Mes Pouilles d’amour.
(Bari ti amo)
Chapitre I. Atterrissage en aigre douceur.
Conscient que les français, à l'image de leur classe politique, étaient très satisfaits d'eux-mêmes et de leurs pays, songeant surtout à faire du commerce et de l'argent facile, Eugène Snaporaz avait décidé d'aller dans les Pouilles, cette région située dans le "talon de la botte", pour découvrir plus particulièrement la ville de Bari et ses environs, qu'il connaissait de manière très approximative. Il avait envie de se réapproprier la langue de ses ancêtres, une partie de son identité, et de voir des paysages inédits, qu'il ne connaissait que de nom, ensoleillés, loin de sa région natale.
Il avait fait ses réservations d'hôtel et d'avion très longtemps à l'avance et, au dernier moment, il avait dû annuler la réservation d'une voiture de location car, sa banque, décidément, n'aimait pas les pauvres et préférait de loin la paperasse inutile, sous laquelle elle le submergeait pour ne pas lui rendre les services qu'il lui demandait.
La semaine précédant son départ, il avait fait des repérages pour se rendre à l'aéroport, envahi de policiers et de militaires, comme si le pouvoir craignait quelque chose; le fait est, qu'après dix ans de micronisme, le pays était exsangue et les jeunes dans la rue dans un mouvement de révolte que l'exécutif n'avait pas prévu, et il avait pu calculer le temps qui lui serait nécessaire avec sa valise et son sac à dos. Il avait des souvenirs charmants, romantiques et cinématographiques d'Orly, cadre des aventures des amants maudits dans La peau douce, le film de François Truffaut datant de 1964. Les bienheureuses années 1960 appartenaient à un passé révolu, comme le romantisme, et l'on ne savait plus trop qui le pouvoir exécutif craignait le plus : d'éventuels et hypothétiques terroristes, ou sa propre population. Le fait est qu'en creusant les déficits au nom du "quoi qu'il en coûte", le pouvoir microniste avait réussi le rare prodige de mécontenter tout le monde.
Eugène Snaporaz était las de ces jeux de pouvoir, il avait envie d'autre chose.
Le jour venu, il dormit peu et se présenta en avance à l'aéroport, d'abord pour enregistrer sa valise puis pour passer les contrôles de sécurité. Malgré l'appréhension, un soleil timide jouait le rôle de présage affirmant que ce séjour allait bien se passer : après des mois passés au milieu des nègres et des allaouakbars, Eugène Snaporaz était fermement décidé à profiter de son séjour dont il savait déjà qu'il serait trop court.
Dans l'avion, au milieu de français aliénés par des divertissements idiots, et tandis qu'hôtesse et stewards tâchaient de les aliéner un peu plus en leur proposant, pour un prix fort cher, des produits de faux luxe, Eugène lut, non seulement son guide pour parachever la préparation de son voyage, mais également de la littérature : il avait emmené des livres de ses écrivains préférés, Antonio Tabucchi et Dino Buzzati, mais aussi un roman contemporain, écrit par Laurent Gaudé, Le Soleil des Scorta, publié en 2004, racontant une histoire ancrée dans ce sud profond, permettant d'en découvrir les coutumes et les traditions, très éloignées du mode de vie des capitales, et de Paris en particulier.
Il avait également apporté un ouvrage d'introduction à la vie et l'œuvre d'Antonio Gramsci, ne sachant pas s'il avait vraiment envie de se replonger dans les écrits du révolutionnaire italien, même s'il se disait qu'ils n'avaient rien perdu de leur pertinence...
Arrivé à l'aéroport de Bari, il récupéra sa valise prestement et emprunta le train qui le conduisit dans le centre de cette grande métropole du Mezzogiorno. A la gare centrale, il se rendit compte qu'il était trop chaudement habillé pour cette journée ensoleillée dont il avait pu apercevoir les prémices par le hublot de l'avion. Il décida néanmoins de visiter le centre historique, ayant quelques heures à perdre avant de pouvoir rallier son hôtel.
La place de la gare centrale était en travaux, il fila rapidement vers le front de mer. En chemin, c'est-à-dire en empruntant les artères des quartiers "modernes" de la ville, le quartier Murat et le quartier Umbertiano, il aperçut les bâtiments des deux théâtres de la ville, le Petruzzelli et le Margherita; il croisa aussi des citations de Benedetto Croce inscrites sur le pavement de la via Sparano da Bari ainsi que des boutiques de sport, et il arriva à l'office du tourisme, où des employées nonchalantes et peu empressées délivraient une information laconique et lacunaire.
Eugène Snaporaz se restaura dans une mangeoire de restauration rapide (1) qui proposait des burgers au poulpe, joyeuseté gastronomique qu'il fallait avoir essayé au moins une fois dans sa vie. Il renonça à réserver dans un restaurant gastronomique pour le soir, en se souvenant d'un sketch du film Les Monstres II, intitulé Aux bons soins du chef / Come è grato salire con te. Il pénétra dans le dédale des rues de Bari Vecchia, découvrant un habitat très proche des "bassi" napolitains, les "sottani" sur le pas de la porte desquels des grands-mères fabriquaient des orecchiette.
Il remarqua qu'il n'y avait pas seulement le Duomo, la cathédrale San Nicola, mais une quantité d'autres églises, dont la cathédrale métropolitaine primatiale San Sabino, et il se rendit jusqu'au château souabe, forteresse impressionnante datant du XIIe siècle, et plus précisément de 1132, soit un siècle avant le règne de l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen, année au cours de laquelle Roger II décida de sa construction.
Eugène remarqua que le château, au Moyen-Age, jouait le même rôle que la technologie : au service des puissants, elle servait aussi bien, sinon plus, à surveiller la population de la ville qu'à défendre celle-ci contre d'hypothétiques invasions sarrasines.
Ayant également réussi à souscrire un abonnement pour les transports en commun, Eugène décida de se rendre à son hôtel, situé en périphérie de la ville, vers le sud, sur la via Giovanni Gentile, du nom de ce philosophe de la première moitié du XXe siècle qui fut surtout un ministre de l'Instruction publique pendant la période du Ventennio fasciste.
Il y parvint, non sans mal, et il apprécia le calme et la tranquillité des lieux : la casa di riposo e di spiritualità San Francesco d'Assisi devait lui offrir une halte bienvenue entre ses diverses expéditions touristiques.
Il prit une douche après avoir sorti ses habits pour les ranger dans les placards et se décida à ressortir, pour aller goûter les délices de la "passeggiata" dans le centre historique. Quelques gouttes tombèrent et, sous la pluie, admirant le soir qui tombait, il s'aperçut que Bari était une vraie grande ville, la deuxième plus grande ville du Mezzogiorno comme il l'avait lu dans son guide. Il fit quelques pas dans le centre historique, puis se restaura de quelques paninis accompagnés d'une bière Peroni, produite localement, tout en admirant l'architecture majestueuse et silencieuse du château souabe qui lui rappela quelques-unes de ses premières émotions d'adulte en Italie, par exemple quand il découvrit Palerme, le palais des Normands et la cathédrale, à l'automne 2007, il y avait déjà presque vingt ans.
Il rentra et se coucha tôt, fatigué par le voyage et pressentant que la journée du lendemain ne serait pas de tout repos même si elle s’annonçait excitante.
(1) Le « Slow Food » est une invention piémontaise, due au gastronome Carlo Petrini († mai 2026). Dans les années 80, le mouvement s’appelait « Arcigola » et son symbole était l’escargot.
Chapitre II. Où il est question de littérature ancienne et contemporaine.
Le lendemain, il se réveilla tôt; il était excité. Ce voyage, il en avait longtemps rêvé, et il savait que le séjour serait court, très court. Ce matin-là, il avait décidé d'aller chez un coiffeur/barbier de la ville comme il en avait envie depuis longtemps, s'étant laissé pousser les cheveux exprès pour se les faire tailler en Italie.
Il trouva le salon qu'il cherchait dans le quartier de Japigia, non loin d'un centre commercial qui devait lui permettre de faire ses emplettes, le Mongolfiera. Le propriétaire du salon était un homme cordial et avenant, à peine plus âgé que lui, et il comprit assez rapidement ce qu'Eugène attendait de lui : pas seulement une coupe de cheveux et un rasage à l'ancienne avec un linge chaud, mais aussi un moment spécial. Il mit ainsi Eugène au courant des dernières nouvelles concernant le club de la ville et le match du dimanche suivant : il lui apprit que les supporters faisaient la grève des encouragements en réclamant la démission du président, également propriétaire du Napoli SSC. L'argument était imparable puisque très simple : la multipropriété conduisait le président à privilégier un club sur l'autre, celui qui était dans la division supérieure tout naturellement. Eugène, s'il voulait assister à la partie dominicale, risquait d'être seul dans le stade.
Il réalisa un véritable travail d'artiste et Eugène fut satisfait du résultat. Il prit quelques photos du salon et d'une poignée de main, salua l'artisan. Il pouvait continuer sa journée et la découverte de la ville. Il décida de retourner dans le centre historique pour emprunter le chemin de ronde qui en faisait le tour et d'où il était possible de prendre de belles photos sur la mer, le front de mer et les principaux monuments croisés.
Eugène eut également à comprendre comment fonctionnaient les chemins de fer italiens si, comme il le souhaitait, il voulait réellement se rendre à Matera le lendemain : quand ils n'étaient pas en grève, ce qui arrivait aussi souvent qu'en France, tant le pouvoir des grévistes du cerveau était grand dans le fonctionnement de ces entreprises noyautées par les syndicats, il y en avait trois, Trenitalia, la compagnie nationale des "ferrovie di Stato", les "ferrovie Appulo Lucane", une compagnie apparemment locale et elle aussi publique, dont les trains permettaient de se rendre à Matera, et les "ferrotramviaria nord barese", qu'Eugène aurait dû emprunter pour se rendre à l'hôtel qu'il avait retenu près de l'aéroport pour le dernier jour mais dont les trains ne circulaient pas le dimanche ! Eugène savait déjà qu'il aurait à trouver une solution de remplacement. Il n'y avait pas que les paysans madrés et illettrés de sa terre natale qui lui menaient la vie dure, mais aussi ces fonctionnaires spécialisés dans les combats d'arrière-garde pour la défense de leurs intérêts corporatistes. Ils avaient des faces patibulaires qui rappelaient à Eugène les trognes d'Affreux, sales et méchants (1976), le film d'Ettore Scola avec Nino Manfredi dans le rôle du patriarche de cette famille du quart-monde. En attendant, il fallait se lever tôt le lendemain et, après un rapide café, prendre un bus qui le conduirait à la gare centrale pour emprunter un train en direction de Matera avec changement à Altamura.
