur sur la Corse reste la publication d’Astérix en Corse en 1973, le vingtième album de la série, que nous devons au scénariste René Goscinny et au dessinateur Albert Uderzo. En plein boom du tourisme de masse, il fait l’apologie du maquis, du saucisson et du fromage, des « parfums légers et subtils, du thym, de l’amandier, du figuier et du châtaignier… avec un souffle imperceptible de pin, une touche d’armoise, un soupçon de romarin et de lavande… mes amis !... Ce parfum… c’est la Corse ! » ; il fait également l’apologie de la résistance à l’envahisseur, deux ans avant les évènements d’Aléria, le 21 août 1975, qui, avec l’arrestation d’Edmond Siméoni, devaient marquer les débuts du combat politique pour l’indépendance ou, tout au moins, pour la reconnaissance de la spécificité de l’identité et de la culture corses. Comme il était précisé dans le documentaire télévisé sur l’histoire de la Brise de mer intitulé « Vendetta », ces évènements prennent place dans le cadre du boom économique centré sur le développement du tourisme de masse, avec son lot de spéculation immobilière et de catastrophes écologiques liées aux destructions de paysages naturels, mais également sur l’attribution de terres agricoles aux rapatriés d’Algérie, accompagnée d’aides à l’installation qui ne vont pas sans causer des sentiments d’incompréhension et d’injustice chez les paysans insulaires, qui ne bénéficient pas des mêmes avantages, en particulier ceux qui ne sont pas liés à des clans politiques. Car le documentaire le rappelle, l’île qui a longtemps été une société rurale pour ne pas dire sous-développée, a également longtemps été dirigée par des élites politiques fonctionnant sur le système des clans, autour de la figure d’un chef charismatique, juge des paix des conflits locaux, cousin pas si éloigné du « padrino » sicilien. Et celui qui n’a pas les bons appuis, ou qui ne connait pas les bonnes personnes, a plus de difficultés que les autres à faire son métier loyalement, pour gagner sa vie honnêtement : il peut toujours se consoler en se disant que le crime ne paie pas, mais ce n’est pas ce qui lui épargnera des larmes et de la sueur. Enfin, un des derniers éléments contextuels, c’est le scandale des boues rouges, apparu en mai 1972, qui désigne une pollution au dioxyde de titane, rejetant entre autres déchets toxiques, de l’acide sulfurique (pour une tonne de dioxyde de titane produite, sont rejetées 4,5 tonnes d’acide sulfurique), qui, s’il est concentré, peut brûler toute matière organique vivante et, en tout état de cause, accroît l’acidité de la mer, entraînant un déséquilibre du pH mortifère pour la faune et la flore. Ce scandale fait prendre conscience aux Corses, et aux pêcheurs en premier lieu, que leur milieu marin est menacé, la société Montedison basée à Livourne ayant reçu de la part des autorités italiennes l’autorisation de rejeter trois mille tonnes de dioxyde de titane quotidiennement à une vingtaine de milles au large du cap Corse. L’affaire se conclura provisoirement en avril 1974 par la condamnation des responsables de la multinationale Montedison lors d’un procès tenu à Livourne. A plus long terme, elle marque la naissance des dommages écologiques et environnementaux, ainsi que leur reconnaissance sur le plan juridique. 

Au tournant du XXIe siècle, la Corse revient au centre de l’actualité littéraire avec la publication de l’album de bande dessinée L’Enquête corse en 2000, une enquête du détective privé Jack Palmer créé par le fameux dessinateur Pétillon, qui sera adaptée au cinéma en 2004 dans une version grand public (si le film ne démérite pas, il est parfois bon de privilégier l’original sur la copie et, en l’occurrence, la bande dessinée sur le film). L’histoire est une satire de la lutte engagée par les différents services de police, qui n’ont bien souvent de forces de l’ordre que le titre, aggravant le désordre par leur incompétence, leurs luttes fratricides et leur soumission aveugle à une hiérarchie elle-même aux ordres d’un pouvoir politique en proie aux jeux politiciens les plus délétères (« Force est restée à la loi : le forcené est mort. » ce sera ce qui restera la formule la plus célèbre du plus connu des ministres de l’Intérieur d’origine corse, à défaut d’être son épitaphe officielle ; quant à savoir s’il fut le plus incompétent des ministres de l’Intérieur, nous ne saurions l’affirmer avec certitude, tant la concurrence est rude et la compétition, ouverte) contre un caïd appartenant au milieu ambigu et incertain, indépendantisto-mafieux. 

Car un des propos du documentaire diffusé le mardi 9 juin 2026 sur France Télévisions, intitulé « Vendetta », en plus de retracer l’histoire de la bande de la Brise de mer depuis le début des années 1980, est de chercher à tracer la frontière entre le militantisme indépendantiste, lui-même divisé entre différentes factions, ce qui s’ajoute à la ligne de partage majeure entre la lutte armée et la lutte politique, et les dérives mafieuses, si ce n’est le grand banditisme proprement dit, entreprise ardue s’il en est. Par exemple, Edmond Siméoni, figure charismatique de la lutte politique pour l’autonomie de la Corse (il ne croyait pas que l’indépendance fût viable, pour des raisons de développement économique insuffisant, rare exemple de lucidité à l’égard de la capacité de ses concitoyens à atteindre l’autarcie prônée par Jean-Jacques Rousseau), fut également président du comité de soutien à Yvan Colonna, reconnu coupable d’avoir assassiné le préfet Claude Erignac en février 1998, alors que celui-ci se rendait au théâtre. 