Eugène avait pris beaucoup de photos lors de son tour du centre historique, du château souabe, de la cathédrale, du saint, et même d'une curieuse plaque, commémorant le passage du chef de la fédération de Russie à Bari, en 2003; ce n'était pas si étonnant, à la réflexion : celui qui était l'idole des prolétaires parce qu'il s'en prenait aux élites progressistes de l'Occident avait placé son combat contre les homosexuels sous le signe de la religion. Eugène se souvenait que lors de ses voyages en Russie, il y avait désormais une dizaine d'années, il avait été particulièrement impressionné par les églises, tant à Moscou qu'à Saint-Pétersbourg, la cathédrale Saint-Sauveur à Moscou, dans laquelle les Pussy Riots s'étaient livrées à une prière punk contre Poutine le 21 février 2012, ce qui avait valu à certaines d'entre elles d'aller en prison, et la cathédrale Saint-Sauveur-sur-le-sang-versé à Pétersbourg, érigée sur le lieu de l'attentat perpétré par les anarchistes contre le tsar Alexandre II le 1er mars 1881... Cruelle ironie de l'histoire : les anarchistes s'en sont pris au tsar qui avait aboli le servage en 1861, se gardant bien de s'attaquer aux tsars les plus réactionnaires, ou aux tyrans du XXe et du XXIe siècle; de la même manière qu'au XXe siècle, ce sont Gandhi, Martin Luther King et Robert Kennedy qui ont été assassinés, en Inde et aux Etats-Unis... que pouvait en déduire Eugène ? Que les tyrans et les psychopathes qui nous gouvernent savent s'entourer de services de sécurité dissuasifs, même si Donald Trump a été l'objet d'une tentative d'attentat qui lui a effleuré l'oreille, renforçant sa popularité chez les fanaticons et autres adeptes des armes à feu, bouleversant la pauvre Mélanie Trump qui avait failli se retrouver à la tête de l'immense fortune de son cher Donald avant l'heure...
Et comme on dit, "Avant l'heure, ce n'est pas l'heure." Eugène se souvenait qu'il avait essayé de sensibiliser son père à l'action d'un artiste proche des Pussy Riots, Piotr Pavlenski, se réclamant de Gustave Courbet et de l'art "politique". Au moment où des terroristes avaient perpétré un carnage au Bataclan, semant la terreur chez les bobos parisiens et les commerçants qui n'en avaient pas perdu pour autant le sens des affaires (ils le perdaient rarement), en novembre 2015, Piotr Pavlenski avait lui mis le feu aux portes de la Loubianka, le siège moscovite du FSB, la police politique héritière du KGB et de l'Okhrana, police fondée par le tsar Alexandre III à la suite de la mort de son père, le tsar Alexandre II.
C'était quelques mois après qu'Eugène avait visité Moscou pour la première fois, en juin 2015, badin et primesautier, sans se formaliser outre mesure du climat délétère qui régnait aussi bien en Russie qu'en France après les attentats contre Charlie Hebdo de janvier 2015.
Eugène se souvenait également qu'au cours de cette partie de pêche au bord d'un étang géré par un prolétaire bas du front, il avait essayé de sensibiliser son père à l'œuvre d'Hannah Arendt et de sa critique de la société du spectacle fondée sur le respect des grandes œuvres littéraires et philosophiques du passé... Mais son père, brave homme, était surtout préoccupé ce jour-là par les truites qui lui rendaient la vie difficile, tout en maugréant que si le général De Gaulle était toujours là... Eugène pensait que le général De Gaulle était une référence bien obsolète et que s'il avait toujours été là, il n'aurait certainement pas eu les solutions aux problèmes socio-économiques posés par la technologie, le terrorisme et la correction politique comme nouvel ordre moral en ce premier quart du XXIe siècle.
Mais cela, c'étaient les souvenirs. Pour l'heure, il s'agissait de trouver à manger pour le repas du soir et, justement, Eugène avait découvert un centre commercial qui ne se trouvait pas très loin de son hôtel. Il s'y rendit en chantant; rien ne fonctionnait, tout allait de travers, il fallait fournir une énergie considérable pour trouver des solutions à des problèmes simples en apparence, mais il était en Italie, loin de Paris, de ses faux intellectuels et arrivistes forcenés, loin de la morosité engendrée par une situation socio-économique délétère, il était loin du moralisme étroit et de la répression policière, qui était les seules réponses que le pouvoir français était capable d'apporter aux revendications de la jeunesse qui avait, selon Eugène, bien raison de se révolter même s'il n'aimait pas beaucoup les jeunes, ni leur soumission aux codes vestimentaires et musicaux auxquels il ne comprenait rien. C'était un fait : il ne comprenait pas les jeunes, ni leurs goûts musicaux en particulier. Ses références à lui appartenaient au XXe siècle, pour la musique de film et les chanteurs-compositeurs comme Fabrizio De Andrè par exemple. Pour le reste, les Italiens ne valaient pas mieux que les Français, ils étaient bêtement prolétariens, passionnés par le sport en oubliant volontiers qu'il s'agissait d'un opium du peuple, comme la religion, et ils ne pensaient qu'à faire de l'argent.
Néanmoins, Eugène était en Italie et il était heureux. Il chantonnait. Il trouva son centre commercial et il put faire ses courses, acheter de la nourriture, de la charcuterie, des fromages, des fruits, une bouteille de lait et une bouteille de vin, pour faire un pique-nique dans sa chambre.
Il était aliéné comme les autres, névrosé, quoique d'une manière différente : il avait la nostalgie du grand cinéma italien, de l'âge d'or de la comédie italienne, au nom de laquelle il jugeait ses contemporains, des monstres ordinaires, stupides et bornés, nettement moins amusants que ces acteurs qui avaient fait la grandeur d'un cinéma envers lequel Eugène nourrissait une incurable nostalgie... Son pseudonyme - Snaporaz - n'était-il pas emprunté à La cité des femmes (1979) de Fellini ? Quand il était arrivé à la casa di riposo San Francesco d'Assisi, l'allée bordée de pins lui avait fait penser au début d'un sketch du film Les monstres II (le film de 1978), intitulé "Come una regina" dans lequel le personnage d'Alberto Sordi emmène sa vieille mère dans un hospice pour les vieux contre son gré... pour complaire à son épouse acariâtre qui ne veut plus avoir sa belle-mère à la maison.
Des monstres, vous dis-je...
Eugène fit son pique-nique dans sa chambre, et il en fut très heureux. Pour la première fois de sa vie, il avait l'impression de faire ce qu'il voulait et de réussir à tenir son planning. Quant à l'hôtel... Comme le Metropol' à Moscou, ses couloirs étaient recouverts de photos et de reproductions de tableaux : à Moscou, les photos représentaient l'hôtel au début du XXe siècle, tandis qu'ici, il s'agissait de reproductions de tableaux de Giotto destinés à la décoration de la cathédrale d'Assise, la ville de Saint François. Si Eugène n'était pas un spécialiste d'art religieux, ni des primitifs italiens du Trecento, il se souvenait en revanche du film de Roberto Rossellini, Les Onze Fioretti de François d'Assise (Francesco, giullare di Dio - 1950), et même d'un autre, Le voyage en Italie, avec George Sanders et Ingrid Bergman, qui relate la crise d'un couple qui s'en va à Naples pour essayer de la surmonter.
Enfin, il s'endormit.
Chapitre III. La ville qui ressemblait à un gruyère géant.
Le lendemain, il se leva tôt pour prendre son bus puis son train vers Matera. La veille, il s'était arrêté à la librairie Feltrinelli de la via Melo da Bari (2), dans le centre de Bari, par curiosité pour les livres qui faisaient l'actualité. Il avait eu la surprise de constater qu'il y avait toujours le livre de Carlo Levi, Le Christ s'est arrêté à Eboli, publié en 1945, livre dans lequel l'écrivain dénonçait la misère extrême des paysans de Basilicate, vivant dans les grottes troglodytes de Matera et souffrant de paludisme, telle qu'il l'avait côtoyée lorsqu'il avait été assigné à résidence dans cette région par le régime fasciste au cours des années 1935 et 1936. Ce livre avait eu un grand retentissement et connu un grand succès en soulevant la "question méridionale", ce qui avait conduit à une prise de conscience politique, le gouvernement d'Alcide de Gasperi prenant l'initiative, en 1952, de reloger les habitants de Matera dans des logements en périphérie de la ville bénéficiant des normes minimales d'hygiène et de confort que l'on pouvait attendre au XXe siècle. Les grottes (les "Sassi") ainsi que le centre historique de Matera seront classées au patrimoine mondial de l'Unesco en 1980, tandis que le livre de Carlo Levi fera l'objet d'une adaptation cinématographique réalisée par Francesco Rosi avec Gian Maria Volontè dans le rôle-titre en 1979.
La préface de l'exemplaire qu'il put consulter était signée d'un certain Nicola Lagioia, écrivain d'origine barese, qui avait obtenu le prix Strega en 2015 pour son roman La Féroce, et qui avait exercé des responsabilités puisqu'il avait dirigé le salon international du livre de Turin de 2017 à 2023. Un type qui avait exercé des responsabilités; Eugène, lui, n'avait jamais eu à exercer de responsabilités, il s'était comporté comme un touriste de l'existence puisqu'on l'avait toujours traité comme tel, mais il pouvait dire au moins une chose : ce Nicola Lagioia, comme beaucoup de gens d'ailleurs, écrivait n'importe quoi. Prenons le titre d'un de ses ouvrages : Trois façons de se débarrasser de Tolstoï (2001). Pourquoi voulez-vous vous débarrasser de Tolstoï ? Certes, Eugène préférait Dostoïevski, l'écrivain roturier, contre Tolstoï, l'écrivain noble, partisan de la réforme agraire, de la chasteté dans le mariage parce que sa propre vie conjugale n'avait été qu'un long et ténébreux orage avec son épouse, une ancêtre des viragos contemporaines, d'autant plus acariâtres et revêches qu'elles étaient sexuellement frustrées - cela, Eugène le savait : non seulement il en avait eu une palanquée comme "professeures" d'écriture dans un atelier parisien, Les maux d'Emée, dont le directeur, sous couvert d'être un "passionné" était surtout passionné par le fait de faire du fric avec un moralisme étroit et la bien-pensance officielle : cet abruti se fichait pas mal des atteintes à la dignité humaine dont l'ultra-libéralisme prôné par le président Micron était responsable. Il était, comme tous les français moyens, parfaitement indifférent aux morts au milieu desquels Platini avait dansé et hurlé sa joie, un certain soir de mai 1985 au Heysel, parce qu'il était fasciné par ces monstres de la société du spectacle dont les media abreuvaient un peuple soumis, laborieux et obéissant.
Eugène n'admirait pas ces monstres, pas plus que les crétins qui les encensaient : sa prédilection allait au cinéma, encore plus qu'à la littérature et à la philosophie. Malheureusement ses textes étaient souvent censurés quand Eugène essayait de faire preuve d'un minimum d'esprit critique à l'égard de l'unanimisme, du conformisme, et de la bien-pensance officielle. Et ainsi, Eugène, romantique dans l'âme, ne pouvait que mépriser tous les abrutis qui l'entouraient, qui n'avaient ni ses connaissances, ni sa sensibilité : la condition humaine est bien misérable, et la plupart des gens qu'il rencontrait se jetaient à corps perdu dans le travail pour l'oublier - oubliant au passage, comme l'écrivait déjà le moraliste Blaise Pascal, que le travail n'est qu'un divertissement.
Eugène aurait certes pu se préoccuper du sort des exclus, de ceux qui fréquentaient les marges, mais ce filon était déjà largement exploité par les écrivains qui, tel ce Nicola Lagioia ou les bobos parisiens, faisaient semblant de s'intéresser à la "misère du monde" pour mieux faire oublier qu'ils étaient des nantis, des privilégiés et des abrutis complètement lobotomisés par le pouvoir et la correction politique.
Eugène était un homme malade, au sens que donne Dostoïevski à son personnage des Carnets du sous-sol : rétif de nature à s'engager dans le mode de vie dominant, il avait été obligé de le faire, pressé par un entourage de petits-bourgeois conformistes, alors qu'il avait admiré les artistes qui s'en prenaient aussi bien aux dogmes de la loi du marché à l'ouest qu'à ceux du parti unique à l'époque de l'U.R.S.S. - ses références dataient un peu, mais au moins n'était-il pas un de ces "winners" de la nouvelle économie, de ces têtes-à-claques de parvenus, arrivistes et sans scrupules.
Enfin, Eugène n'avait aucune intention d'en finir avec Léon Tolstoï, dont il admirait toujours la nouvelle La mort d'Ivan Illitch, qu'il tenait comme un sommet de la grande littérature, au contraire de Guerre et paix, un de ces pavés qui ont fait des émules au XXe et au XXIe siècles et qui lui tombait littéralement des mains. Il avait d'ailleurs son opinion au sujet de ce roman, quoiqu’ait pu en dire Vladimir Nabokov (note) : dans Guerre et paix, Tolstoï attribue la défaite de Napoléon lors de la campagne de Russie de 1812 au messianisme russe, comme si la Russie était protégée par les dieux et comme si la défaite de Napoléon était inscrite dans les cieux. Eugène, révérence gardée pour le grand romancier russe, considérait qu'il s'agissait là d'une ineptie : il pensait au contraire que la défaite de Napoléon était due à des facteurs humains, très humains, trop humains. Le grand chef militaire, qui avait rencontré tant de succès au cours de ces campagnes précédentes, avait sous-estimé l'importance de l'hiver, c'est-à-dire le facteur climatique, ainsi que la résilience du peuple russe, capable de pratiquer la politique de la terre brûlée sur ses propres terres, pour obéir à son tsar et pour affamer l'ennemi. Ces erreurs n'étaient pas inscrites dans les cieux, elles résultent d'erreurs d'appréciation de Napoléon qui conserve cependant une circonstance atténuante : il a été le premier à les faire. A sa suite, Hitler, cherchant à envahir la Russie en 1942, et Vladimir Poutine, cherchant à envahir l'Ukraine au printemps 2022, ont commis les mêmes erreurs alors qu'ils auraient dû être instruits par l'expérience de leur prédécesseur. En 2022, Vladimir Poutine n'a pas sous-estimé l'hiver, mais le dégel qui suit l'hiver, ce qu'en russe, on appelle la "raspoutitsa" (распу́тица), période de l'année durant laquelle les chemins de terre se changent en mer de boue... dans laquelle se sont retrouvées piégées ses armées d'invasion.
A ce détail près, et mis à part le fait qu'il a fait des émules, tant chez les écrivains russes que français et d'ailleurs, qui se croient obligés d'assommer leurs lecteurs avec des pages et des pages interminables, comme s'ils étaient payés au kilo de papier noirci et sans aucun respect pour les arbres qu'on abat dans le but d'imprimer leurs œuvres insignifiantes, barbantes, parfaitement inutiles et oubliables, Tolstoï est un écrivain charmant, sympathique, qui a parfois des fulgurances qui font oublier ses lourdeurs et ses longueurs.
Quand il arriva à Matera, Eugène remarqua tout d'abord la gare ultra-moderne, fonctionnelle et presque futuriste, qu'il opposa à ce qu'il pensait être l'ancienne gare, construite en brique rouge et assez semblable à celles qu'il avait croisées sur son parcours. A Altamura, par exemple, où le premier train était arrivé avec cinq minutes de retard, obligeant les voyageurs à presser le pas pour attraper le second, sous l'œil goguenard des employés des chemins de fer qui trouvaient là une distraction à leur morne vie de fonctionnaires arriérés.
A Matera, Eugène trouva des cartes postales avant même de commencer la visite de la ville. Puis, en descendant une des rues qui conduisaient au centre historique, il croisa une osteria qui proposait des "spaghetti all'assassina" et se jura d'essayer d'y goûter plus tard. Il voulait croire que c'était comme avant, à l'époque où il découvrait l'Italie avec un œil neuf et émerveillé et pourtant, non, ce n'était pas la même chose. Quelque chose était changé, et pas pour le mieux : certes, les trains étaient confortables et circulaient rapidement, avec un retard raisonnable, malgré le prix exorbitant, mais ce n'était plus la noble indolence qui permettait de se livrer à un "otium" presque aristocratique, une visite lente et érudite de la ville. Il était cependant heureux d'être là, même s'il sentait bien que c'était au pas de charge, d'une manière presque militaire, avec toutes ces caméras de vidéo-surveillance que les autorités attendent qu'il visite les lieux touristiques, lui comme les autres, qui étaient là pour lâcher des devises. Et, comme il avait été frustré de longs mois dans la capitale parisienne, moins libre encore que pendant le confinement décidé par les autorités à l'occasion de l'épidémie de Covid, il était content de dépenser ses quelques sous, comme s'il était heureux de participer lui aussi à cette extase matérielle de la consommation. Il se rendait bien compte, pourtant, qu'elle le privait de son esprit critique : pendant l'épidémie de Covid, ce n'étaient pas les scandales qui avaient épargné la gestion calamiteuse de la crise par les autorités, mais la liberté d'expression avait été réduite au minimum parce que celles-ci avaient donné la priorité aux vieux, aux femmes et aux enfants, c'est-à-dire aux populations soi-disant "fragiles", ce qui leur permettait d'exhiber en toute bonne conscience un "bilan" flatteur parce que manipulé. De la même manière, le tourisme de masse auquel Eugène ne pouvait échapper n'avait rien à voir avec un loisir aristocratique qui lui aurait permis de découvrir pas à pas une ville qui sortait de l'ordinaire. Ce tourisme de masse étant soumis à des impératifs de rentabilité, à des objectifs chiffrés qu'Eugène ne connaissait pas, mais qu'il soupçonnait, étant donné qu'il ne croyait pas qu'une telle activité, si cruciale pour l'économie de la région, ait pu être abandonnée au hasard. Du moins, ne prit-il pas un guide et ne chercha-t-il pas à faire partie d'un groupe, et il découvrit cette ville à son rythme. Il commença par le château Tramontano, du nom de l'aristocrate qui l'avait fait construire sur les hauteurs de la ville au début du Cinquecento, et qui ne fut pas achevé en raison de l'assassinat de son propriétaire, survenu le 29 décembre 1514.
La place centrale était noire de touristes; Eugène chercha l'office du tourisme, mais il ne voyait que des "Matera info" proposant des visites et des tours payants; même les toilettes étaient payantes - ce peuple de soi-disant opprimés n'était pas le descendant de l'empereur Vespasien pour rien -, et Eugène se fit gruger sur le prix des timbres avant de découvrir le bureau de poste... qui fermait à 13.30. Les Petits Travailleurs Tranquilles français avaient des cousins de l'autre côté des Alpes.
Il visita le centre historique consciencieusement, s'esbaudit sur ce spectacle qui sortait de l'ordinaire, photographia les églises, San Giovanni Battista, San Rocco (église qui portait le nom de ce saint qui avait apporté des soins aux pestiférés victimes de la grande peste noire de la seconde moitié du Trecento), le linge qui pendait au balcon d'un ancien palais seigneurial (le Palazzo Saraceno - Alvino), les panoramas que l'on pouvait admirer en divers points du parcours touristiques, notamment sur la place du Duomo, la carte d'un restaurant plus ou moins chic qui proposait du canard, et les figuiers de Barbarie. Entendant par hasard un guide théâtral, emphatique pour ne pas dire amphigourique, il apprit que Matera était la troisième ville la plus ancienne du monde, derrière Jéricho et Alep, et la plus vieille ville d'Europe, avec une présence humaine continue depuis plus de 9000 ans dans les "Sassi"... Il n'arrivait cependant pas à s'extasier franchement, sans arrière-pensée, sans ricaner, même si les paysages étaient à couper le souffle. Il n'arrivait pas à oublier que la misère des paysans analphabètes dénoncée par l'écrivain Carlo Levi en 1945 était aujourd'hui exploitée sans vergogne par leurs descendants, commerçants sans scrupules qui lui faisaient penser au petit peuple de Naples exhibant sa misère sans pudeur pour quelques pièces, ou les combattants palestiniens mettant leurs enfants en première ligne face aux tireurs d'élite de l'armée israélienne... des rapprochements qui n'étaient certes pas d'une pertinence incontestable, mais avec lesquels Eugène se disait que l'histoire, l'étude austère des causes et des conséquences, ne pouvait pas faire bon ménage avec les lois du commerce décomplexé... et toujours et partout, cette exigence d'ironie et d'autodérision, qui l'empêchait de jouer les moralistes austères : eh bien, si les paysans analphabètes de Carlo Levi étaient peut-être à plaindre en 1945, leurs descendants n'étaient que des tartuffes et des histrions obscènes qui jouaient certes leur rôle dans la société du spectacle, avatar moderne de la commedia dell'arte mais d'une manière et avec un goût pour le moins douteux.
À la fin de la journée, Eugène fourbu, avait fait le tour de la ville, il s'était rassasié de paysages et de sensations lumineuses, il avait écrit ses cartes postales, il en avait même trouvé une qui représentait Pasolini et son acteur Enrique Irazoqui sur le tournage de L'Evangile selon Saint-Mathieu dans les décors somptueusement épurés de la ville, en noir et blanc. Cette épure, ce silence et cette solitude toute relative, inspiraient la nostalgie, face à tout le kitsch et au mauvais goût qui émanaient aussi bien des commerçants que des touristes.
Dans le train du retour, il prit quelques photos du plateau des Murge, et se reposa l'esprit avec la lecture du livre de Laurent Gaudé. Et le soir, dans sa chambre monacale de la casa di riposo San Francesco d'Assisi, c'est avec le sentiment du devoir accompli et une délectation certaine qu'il put prendre sa douche, avant de se restaurer d'un dîner frugal quoique goûteux et appréciable, et de se glisser dans les draps frais de son lit, vêtu de ce pyjama qu'il aimait tant, l’ayant trouvé dans une mercerie du village de ses ancêtres.
(2) Rappelons que la librairie Feltrinelli fut à l'origine fondée par Giangiacomo Feltrinelli, éditeur et militant d'extrême-gauche milanais, qui mourut en 1972 en voulant dynamiter des pylônes dans la banlieue de Milan, après être entré dans la clandestinité suite à une expédition avortée en Sardaigne, inspirée de Che Guevara et de Fidel Castro à Cuba, alors qu'il voulait rallier les troupes du bandit Graziano Mesina à une cause politique... Lequel Mesina, pas fou et conseillé par les services secrets italiens, déclina la proposition.
Il est étonnant de constater que les services secrets, chargés de maintenir l'ordre, ont souvent préféré les bandits de droit commun à ceux qui voulaient transformer la société, inspirés par l'idéal et un désir de la rendre plus juste, que ce soit en Italie ou en France, et plus précisément en Corse... cf. les liens de Charles Pasqua avec le grand banditisme corse, et l'aversion de ce ministre de l'Intérieur pour les militants de l'autonomie politique de l'île.