Le documentaire s’attachait à retracer l’histoire de cette bande de garçons de la « mala vita » corse, qui se réunissaient dans un bar du vieux port de Bastia, la Brise de mer, et destinés à devenir les parrains les plus riches de l’île, capables de mettre en coupe réglée l’économie insulaire, en n’étant que très sporadiquement inquiétés par les services de l’Etat français, en jouant sur deux caractéristiques de celui-ci : la priorité accordée à la lutte contre les dérives mafieuses ou violentes de l’indépendantisme corse, et la très grande difficulté, pour ne pas dire l’incapacité, à comprendre les complexités des milieux clandestins, s’appuyant eux-mêmes sur les traditions séculaires de l’identité corse, comme l’omerta et la vendetta. 

Ils étaient trois, trois petits voyous qui au départ n’avaient pas l’envergure de leurs illustres aînés, ceux qui avaient émigré sur le continent pour y chercher fortune sans s’embarrasser d’un respect scrupuleux de la légalité républicaine, même s’ils étaient très attachés aux convenances, aux signes extérieurs de la respectabilité bourgeoise et à leur apparence vestimentaire, comme les Carbone, Venturi, les Guérini, à Marseille aux beaux jours de la « French Connection » et de l’Après-guerre ; mais ils ont de l’audace, du bagout, du charisme, et ils ont même été formés dans les rangs du FLNC, où ils ont appris à manier les explosifs. Surtout, ils n’ont pas froid aux yeux et n’hésitent pas à faire leurs affaires sur l’île. Leurs coups n’attirent pas l’attention de la police et des services de l’Etat, focalisés sur la violence indépendantiste. Ils deviennent rapidement respectés, roulant en voiture de luxe, des individus qu’on appelle sur l’île des « hommes importants ». Ils réalisent des coups spectaculaires, dignes des scénarios hollywoodiens et qui impressionnent même les journalistes, comme le vol de devises dans la soute à bagages d’un avion. Jusqu’au coup de maître, le casse du siècle, celui de l’UBS à Genève en mars 1990, 31 millions de francs suisses, soit 220 kg de billets. Michel Ferrari est présumé être l’organisateur du coup, tandis que d’autres affirment que le cerveau était Richard Casanova, qui entamera dès lors une cavale de plus de 16 ans ; une cavale qui pose des questions, puisque dans ce laps de temps, l’intéressé voyagera à travers le monde, notamment en Asie et en Afrique, sans jamais être reconnu aux frontières (disposait-il d’un vrai-faux passeport ?), et nourrissant des projets d’investissements sur le continent africain, aux côtés de son ami Michel Tomi, un « empereur » des jeux et des machines à sous, tutoyant plusieurs chefs d’Etat de la Françafrique, et frère d’un haut-fonctionnaire de la DGSI (Direction Générale de la Sécurité Intérieure), décoré pour sa participation à la gestion du mouvement des gilets jaunes (il a été filmé en train de matraquer un manifestant tombé à terre) et finalement écarté, après le départ de Bernard Squarcini, car le profil de son frère « inquiète » les services de renseignements français. Dans le documentaire, Bernard Squarcini, ex-directeur de la DCRI (Direction Centrale du Renseignement Intérieur), interrogé sur d’éventuels liens avec Richard Casanova qu’il serait venu rencontrer à sa sortie de prison, après une très brève incarcération, répond : « Et que lui aurai-je apporté ? Des chocolats ? Des châtaignes (1) ? Et surtout, qu’avait-il à m’apporter ? ». Des renseignements, des informations peut-être ? L’hypothèse des auteurs du documentaire est que pour être resté aussi longtemps en cavale, menant grand train, Richard Casanova a bénéficié de protections politiques en haut lieu, car il était un indic’ de la police… Quand on écoute un homme comme Bernard Squarcini, on se dit que les Français peuvent dormir tranquilles, car les services de l’Etat, du renseignement et de la sécurité intérieure, sont dirigés par des hommes brillants… pour défendre leurs intérêts et ceux de leurs amis… L’intérêt général ? Vous galéjez, mon ami : c’est pour les discours, les belles âmes et les simples d’esprit. Une image, vue dans le documentaire : au lendemain de l’assassinat du préfet Erignac, et avant la grande marche contre la violence organisée dans les rues d’Ajaccio et de Bastia qui rassemble des milliers de personnes silencieuses et sans slogan, le Chi-Chi à sa Bernadette prononce un discours dans lequel il a l’air très impliqué contre la haine, la perte de crédibilité et d’autorité de l’Etat, les dérives mafieuses, la violence qui menace de gangréner la société corse, etc… Une anecdote : les services de police de l’île avaient établi que plusieurs discothèques, établissements de nuit et de jeux, tous très lucratifs et dont l’un d’entre eux fut inauguré en la présence d’Alain Delon, appartenaient aux membres de la Brise de mer et leur permettaient de blanchir l’argent de leurs différents trafics, et ils avaient en conséquence demandé à leur ministre de tutelle l’autorisation de fermer ces établissements ; or, ce ministre, le plus célèbre des ministres de l’Intérieur originaire de l’île de Beauté, sans doute ex-pensionnaire du séminaire du couvent des oiseaux, refusa de prendre la décision de fermer ces établissements… La raison officielle, on ne la connait pas plus que les flics qui avaient fait la demande ; une hypothèse est qu’en s’attirant les bonnes grâces des voyous du grand banditisme, il comptait s’en faire des alliés dans sa lutte contre les militants de l’indépendance corse. 