Pour l'histoire d'un autre grand bandit insulaire et italien, voir le film que Francesco Rosi consacra au héros paradoxal et sicilien Salvatore Giuliano en 1962.
Chapitre IV. L’époque n’est plus à l’ « épochè » (parenthèse introspective).
Le jeudi matin, en se levant, Eugène aurait pu continuer sa découverte de la région des Pouilles, en allant randonner par exemple dans le Gargano, à la découverte des villages de Peschici et de Vieste, le sanctuaire de Monte Sant'Angelo, San Giovanni Rotondo, la ville de Padre Pio, ou se rendre dans l'archipel des îles Tremiti au nord du promontoire; il aurait tout aussi bien pu aller visiter la ville de Foggia ou le monument de Castel del Monte, érigé par Frédéric II de Hohenstaufen au XIIIe siècle, pour défier le pape Grégoire IX qui l'avait excommunié avant la sixième croisade, celle de 1228, l'empêchant ainsi de se battre au nom des chrétiens, mais aussi pour rivaliser avec les somptueuses cathédrales romanes de la côte... Il aurait pu se rendre dans le Salento, revoir Lecce, la capitale du baroque, qu'il avait déjà visitée en 2009, et les chefs-d’œuvre locaux : la basilique Sainte-Croix de Lecce, que l'on doit à l'architecte Gabriele Riccardi (1487-1580), même si la partie supérieure et la rosace sont dues à Giuseppe Zimballo (1620-1710), qui a aussi rénové le Duomo de Lecce et fait construire l'église San Giovanni Battista, l'église du Rosaire... et goûter aux vins issus de cépages typiques, le Negro amaro, le Susumaniello, la Malvasia nera ou l'Aleatico... il avait également bien envie de visiter les villages de la vallée d'Itria, Alberobello et ses "trulli", Ostuni la ville blanche ou encore Locorotondo et Martina Franca, mais de toute façon il n'avait pas de voiture.
Il décida donc de prendre une journée de repos en restant à Bari. Il devait trouver un cadeau pour son neveu et il constata que le vent qui avait soufflé fort ces derniers jours, était tombé : c'était peut-être une très bonne journée pour aller se baigner dans la mer Adriatique.
Il avait déjà pris ses points de repère au centre commercial Mongolfiera de Japigia, auquel il se rendit, toujours en chantant, que ce soit l'hommage aux anarchistes Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti, Here's to you (chantée par Joan Baez, musique d'Ennio Morricone, pour le film de Giuliano Montaldo, Sacco and Vanzetti, de 1971), ou des airs de tarantelle pugliesi, tout aussi dansants et entraînants que la tarentella napolitaine. Il y avait là un magasin d'articles de sport, qu'il put rejoindre après avoir savamment évité des démarcheurs commerciaux qui essayaient de lui vendre des produits dont il n'avait nul besoin, et il put reprendre son souffle, en admirant la vitrine et se demandant ce qu'il allait choisir. Il opta pour la tenue complète, le maillot, le short et les chaussettes de l'équipe locale, le SSC Bari, même s'il avait toujours des scrupules : n'allait-il pas gâter son neveu, en contribuant plus qu'il n'est nécessaire et avant l'heure à l'aliéner par la consommation ? N'aurait-il pas été plus judicieux de lui offrir un livre, un livre difficile, qui l'aurait obligé à faire des efforts, lui permettant ainsi d'être, comme on dit, "en avance sur son âge" dans son parcours scolaire ? Certes, cela aurait été plus judicieux, même si cela l'aurait fait passer, lui, Eugène, pour un tonton rébarbatif : le choix du maillot était un peu facile et démagogique, mais d'un autre côté, le neveu était bon au football, cela lui plaisait et il avait des dons, il jouait encore pour le plaisir sans rechigner aux efforts ni à se faire mal; et pour ce qu'en savait Eugène, il n'avait pas de lacunes scolaires, d'aucune manière il ne se laissait aller : il avait donc mérité d'être récompensé. La jeune femme du magasin aida Eugène à choisir une taille un peu plus grande et lui fit un prix, avant de faire un joli paquet. Quant à Eugène, s'il avait lui aussi envie de s'offrir un maillot, il préféra néanmoins se donner un temps supplémentaire de réflexion.
Il alla ensuite faire ses courses au supermarché en vue de réaliser un somptueux pique-nique sur la plage, face à la mer, loin de tous les cons (qu'ils étaient donc nombreux !), des donneurs de leçons et des Trissotin de l'université : il se choisit de la charcuterie, du salame de Milano, de la mortadella de Bologna, de la ventrecina piccante, une part de foccaccia à l'origan et une part de pizza aux champignons, du pain, des fromages locaux, la scamorza et le caciocavallo, du raisin blanc et il tomba même sur des poires Abate qu'il avait tant de mal à trouver en France.
Il se rendit au rayon papeterie où il trouva des enveloppes, et il découvrit le rayon consacré aux cafetières Bialetti, ces cafetières Moka qu'il trouvait si belles, encore plus belles dans leur simplicité que les machines à café électriques ou les percolateurs les plus perfectionnés. Il prit également une photo des distributeurs d'huile en inox, des objets "designés" qui protégeaient mieux l'huile d'olive que le simple verre transparent.
Enfin, il paya et se dirigea vers la plage, en longeant des jardins ouvriers, des figuiers de Barbarie, et des oliviers de taille impressionnante, au milieu de ce paysage urbain, avec ces immeubles d'habitation qui lui rappelaient les films des années 1960, avec ce trait caractéristique de l'Italie du boom économique : ces immeubles d'habitation neufs construits en périphérie des grandes villes comme Rome, faisant face, de l'autre côté de la rue, à un champ non cultivé, un terrain vague...
Il était possible de constater que Bari était en pleine rénovation urbaine, que les travaux d'extension de la ville ne cessaient d'empiéter sur la nature sauvage, à la manière de ces banlieues américaines sorties de nulle part en un temps record; et des conversations qu'il avait pu avoir avec des autochtones, Eugène avait compris qu'ils ne reconnaissaient plus leur ville, qu'une part de leur identité s'en allait avec ces travaux incessants, bruyants et dévastateurs.
Sur la plage, il rencontra des ouvriers qui procédaient là aussi à des travaux d'embellissement, sans lui accorder la moindre attention, et Eugène songea que les autorités avaient peut-être l'intention de la rendre payante pour l'été prochain. Pour l'instant, elle était presque déserte et le vent était effectivement tombé, même si les vagues venant s'échouer sur le rivage étaient énormes, elles lui rappelaient celles de l'Atlantique. Sur le sable, la laisse de mer dessinait des formes ondulées, malheureusement envahies par des déchets en plastique. Eugène se rappela ce passage du film d'Ettore Scola, Drame de la jalousie (Dramma della gelosia - tutti i particolari in cronaca - 1970), dans lequel le personnage interprété par Marcello Mastroianni, venu faire l'amour avec Monica Vitti sur une plage des environs de Rome, ne peut s'empêcher de s'écrier : "En Italie, nous avons les plages les plus sales du monde ! C'est une honte !"... Une tirade qui, dans l'esprit du réalisateur et des scénaristes, est une métaphore de l'état social du pays et de la désillusion de ces personnages qui rêvaient d'un monde meilleur.
Néanmoins, et bien qu'Eugène ne disposât pas de chaussures de plage ("scarpette da scoglio"), il n'abandonna pas son projet d'aller se baigner. Il se dévêtit, enleva sa montre, ne garda que son maillot de bain, et s'avança sur un de ces "pontili" (un ponton aménagé avec des échelles d'accès) indispensables sur cette plage de Torre Quetta constituée de rochers, de galets et de dalles de béton glissantes... et plongea dans les vagues, bien que l'eau ne fût pas d'une pureté cristalline. Il nagea quelques instants mais sortit assez rapidement, car l'eau était fraîche malgré tout. La température extérieure, elle, était agréable pour la saison en raison de l'absence de vent. Il alla se sécher et, recouvert de sa serviette, entama son pique-nique avec une délectation non dissimulée. Qu'il était bien, là ! Que cette plage était belle, sous ce soleil méridional, avec au loin, presque comme un mirage, la silhouette des immeubles de Bari et du front de mer ! Et vers le sud : quelle était cette ville ? Torre a Mare ? Peu importe. Au large, il y avait des porte-conteneurs qui semblaient ne pas avancer, comme une métaphore de la crise du prix de l'énergie, due à la situation dans le détroit d'Ormuz, qui ne trouvait pas de solution.
Enfin, après ce chouette repas, il se décida à rentrer à l'hôtel, ce havre de paix et de sérénité, empreint de spiritualité religieuse : non seulement il avait des livres à lire, et la journée du lendemain à préparer, mais il fallait vérifier que le cadeau pour son neveu entrait bien dans la valise, sans que le paquet soit tout chiffonné. Il ramassa quelques éponges qui sentaient bon la marée en guise de souvenir, un souvenir dont il aurait bien besoin quand il serait rentré à Paris.
Chapitre V. Où il est question de lauriers-roses et d’une cathédrale surgie des flots.
Vendredi, Eugène se réveilla avec la ferme intention d'aller visiter les villes côtières du nord, situées entre Bari et le promontoire du Gargano, même s'il lui restait à faire un choix, car il savait très bien qu'il ne pourrait pas visiter Molfetta (port de pêche avec un marché aux poissons, églises abritant quelques œuvres du maître local du rococo, Corrado Giaquinta : la Madonna del rosario (1739) dans l'église San Domenico, la Madonna del carmine con l'arcangelo Raffaele e Tobia (1740) dans l'église Santo Stefano, et l'Assomption (1753) dans la cathédrale Santa Maria dell'Assunta), Bisceglie (cité médiévale fondée au XIe siècle par le Normand Robert Guiscard, ses murs d'enceinte furent construits en 1490 par les Aragonais. Parmi ses hôtes illustres, Lucrèce Borgia (1480-15019) en fut la duchesse, et de nombreux Carbonari ayant exigé une Constitution au roi des Deux-Siciles Ferdinand Ier s'y installèrent. Des dolmens ont également été découvert au début du XXe siècle à Bisceglie) et Trani en une seul journée.
Raison pour laquelle il se leva tôt pour aller prendre le bus à l'arrêt situé devant l'entrée de l'hôtel. Le premier bus qui se présenta ne fut pas le 12/ (dodici sbarrato) qui allait à la gare centrale, mais le 2/ (due sbarrato) qui desservait Bari Vecchia et le corso Vittorio Emanuele; il le prit néanmoins, en se souvenant qu'il avait également envie d'aller voir le vieux stade, le stade della Vittoria, auquel les Barésiens étaient très attachés, dont son coiffeur lui avait parlé, et qui n'avait pas été détruit malgré la construction d'un nouveau stade à l'occasion de la coupe du monde 1990, l' "astronave" construit par Renzo Piano et baptisé San Nicola. Il fallait changer de bus, ce qu'il fit, passa devant le port maritime et trouva le bon arrêt, à proximité du viale Vittorio Emanuele Orlando, tandis qu'il se répétait in petto "un sentimento che cresce piano, piano...".
Il lui fallait marcher un peu, ce qui lui permit d'admirer les platanes qui décoraient cette grande artère excentrée et il découvrit l'arène, presque intacte, seulement dépourvue de la tour Maratona détruite, dans un quartier industriel, où les usines désaffectées côtoyaient des terrains vagues et des bâtiments plus récents. Les murs d'enceinte du stade abritaient désormais un musée du sport, et on avait également construit des terrains de jeu à proximité, ainsi qu’un « stadio del nuoto ».
Eugène fit le tour, essayant de prendre des photos de l'extérieur, imaginant ce qu'avait pu être l'ambiance et la ferveur à la grande époque, notamment à l'occasion des derbies des Pouilles opposant l'équipe de Bari à celle de Lecce, voire les matches contre Potenza. A aucun moment, il ne put voir l'intérieur, il y avait pour cela les images d'archive...
Il revint sur ses pas, rêveur et pensif. L'arrêt pour le bus du retour n'étant pas facile à trouver, il fallut marcher un moment, ce qui le conduisit à passer devant l'immeuble de la Guardia di Finanza qui éveilla son animosité : plus qu'un corps d'élite chargé de combattre la délinquance en col blanc, il voyait surtout des petits fonctionnaires tranquilles, dans des uniformes avantageux, au volant de Fiat Panda qui avaient perdu bien de leur éclat (3 ou 4). Enfin, le bus arriva et il put rejoindre le centre.
Il se dirigea vers la gare et choisit de se rendre à Trani, la cité du tuf calcaire blanc rosé. Il ne fut pas déçu. Dès la sortie de la gare, il perçut l'influence espagnole sur l'architecture du centre-ville (on distingue généralement deux périodes : la domination des Habsbourg d'Espagne, de 1504 à 1707, puis celle des Bourbons d'Espagne, de 1737 à 1860). Il fut enchanté de découvrir des lauriers-roses qui n'étaient plus de simples arbustes mais avaient la taille d'arbres décorant les rues principales.
Il cherchait toujours des cartes postales, tout en prenant de nombreuses photos, s'arrêtant dans un premier jardin public où trônait une statue de la gloire littéraire de la ville, Giovanni Bovio, écrivain du XIXe siècle ayant consacré un poème à Trani dans lequel il comparait les deux moles du port à deux bras enserrant une civilisation. Il poursuivit sa promenade, fit une halte dans un café où on lui servit par erreur, à la place de son espresso ristretto habituel, un cappuccino et il s'aperçut qu'il aimait ça ; il découvrit ensuite le jardin botanique, situé en bord de mer, offrant une vue à couper le souffle sur celle-ci et sur le port voisin. Dans le lointain, il était possible d'apercevoir, telle une ombre d'un bleu intermédiaire entre celui de la mer et celui du ciel, la silhouette des montagnes du Gargano. Après s'être offert une pause et avoir admiré les essences rares du jardin, il se dirigea vers le port à la recherche d'un restaurant. Il ne s'arrêta pas au premier, dont la carte était pourtant alléchante, mai au quatrième ou au cinquième : ce qui lui permit d'arrêter son choix, c'était la possibilité de goûter aux "spaghetti all'assassina" qui lui avaient déjà fait de l'œil à Matera. Il y ajouta un menu touristique bon marché qui lui permit de déguster une salade de poulpe, des casarecce aux fruits de mer et un fritto misto d'une grande fraîcheur, accompagnée d'une bière sicilienne.
En dessert, il eut droit à un charmant petit sorbet au limoncello.
Fortifié par cet excellent repas, Eugène repartit de plus belle à la recherche de ses cartes postales. Il trouva ainsi la bibliothèque municipale, où il prit connaissance des nouvelles sportives du jour, peu réjouissantes, avant d'admirer la disposition des livres dans l'espace de lecture consacré à la "littérature narrative". Il retrouva la rue et découvrit le bureau de poste, où il apprit qu'il était de toute façon trop tard pour envoyer son courrier avant le week-end : ses lettres ou ses cartes ne partiraient au plus tôt que le lundi suivant, il avait donc deux jours de plus pour les rédiger.
Il prit alors le temps de déambuler dans le centre historique, découvrant ici l'église Ognissanti, là la cathédrale si proche de la mer, le mole sur lequel venaient s'écraser des vagues tumultueuses, puis le château souabe, qui fut la demeure de prédilection du fils de Frédéric II, Manfred (qui donna son nom à la cité de Manfredonia située sur le promontoire du Gargano).
Il apprécia particulièrement le quartier juif, regroupé autour de la synagogue Scola Grande, devenue plus tard l'église San Quirico e Giovita, enfin l'église Sant'Anna, et la synagogue Scola Nova, et il découvrit la rue Leopardi, dans laquelle du linge était étendu, ainsi que la porte Dorée également dénommée porte Antique.
Enfin, il revint sur ses pas pour rentrer à Bari. La fin de l'après-midi était douce et, depuis le train, il put admirer des champs d'oliviers à perte de vue; il crut même apercevoir des "trulli", alors qu'il croyait savoir qu'ils étaient caractéristiques des paysages de la vallée d'Itria autour d'Alberobello. Cela rendait moins nécessaire le voyage dans cette partie des Pouilles, il opta donc pour Polignano a Mare.
Pour finir la journée, il avait un épineux problème à résoudre : ayant trouvé dans un supermarché un échantillon d'au moins six bouteilles de vins typiques de la région, il se demanda comment faire pour se les expédier en France. Il posa la question dans un bureau de poste après être rentré à Bari; il lui fut répondu que les postes italiennes ne vendaient pas de carton de six bouteilles. Cette réponse, a priori décevante, résolvait en fait le problème : il ne pouvait ramener en France qu'une seule bouteille, celle qui rentrerait dans sa valise.
Restait à trouver laquelle.
(3 ou 4) Dans les films de genre des années 1970, et en particulier les "poliziotteschi" - l'équivalent cinématographique des "gialli" - comme par exemple "Milano odia : la polizia non può sparare" (1974) d’Umberto Lenzi, les flics sont équipés d'Alfa Romeo Giulia puissantes, vitaminées et carrossées avec style.
Chapitre VI. Où la Grande Bleue se noie dans le mauvais goût.
Le samedi était le jour qu’il avait choisi pour visiter Polignano a Mare. Eugène était pressé par un impératif, il devait absolument finir par trouver les cartes postales qui lui manquaient pour terminer de rédiger sa correspondance. Il avait un pressentiment plutôt négatif, étant donné qu'il avait fait chou blanc à Trani, n'ayant pas eu plus de succès la veille, comme si les cartes postales étaient devenues un objet rare, évincé par les kitscheries les plus variées et les plus bizarres dans les magasins de souvenirs.
Néanmoins, il refusa de se presser et, le matin, après les courses désormais rituelles au centre commercial qui lui avaient permis de découvrir un système ingénieux, inédit et inconnu de lui en France pour laisser son sac ou son caddie à l'entrée sans risquer de se le faire piquer, il retourna au bord de la mer, sur cette plage de Torre Quetta qui lui était devenue familière; peut-être parce qu'il ne se lassait pas de se promener au milieu des grands ensembles d'habitations au milieu desquels il pouvait admirer ces oliviers majestueux et ces figuiers de Barbarie qui ornaient des jardins ouvriers. Certes, il y avait dans le centre de Bari des lieux culturels qui auraient mérité son attention et même peut-être une visite, comme la pinacothèque ou la chambre de commerce dans laquelle une exposition consacrée à Picasso était organisée; cependant, il en avait un peu assez de cet encadrement quasi-militaire caractérisant le tourisme commercial, comme des caméras de vidéo-surveillance qui proliféraient partout, dans l'espace public comme chez les particuliers, témoignant d'une névrose paranoïaque chez les habitants comme chez les décideurs communaux... névrose paranoïaque qui n'empêchait pas le gouvernement de la Meloni de battre des records de longévité, et ne permettait pas d'enregistrer de succès incontestables dans la lutte contre le crime organisé et la variante locale de la mafia, la sacra corona unita...
Cela n'avait rien à voir ? Voire...
L'air du large, la vue sur la mer, les vagues qui venaient s'échouer sur la grève, lui remplissaient les poumons d'un oxygène vivifiant, qui lui rappelait aussi bien ses promenades sur la Riva degli Schiavoni, à Venise, que celles sur les bords des grands lacs du nord, le lac de Garde, le lac Majeur, avec la vue sur les îles Borromée, que l'on peut apercevoir depuis Stresa ou depuis le Stendhal, quand ce train de nuit existait encore, proposant un luxe et un charme comparable à celui du Simplon-Orient Express... Eugène se rappelait encore sa découverte du port de Gênes, avec les couchers de soleil derrière la Lanterne, et surtout la vue sur les toits de la ville que l'on a depuis le belvédère Luigi Montaldo (également connu sous le nom de "spianata Castelletto") ou, de manière beaucoup plus récente, sa déambulation sur le chemin de ronde autour du centre historique de Bari Vecchia...
C'était décidé : il avait renoncé à Alberobello et à la vallée d'Itria, dans deux jours, il reprenait l'avion pour Paris, il irait donc l'après-midi faire un tour à Polignano a Mare. Il rentra à l'hôtel, déposa ses courses, mit quelques affaires dans son sac à dos et se mit en route pour aller attraper un train à la gare de Bari Centrale.
Son wagon était bondé de touristes. Quand il descendit sur le quai de la gare de Polignano, son état d'esprit était bien différent de celui qui l'animait en découvrant Trani, mais il décida de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Il trouva d'ailleurs assez rapidement des cartes postales. Là encore, comme à Matera, il y avait une sorte de convoi qui ne permettait pas de se tromper si l'on voulait rallier le centre de la ville; c'étaient plutôt les pas de côté qu'il était difficile de faire en cette occasion. Alors, puisque c'était la spécialité, de mauvais gré, il accepta de goûter au "café spécial" dont l'inventeur se targuait d'avoir été ami avec le chanteur Mimmo Modugno, dont la statue ornait la place centrale de sa cité natale. Eugène ne put s'empêcher de ricaner d'un air mauvais en voyant et en entendant un groupe de touristes du troisième âge entonner le refrain de Volare : c'était le comble du mauvais goût et du kitsch. A part soi, il grommelait : "Et moi, je suis ami avec le pape, peut-être ?"
Pour exhaler sa mauvaise humeur, il paya une glace avec un billet de 50 euros, forçant le commerçant à lui rendre la monnaie sur cette grosse coupure - enfin, relativement grosse, la coupure : ce n'était pas non plus un de ces billets de 200 ou de 500 euros utilisés par les spécialistes de trafics illégaux ou de blanchiment d'argent sale. Il en avait par ailleurs assez d'être contraint d'utiliser des moyens de paiement qu'il n'avait pas choisis : il possédait un chéquier qu'il n'avait pratiquement jamais l'occasion d'utiliser, presque plus personne n'acceptant les chèques, le paiement sans contact était généralisé, et il voyait même certains de ses contemporains payer avec leur téléphone... Cela le hérissait : cette obligation de se conformer, de s'adapter à une modernité mercantile ne lui convenait absolument pas. Passe encore que "le client ne fût plus le roi", mais il n'éprouvait aucune sympathie pour les commerçants qu'il voyait indistinctement comme des esprits obtus, bas du front, fermés à toute forme d'art ou d'élévation spirituelle...