La vérité ? Va comprendre, Charles. 

Les politiciens sont donc tous des plaisantins, les pires étant bien sûr ceux qui se réfugient dans le patriotisme et le nationalisme étroit, attisant les haines, les rivalités entre les citoyens et les groupes sociaux au lieu de les médiatiser, ce qui, compte tenu de leurs émoluments, serait bien le moins qu’ils puissent faire. La Corse, par exemple, n’a pas besoin d’une nouvelle Constitution : elle a simplement besoin que les dirigeants français et européens fassent respecter les lois et l’ordre républicain ; quand ils affirment que la sûreté et la sécurité sont les premiers des droits de l’homme, ils n’ont plus qu’à passer aux actes, car le problème de la violence est particulièrement critique. Aucun gouvernement n’accepterait un ratio d’homicides par nombre d’habitants en Île-de-France comparable à celui dont les statistiques font état pour la Corse ; mais puisque c’est la Corse… comme si la beauté de cette île devait se payer par une sorte de malédiction frappant ses habitants, qui l’accueillent avec fatalisme, un fatalisme qui n’est toutefois pas acceptable chez ceux qui exercent des responsabilités politiques, puisque le principe de l’action politique, c’est précisément de refuser le fatalisme et la résignation. 

Quant à Eugène, il avait été intéressé par un autre aspect du documentaire, plus historique et culturel : lorsque les Américains débarquèrent en Corse, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, après que l’île eut été le premier département français à se libérer de l’occupant, les maquisards ayant reçu l’appui logistique et des armes en provenance des Forces françaises libres d’Alger en septembre 1943, parce qu’ils avaient besoin d’une base aérienne pour s’attaquer aux positions allemandes en Italie. Ils s’aperçurent que les côtes de l’île étaient infestées de moustiques, vecteurs de la malaria, ce qui obligeait les Corses, depuis des temps immémoriaux, à abandonner la plaine au printemps et à se diriger en famille, à dos de mulet, avec toutes les provisions nécessaires, vers les villages de montagne du centre de l’île. Quand ils découvrirent cela, les Américains ne s’embarrassèrent pas de considérations métaphysiques : ils utilisèrent leurs avions chasseurs et bombardiers pour pulvériser du DDT à très haute dose pendant un mois. La faune et la flore en prirent également un coup mais la côte fut assainie, et les Américains purent construire leurs bases aériennes dans la plaine orientale au nord et au sud d’Aléria, comme la base 126 de Ventiseri-Solenzara… Après leur départ, les côtes assainies devinrent le nouvel eldorado des vacances des classes moyennes, avec le développement des loisirs de masse à partir des années 1960, ce qui n’alla bien évidemment pas sans causer de nouveaux désastres écologiques liés à la bétonisation à outrance… 

Eugène préférait se souvenir des débuts du Club Méditerranée, avec ses buffets à volonté gargantuesques, qui donnaient une impression d’abondance inépuisable. De la même manière, la région où il allait en vacances quand il était petit garçon, autour de la Grande-Motte dans l’Hérault, avait été assainie au DDT, avant que les premiers villages de vacances ne soient construits à l’emplacement de marais insalubres. L’abondance… La prospérité…

— Terre de cocagne ! Terre promise ! J’aperçois tes côtes ! 

C’était oublier un peu vite qu’Eugène était né au moment des premiers chocs pétroliers, signant ainsi la fin des Trente Glorieuses et marquant l’entrée dans une période de crises économiques dont on ne voit toujours pas le bout, qui servent de prétexte à nos dirigeants pour prôner une rigueur et une austérité qu’ils s’appliquent rarement à eux-mêmes…

La politique : l’art de faire le contraire de ce qu’on dit et de dire le contraire de ce qu’on fait. 

 

(1) Rappelons que la farine de châtaignes est une spécialité corse si emblématique, aux côtés du brocciu, du lonzu et du figatelli, qu’elle peut être considérée comme faisant partie intégrante du folklore de l’île ; comme quoi, on peut être une figure du grand banditisme ou un haut-fonctionnaire particulièrement trouble et ambigu, et se montrer très attaché aux traditions de la terre natale. 


10 – 23 juin 2026. 





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