Et il avait encore en travers de la gorge l'incident causé par sa banque qui l'avait empêché de louer une voiture à l'arrivée à l'aéroport pour la durée de son séjour. Il devait reconnaître que cet incident n'avait pas eu que des conséquences négatives et que, d'un mal était plutôt né un bien : il n'était pas du tout certain qu'avec une voiture de location, il aurait pu voir et visiter plus de lieux d'intérêt culturel et touristique, étant donné le caractère tout aussi infernal qu'à Paris du trafic automobile et la manière de conduire des Italiens, névrotique, fantasque et tout aussi peu respectueuse des règles du code de la route que dans son souvenir... Cela lui donnait des envies d'aller en Suède, pour marcher sur les pas et aller à la rencontre des hauts lieux de la carrière théâtrale et cinématographique d'Ingmar Bergman : ah, l'île de Fårö ! la plage rocheuse de Hovs Hallar, dans la réserve naturelle du même nom sur la péninsule de Bjäre, là où Bergman avait tourné la fameuse scène de la partie d'échecs entre le chevalier et la Mort pour son film Le Septième Sceau (1957) ! Existe-t-il encore des coins reculés, vierges de toute "civilisation", où il soit possible d'admirer tout à loisir le spectacle grandiose de la Nature, loin de ses semblables, de leurs turpitudes et de leurs petites mesquineries ?
Et Eugène, l'œil mi-clos et le sourire mauvais, se répétait pour lui-même la tirade d'Alceste dans la scène première de l'acte I du Misanthrope :
Mes yeux sont trop blessés, et la cour et la ville
Ne m'offrent rien de bon qui ne me mette en bile ;
J'entre en une humeur noire, en un chagrin profond,
Quand je vois vivre entre eux les hommes comme ils font ;
Je ne trouve partout que lâche flatterie,
Qu'injustice, intérêt, trahison, fourberie ;
Je n'y puis plus tenir, j'enrage, et mon dessein
Est de rompre en visière à tout le genre humain.
Le Misanthrope, Acte I, scène 1.
C'est à peine s'il jeta un œil sur la crique et la plage de sable fin du centre ville de Polignano, Lama Monachile, envahie de touristes. Il savait très bien que le vrai luxe, le calme et la volupté se trouvaient ailleurs : les criques et les grottes marines les plus charmantes de Polignano, comme la grotte Azzura, la grotte Palazzese, ou la grotte delle Rondinelle, étaient, sinon toutes privatisées, du moins un peu plus loin.
Il décida donc de rentrer à Bari sans attendre, il en avait vu assez. Tout juste fut-il ému par un palmier sur la place centrale de Polignano, un palmier qui n'était pas nain, un Chamareops humilis, communément appelé palmier de Saint-Pierre, ni un palmier des Canaries (Phoenix canariensis), mais un grand palmier au tronc élancé et très haut, couronné de feuilles en éventail, un peu plus rare, un Washingtonia robusta, plus connu dans le langage courant comme palmier du Mexique.
Il retrouva son centre commercial Mongolfiera de Japigia. Il était fermement décidé à s'acheter le maillot pour lequel il s'était donné le temps de la réflexion en guise de consolation et de réconfort, mais aussi et surtout parce qu'il le trouvait beau, dans sa simplicité "à l'ancienne". Las ! Arrivé au magasin, il retrouva bien le maillot, toujours aussi beau, mais le vendeur l'informa que le prix n'était plus de 40 euros, comme deux jours auparavant, mais de 60 euros. Eugène s'abstint de protester, de contester ou de récriminer, il décida simplement de ne pas se livrer à cette dépense qui n'était plus à son goût. A la place, il s'acheta deux porte-clés et un écusson en tissu, qu'il pourrait toujours coudre sur un polo s'il en avait toujours envie, ce qui présenterait l'avantage de se livrer à quelques travaux manuels des plus gratifiants.
Il n'était pas si mécontent de sa journée. Il lui restait maintenant à rédiger sa correspondance, écrire ses cartes postales, et à les affranchir avant de les poster lundi matin.
Chapitre VII. Quand la grande musique chasse les dimanches de la vie.
Le dimanche, le jour du Seigneur, était pour lui un grand jour même s'il se moquait bien de la messe et des réjouissances qui se préparaient dans son hôtel, une maison de repos mais aussi de spiritualité d'inspiration religieuse portant le nom, faut-il le rappeler, de Saint François d'Assise, car la fin de son séjour approchait et il lui restait deux-trois petites choses à faire à Bari, qui impliquaient justement qu'il quitte son hôtel.
Il voulait se rendre au stade San Nicola pour assister à la partie dominicale entre l'équipe des locaux et celle de Crotone, une rencontre de division perdue, mais qui lui permettrait de découvrir un stade qui, lui, était moderne, quasi-futuriste, obéissant à des normes internationales. Encore n'était-ce pas là le plus important : ce qui lui plaisait le plus dans cette perspective, c'était d'assister à un match "comme au bon vieux temps", avant que la dérégulation ultralibérale et les télévisions n'éparpillent les rencontres sur quatre jours, aux horaires les plus fantaisistes, un match dont le coup d'envoi serait donné à 15.00 un dimanche après-midi, sous le soleil ardent et implacable des Pouilles. Pour cela, il devait laisser sa valise dans un "deposito bagagli" près de la gare, car les consignes de celle-ci étaient fermées le dimanche; ce n'était évidemment pas gratuit, et cela l'obligeait à se dépêcher, dans un premier temps, à faire sa toilette, sa gymnastique matinale, à se raser de frais et à se pomponner, puis à boucler sa valise pour libérer la chambre à l'heure convenue et à prendre un des rares bus qui circulaient le dimanche.
Ce système du "deposito bagagli" n'était pas gratuit mais il lui donnait la possibilité de se déplacer librement, sans avoir à traîner sa valise derrière lui, en attendant l'heure du "check-in" dans le second hôtel où il avait réservé, qui se trouvait lui aussi éloigné du centre, dans les environs de l'aéroport.
Sa deuxième idée, qui lui était venue la veille tandis qu'il somnolait dans le bus après la visite éreintante de Polignano a Mare, consistait à assister à une représentation du Trouvère de Verdi dans l'un des théâtres de la ville, marquant le lancement de la saison lyrique. À sa grande surprise, et contrairement aux opéras prestigieux du nord, comme la Scala de Milan (4 ou 5), tous les billets n'étaient pas déjà vendus pour cette première. Il avait donc sa chance, à condition de jouer serré, car comme d'habitude, le système de réservation sur internet ne fonctionnait pas. Il s'était d'ailleurs aperçu qu'il valait mieux ne pas acheter de billet trop à l'avance s'il ne voulait pas gaspiller son argent car, en cas de problème avec les transports par exemple, il aurait toutes les peines du monde à se faire rembourser.
Dans un premier temps, après avoir laissé sa valise au "deposito bagagli", il se mit en quête d'un restaurant pour le sacro-saint déjeuner du dimanche que le grand soleil invitait à savourer sans modération. Il ne voulait pas d'un restaurant à touristes, ordinaire, comme il en pullulait dans les rues du centre. Il ne pouvait pas non plus se permettre de rechercher un restaurant chic, loin à l'extérieur de la ville. C'est un peu par hasard qu'il trouva donc son bonheur : un restaurant familial, dans une rue secondaire du centre-ville. Sans réservation, le patron l'accueillit cependant sans façon, lui choisissant même une table idéalement située, avec vue sur l'ensemble de la salle aussi bien que sur le jardin intérieur.
Le menu n'était pas en reste, qui proposait un "apristomaco" de hors d'œuvres variés, des "primi" de terre ou de mer (il se choisit des orecchiette alla Martinese), des "secondi" tout aussi alléchants (il opta pour le rollé all'Alberobellese) et, en dessert, une tarte à la bergamote et au citron meringuée. Il commanda un "calice" de Susumaniello, un vin rouge qu'il voulait goûter faute de pouvoir en ramener une bouteille en France - il s'était en effet choisi un flacon de Negroamaro del Salento. Le goût des tanins, à la fois subtils et persistants, avec une bonne longueur en bouche, lui confirma qu'il ne s'était pas trompé : il ne s'agissait pas d'une cantine ordinaire, mais d'un restaurant de bonne facture, parfait pour un déjeuner dominical. Il eut également la joie d'entendre, en fond sonore, une chanson d'un de ses chanteurs-compositeurs préférés, Fabrizio De Andrè, Don Raffaè, dont le texte d'une ironie mordante et acerbe, loin des mièvreries plébéiennes de Volare, était servi par une mélodie entraînante et survoltée.
La journée commençait bien, et il sortit du restaurant le cœur léger et l'âme chantante. La suite fut légèrement plus contrariante : jamais il ne vit arriver le bus qui aurait dû le conduire au stade San Nicola pour la partie de calcio dominicale. Il lui fallut donc renoncer à cette sortie et il se résigna à ne connaître ce stade ultra-moderne que de manière indirecte, par des photos non prises par lui-même. Il n'avait pour autant pas l'intention de rejoindre son hôtel immédiatement.
Comme c'était son dernier jour, il entreprit de se livrer à une pénultième promenade dans le centre de Bari. Un certain nombre de commerces étaient ouverts, comme la librairie Feltrinelli, un énième rappel que la dérégulation ultralibérale avait eu raison des traditions de l'Italie patriarcale et catholique en général et du repos dominical en particulier. Il alla faire un tour à la librairie où une section entière était consacrée à des livres ayant trait, de près ou de loin, à l'Odyssée d'Homère. L'Odyssée d'Homère : le voyage de retour à travers la Méditerranée vers la terre natale, après avoir guerroyé sous les portes de Troie, au nom d'une solidarité comment dire ? Elle n'était pas "nationale", l'idée d'Etat-nation étant inconnue des Grecs, il s'agissait plutôt d'une solidarité entre Cités-États, comme les prémices d'un État qui donnerait bien plus tard, à l'époque contemporaine, naissance à la Grèce moderne, celle que nous connaissons, défendue par Lord Byron à Missolonghi. Un voyage peuplé de créatures, de sirènes, de magiciennes comme Circé, de nymphes comme Calypso, de princesses comme Nausicaa... Le voyage de retour vers la patrie, pour se retrouver auprès de la fidèle épouse qui l'attend patiemment depuis vingt ans, vers la terre des premiers jeux, des premières émotions, des premiers cris, les paysages de l'enfance et de l'adolescence...
Eugène se dirigea ensuite vers le front de mer, croisant en chemin d'autres restaurants où des familles d'Italiens, mais aussi des touristes, sacrifiaient au rituel du déjeuner du dimanche. Il flottait un parfum d'ennui, une forme d'ennui métaphysique, un ennui dominical de toute éternité. Eugène fredonnait La France a ses dimanches, une chanson des Négresses Vertes, un groupe de sa jeunesse, il se souvenait de l'ennui des dimanches anglais, des stages linguistiques de son adolescence, des interminables matches de cricket et de la passion incompréhensible des Anglais, mais aussi des Indiens et des Pakistanais, pour ce sport.
Il pensa, curieusement, à La Femme du dimanche (1975), le film de Comencini d'après le roman de Fruttero et Lucentini, à Dillinger est mort (1969), un film de Marco Ferreri cette fois; par association d'idées, il pensa à Touche pas à la femme blanche ! (1974) de ce même Marco Ferreri, et aux nègres de France, à la correction politique, aux dimanches électoraux... Bientôt, en France, il y aurait à nouveau une élection présidentielle, qui mettrait aux prises les candidats à la succession du président Micron : la dolmen en plastique breton, Edouard le flemmard, Judas Attalian, le Chavez français, le bobo de la gauche caviar, le communiste préféré de la droite, etc...
Il n'y avait pas beaucoup de vent sur le front de mer, celle-ci était calme. Deux "intellectuels" faisaient les marioles sur un jet-ski d'une manière typiquement italienne : non pas de manière discrète, loin des regards de la foule mais au contraire, au vu et au su de tous, comme s'ils se donnaient en spectacle, tous fiers de gaspiller du carburant de manière parfaitement inutile, pour faire les zouaves ou plus précisément, les "spreconi" sur leur engin vrombissant.
Cette fois, Eugène se décida à rejoindre son hôtel, parce qu'il avait vraiment envie d'assister à la représentation de l'opéra le soir-même, dans ce théâtre qu'il avait pris en photo sous tous les angles. Il récupéra sa valise au "deposito bagagli", prit un train pour descendre à la gare de Bari Palese Macchie, toute proche du « bed and breafast » qu'il avait réservé. Le quartier était calme, résidentiel et presque silencieux. Ayant sonné sans obtenir de réponse, il commença à se demander s'il n'y avait pas un loup, mais à la deuxième tentative, le gérant vint lui ouvrir et, après une cordiale poignée de main, lui indiqua le chemin vers l'appartement et sa chambre en particulier.
Quoique peu extravagant, son hôte n'était pas non plus fermé, la conversation put s'engager quand Eugène lui fit comprendre qu'il désirait communiquer en italien. Il manifesta clairement son intention de se rendre au théâtre le soir même, pour l'ouverture de la saison lyrique au Petruzzelli de Bari, il lui fallait donc prendre une douche et se changer. Il expliqua également à son hôte qu'il n'avait pas encore le billet, que sa dernière chance était de le trouver sur place, au "botteghino" du théâtre, et il lui demanda conseil pour le moyen de transport. Sans surprise, son hôte lui expliqua qu'il avait le choix entre le bus et le train, l'arrêt pour le premier, la station pour le second étant tout proches, et confirma qu'effectivement, il serait dommage de manquer une représentation au théâtre pour une bête question de transport. Quant au retour, s'il manquait le dernier train de la nuit, il pourrait toujours prendre un taxi, n'est-ce pas ?
Il se dépêcha donc de prendre sa douche, d'enfiler une chemise neuve et propre, un autre pantalon, et de se choisir une cravate - car il ne concevait pas d'aller au théâtre sans cravate - avant d'enfiler sa veste; il jeta un œil dans le miroir : il avait bonne mine. Il prit les clés, n'oublia pas d'emmener un livre et descendit attendre le bus à l'arrêt situé juste sous ses fenêtres. Quand il arriva, il était presque vide et Eugène put s'installer confortablement, préférant cependant observer le paysage dans le soleil couchant plutôt que de lire son livre.
En arrivant dans le centre, sur le corso Vittorio Emanuele, il remarqua un édifice en face du théâtre Piccinni qu'il se promit d'aller voir d'un peu plus près s'il ne trouvait pas de billet pour l'opéra. Le bus le laissa tout près du théâtre Petruzzelli et Eugène, impressionné par son architecture, le photographia à nouveau avec ses illuminations au milieu de la nuit. Le "botteghino" était censé avoir fermé ses portes à 13.00; pourtant, en s'avançant, il s'aperçut qu'il était encore ouvert, et il put sans difficulté acquérir un billet à prix modique pour la représentation du soir même. Il lui restait une heure et demie avant le début de celle-ci, ce qui lui permettait de se promener et d'aller voir l'édifice qui l'avait intrigué sur le corso Vittorio Emanuele avec ce mot, "connubio". Il s'agissait en fait d'un hôtel de luxe et "connubio" était le nom du restaurant, dans lequel il était possible de déguster des spécialités locales savamment déclinées, ou un club sandwich accompagné d'un verre de vin. Luxe, calme et volupté, mais ce serait éventuellement pour la fin de la représentation.
Il retourna au théâtre, dont la façade était ornée des bustes de Giuseppe Verdi, de Vincenzo Bellini et de Gioacchino Rossini installés dans des niches, et surmontée d'un groupe représentant Apollon couronnant la musique. Le foyer, d'un blanc éclatant, était décoré en son centre d'une toile au plafond, intitulée La Musique, La Danse et la Poésie, qui avait survécu à l'incendie de 1991.
Sa place étant au 6e étage, qu'en France on appelle le "poulailler" et en Italie le "loggione", au-dessus de la fosse, du parterre et des cinq étages de loges, il monta rapidement les escaliers pour pouvoir admirer la salle à l'italienne avant le début de la représentation et ses tentures rouges.
La représentation commença, et Eugène put entendre un certain nombre d’airs célèbres de cet opéra, « Di quella pira », « Stride la vampa », « Ah ! sì, ben mio », « Il balen del suo sorriso », « Tacea la notte placida », conclus par le « Miserere » de l'acte IV. Mélomane incomplet, Eugène ne reconnut que le chœur des enclumes, le « Vedi ! le fosche notturne spoglie » qui ouvre le deuxième acte.
Il remarqua une jeune femme élégamment habillée, accompagnée de ses deux amies, assises elles aussi au "loggione", dont la coquetterie le rassura au sujet de l'exigence vestimentaire des Italiens, et des Italiennes, quand ils sortent au spectacle. il aurait fallu les inviter au "connubio" après le spectacle, malheureusement Eugène était pressé par le temps : le dernier train partait à minuit moins dix et vingt bonnes minutes étaient nécessaires pour rallier la gare à pied. Certes, il y avait toujours la solution du taxi. Il aurait fallu, il aurait fallu... Eugène choisit de partir avant la fin du spectacle et il put admirer une dernière fois la place de gare centrale de Bari dans la nuit noire avant de rallier son hôtel puis la France le lendemain.
Arrivé à la gare de Bari Palese Macchie, il ne put s'empêcher d'aller voir la mer, calme et désertée à cette heure-là. Depuis le môle, il aperçut les fanaux des bateaux qui partaient pêcher pour toute la nuit et il fut ému, même s’il ne s’agissait pas d’une pêche au “lamparo”. Rentré dans sa chambre, il n'avait toujours pas envie de dormir. Sur la terrasse confortablement aménagée, il aperçut des fascicules consacrés aux peintres "maîtres de la couleur". Il y en avait toute une collection, qu'il s'agisse de peintres italiens, Giotto et Cimabue, Piero della Francesca, Mantegna, Paolo Uccello, Masaccio, Fra Angelico, Le Caravage, Giorgione, Veronese, Titien, Le Tintoret, Tiepolo, De Chirico, Modigliani, Morandi... ou de peintres français et étrangers, Dürer, Degas, Monet, Lichtenstein...
Conscient de ses lacunes, Eugène avait néanmoins besoin de se reposer et il alla se coucher.
(4 ou 5) A la Scala de Milan, la saison lyrique s’ouvre le 7 décembre, le jour de la Saint-Ambroise (la Sant’Ambrogio), le saint patron de la ville. Cette année, c’est l’Otello de Verdi qui fera l’ouverture le 7 décembre. Si quelqu’un a des places, qu’il me fasse signe.
Chapitre VIII. La fin est un éternel recommencement.
Quand il se leva, il faisait déjà jour, et Eugène se présenta en pyjama à la cuisine, où son hôte se proposa de lui préparer le petit-déjeuner. Eugène répondit qu'en effet, il préférait un espresso bien serré, et il eut droit à des tartines de beurre, de miel, et de confiture de myrtilles, une salade de fruits faite maison, et des "macine", ces biscuits sablés en forme de meules que l’on peut tremper dans sa tasse.
La conversation s'engagea sur ce qu'Eugène avait vu durant son séjour qui touchait à sa fin. Son hôte lui confirma que le boom touristique des Pouilles était récent, et que l'économie de la région était en pleine expansion. Il lui parla de la bactérie Xylella fastidiosa, cette bactérie phytopathogène qui avait obligé à couper des oliviers par centaines dans la région, même si Eugène avait pu remarquer que les producteurs locaux d'huile d'olive continuaient à vendre leur production toujours plus cher, au nom d'une "montée en gamme" et d'une "révolution de la qualité" bien hypothétiques, argument commercial des plus opportuns pour justifier des prix toujours plus exorbitants et insensés. On se garda également de parler des sujets qui fâchent, comme l'éventuelle propagation de la bactérie Xylella fastidiosa à partir des oliviers des Pouilles vers le reste de l'Europe, suite au désastre oléicole de 2013 dans le Salento, cette propagation n'étant pas avérée scientifiquement et ressemblant plutôt à une idée reçue... au contraire de la diffusion du virus responsable de l'épidémie de Covid-19 à partir d'un foyer de Wuhan, en Chine, qu'il s'agisse d'un accident de laboratoire, ou d'une propagation depuis le marché de fruits de mer de gros de Huanan, en dépit des dénégations pathétiques des dirigeants chinois, qui essaient toujours de faire croire que la Chine fait du bien à l'économie mondiale et qu'elle est autre chose qu'un facteur de déstabilisation géopolitique.
On parla donc plutôt de calcio, cet opium du peuple qui permet d'endormir les masses avec les jeux du stade. Son hôte qui avait tout de suite deviné qu'Eugène était un tifoso interista, nota que l'équipe milanaise avait plutôt bien géré sa partie de championnat tandis que sa chère Juventus le faisait souffrir; Eugène répondit que l'Inter n'avait pas les moyens de ses ambitions en Europe, que les équipes italiennes n'avaient plus le niveau en Europe et que l'équipe nationale italienne avait beaucoup de choses à prouver et à se faire pardonner après trois absences successives et humiliantes pour ses supporters en coupe du monde.
Mais le temps pressait, Eugène devait encore faire sa toilette et sa valise, il remercia donc son hôte pour cet excellent petit-déjeuner, et celui-ci sortit pour faire une course. L'objectif d'Eugène ce matin-là était de poster ses lettres et ses cartes après avoir vérifié qu'elles étaient suffisamment affranchies. Il gagna donc le bureau de poste voisin, acheta les timbres qui lui manquaient, profita du wifi pour vérifier le parcours qui le séparait de l'aéroport (son avion ne décollait qu'en fin de journée), et se décida à retourner voir la mer, avec sa valise et sa veste.
La mer était toujours là, beaucoup plus calme que sur la plage de Torre Quetta. Eugène ne se lassait pas d'admirer les ombres bleues des collines du Gargano, dans le lointain, ressemblant à un mirage. Sur le môle, des pêcheurs à la ligne et des femmes d'âge mûr en maillot de bain.
Eugène avait faim. Il voulait faire un dernier repas sur le pouce dans un de ces estaminets sans prétention gastronomique quoique relativement chers : focaccia, pizza, pasta ai frutti di mare, légumes assaisonnés simplement mais avec goût, gâteaux de la maison... et un dernier café.
Il se mit enfin en route pour son périple vers l'aéroport. A pied, il en avait pour plus de trois quarts d'heure, longeant des voies rapides assez dangereuses, mais il y avait un bus... à condition de le trouver, et surtout à condition qu'il veuille bien circuler. Eugène trouva l'arrêt et attendit. Le bus finit par arriver, sans se presser. Un demeuré crut bon d'avertir Eugène qu'il était arrivé à l'aéroport.
L'air était doux, la journée agréable. Eugène fit une pause avant d'affronter les formalités d'enregistrement et de sécurité dans cet aéroport qui n'était pas aussi modernes que celui d'Orly...
Heureux habitants de Bari et des Pouilles ! Qui resteraient là, attachés à cette terre bénie des dieux, tandis qu'Eugène devait rentrer à Paris, sous la pluie, affronter l'enfer de la capitale, sa populace et ses misères. Songeant à ce qui l'attendait à Paris, Eugène ne put s'empêcher de se souvenir de la satire de Juvénal sur les emmerdements de Rome... qui semblaient bien anodins, en comparaison de l'enfer moderne de la vie parisienne.
Traduction en italien :
La mia amata Puglia.
(Bari ti amo)
Capitolo Uno. Atterraggio in agro-dolce.
Consapevole del fatto che i francesi – a immagine della loro classe politica – fossero assai soddisfatti di sé stessi e del proprio paese, e intenti soprattutto a fare affari e guadagnare denaro facile, Eugène Snaporaz aveva deciso di recarsi in Puglia, la regione situata nel "tacco dello stivale", per scoprire in particolare la città di Bari e i suoi dintorni, che conosceva solo molto vagamente. Desiderava riappropriarsi della lingua dei suoi antenati – una parte della propria identità – e ammirare paesaggi nuovi, noti solo di nome, baciati dal sole e lontani dalla sua terra d'origine.
Aveva prenotato l'aereo e l'albergo con largo anticipo; all'ultimo momento, però, era stato costretto a disdire il noleggio di un'auto : la sua banca, evidentemente, non nutriva alcuna simpatia per i poveri, preferendo di gran lunga sommergere il cliente di scartoffie inutili pur di non fornirgli i servizi richiesti.
La settimana precedente la partenza, aveva effettuato un sopralluogo per raggiungere l'aeroporto – un luogo invaso da poliziotti e militari, come se il potere temesse qualcosa – constatando come, dopo dieci anni di "micronismo", il paese fosse ormai allo stremo e i giovani fossero scesi in piazza in un moto di rivolta del tutto imprevisto per l'esecutivo; in quell'occasione, aveva potuto calcolare il tempo necessario per il tragitto, tenendo conto della valigia e dello zaino che avrebbe portato con sé. Custodiva ricordi incantevoli, romantici e cinematografici di Orly, scenario delle avventure degli amanti maledetti ne La calda amante (La peau douce), il film di François Truffaut del 1964. I beati anni Sessanta, come il romanticismo, appartenevano ormai a un passato remoto, e non era più chiaro chi il potere esecutivo temesse di più : eventuali e ipotetici terroristi, oppure la sua stessa popolazione. Il fatto era che, gonfiando i deficit in nome del « costi quel che costi », l'amministrazione microniana era riuscita nel raro prodigio di scontentare tutti.
Eugène Snaporaz era stanco di questi giochi di potere; desiderava qualcos'altro.
Arrivato il giorno della partenza, dormì poco e si presentò in aeroporto con largo anticipo, prima per imbarcare la valigia e poi per superare i controlli di sicurezza. Nonostante l'apprensione, un sole timido faceva come un presagio, lasciando intendere che il soggiorno potrebbe andare bene : dopo mesi trascorsi in mezzo dei negri e della secta dei « allah-u-akbar », Eugène Snaporaz era fermamente intenzionato a godersi il viaggio, che sapeva già sarebbe stato troppo breve. Sull'aereo, in mezzo a francesi alienati da intrattenimenti sciocchi – mentre assistenti di volo cercavano di alienarli ancora di più proponendo, a prezzi esorbitanti, prodotti di un falso lusso – Eugène leggeva. Non solo la sua guida turistica, per perfezionare i preparativi del viaggio, ma anche letteratura : aveva portato con sé libri dei suoi autori preferiti, Antonio Tabucchi e Dino Buzzati, oltre a un romanzo contemporaneo di Laurent Gaudé, Il sole degli Scorta, pubblicato nel 2004. Il libro narra una storia ambientata nel Mezzogiorno profondo, offrendo uno sguardo su usanze e tradizioni assai distanti dallo stile di vita delle grandi capitali, Parigi, primus inter pares, ad esempio.
Aveva messo in valigia anche un saggio introduttivo alla vita e all'opera di Antonio Gramsci; non era del tutto certo di voler tornare a immergersi negli scritti del rivoluzionario italiano, pur consapevole che non avessero perso nulla della loro pertinenza (per l’attualità, la rivoluzione non era all'ordine del giorno, anche se non mancavano i motivi di insoddisfazione...)
Arrivato all'aeroporto di Bari, recuperò rapidamente la valigia e prese il treno che lo condusse nel cuore della grande metropoli del Mezzogiorno. Giunto alla stazione centrale, si rese conto di essere vestito in modo troppo pesante per quella giornata di sole, di cui aveva già colto i primi segnali guardando dall'oblò dell'aereo. Ciononostante, decise di visitare il centro storico, avendo qualche ora a disposizione prima di poter raggiungere il suo albergo.
La piazza della stazione centrale era sommersa da lavori in corso, così si diresse svelto verso il lungomare. Lungo il tragitto – attraversando le arterie dei quartieri "moderni" della città, il rione Murat e il quartiere Umbertino – scorse gli edifici dei due teatri cittadini : il Petruzzelli e il Margherita. Incontrò anche citazioni di Benedetto Croce incise sulla pavimentazione di via Sparano da Bari, oltre a negozi di articoli sportivi, e giunse all'ufficio turistico, dove alcune impiegate svogliate e poco premurose fornivano informazioni laconiche e lacunose.
Eugène Snaporaz si rifocillò in un locale di “fast food” (1) che proponeva “hamburger” al polpo, una bizzarria gastronomica che, magari, bisognava aver provato almeno una volta nella vita. Rinunciò a prenotare in un ristorante di alta cucina per la sera, ricordando uno sketch del film I mostri II (il film di 1978), intitolato "Come è grato salire con te". Si addentrò nel dedalo di vicoli di Bari Vecchia, scoprendo un contesto abitativo molto simile ai "bassi" napoletani – qui chiamati "sottani" – davanti alle cui soglie alcune nonne preparavano le orecchiette.
Notò che non c'era soltanto la Basilica di San Nicola, ma una miriade di altre chiese, tra cui la Cattedrale metropolitana primaziale di San Sabino; si spinse poi fino al Castello Svevo, un'imponente fortezza risalente al XII° secolo – più precisamente al 1132, un secolo prima del regno dell'imperatore Federico II di Hohenstaufen, ai tempi di Roger II, il normanno.
Eugène osservò che, nel Medioevo, il castello svolgeva una funzione analoga a quella della tecnologia oggi : al servizio dei potenti, serviva tanto – se non di più – a tenere sotto controllo la popolazione urbana quanto a difendere la città da ipotetiche invasioni saracene.
Dopo essere riuscito anche a procurarsi un abbonamento per i mezzi pubblici, Eugène decise di raggiungere il suo hotel, situato nella periferia sud della città, in via Giovanni Gentile – dal nome del filosofo della prima metà del Novecento che fu, soprattutto, Ministro della Pubblica Istruzione durante il Ventennio fascista. Ci arrivò, non senza fatica, e apprezzò la calma e la tranquillità del luogo : la casa di riposo e di spiritualità San Francesco d'Assisi gli offriva una sosta gradita tra le sue varie escursioni turistiche.
Dopo aver tirato fuori i vestiti e riposti negli armadi, fece una doccia e decise di uscire di nuovo, per godersi i piaceri della "passeggiata" nel centro storico. Caddero alcune gocce di pioggia e, mentre la sera scendeva, si rese conto che Bari era una vera grande città, la seconda più grande del Mezzogiorno, come aveva letto nella sua guida. Fece due passi nel centro storico, poi si rifocillò con alcuni panini accompagnati da una birra Peroni, prodotta localmente, ammirando al contempo l'architettura maestosa e silenziosa del Castello Svevo; ciò gli riportò alla mente alcune delle prime emozioni provate da adulto in Italia – come quando, nell'autunno del 2007, scoprì Palermo, il Palazzo dei Normanni e la cattedrale – ormai quasi vent'anni fa.
Rientrò e andò a dormire presto, stanco per il viaggio e con il presentimento che la giornata successiva non stava per essere affatto riposante, e tuttavia eccitante.
(1) Il “slow food” è un’invenzione piemontese, con il gastronomo Carlo Petrini († maggio 2026). Negli anni ’80, il movimento si chiamava “Arcigola” e il simbolo era la lumaca.
Capitolo Due. Dove si parla di letteratura antica e contemporanea.
L’indomani si svegliò presto; era entusiasta. Aveva sognato a lungo questo viaggio e sapeva che il soggiorno sarebbe stato breve, molto breve. Quella mattina aveva deciso di andare da un parrucchiere/barbiere in città, come desiderava fare da tempo : aveva infatti lasciato crescere i capelli apposta per farseli tagliare in Italia.
Trovò il salone che cercava nel quartiere Japigia, non lontano da un centro commerciale dove avrebbe potuto fare qualche acquisto in seguito. Il proprietario del salone era un uomo cordiale e affabile, di poco più anziano di lui, e comprese piuttosto in fretta cosa Eugène si aspettasse : non solo un taglio di capelli e una rasatura all'antica moda con panno caldo, ma anche un momento speciale. Mise quindi Eugène al corrente delle ultime novità riguardanti la squadra cittadina e la partita della domenica successiva : gli raccontò che i tifosi erano in sciopero del tifo, chiedendo le dimissioni del presidente, che era anche proprietario del Napoli SSC. La tesi era inoppugnabile nella sua semplicità : la multiproprietà portava il presidente a privilegiare un club rispetto all'altro, naturalmente quello che militava nella divisione superiore. Se Eugène voleva assistere alla partita domenicale, rischiava di ritrovarsi da solo nello stadio.
Il barbiere compì un vero lavoro d'artista ed Eugène rimase soddisfatto del risultato. Scattò alcune foto del salone poi, di una stretta di mano, salutò l'artigiano. Poté così proseguire la sua giornata alla scoperta della città. Decise di tornare nel centro storico per imboccare il camminamento che ne faceva il giro, dal quale era possibile scattare splendide fotografie del mare, del lungomare e dei principali monumenti che incontrava lungo il percorso.
Eugène dovette anche capire come funzionassero le ferrovie italiane se, come desiderava, voleva davvero raggiungere Matera il giorno seguente : quando non erano in sciopero – cosa che accadeva tanto spesso quanto in Francia, dato il grande potere dei scioperisti del cervello chi bloccavano tutto in aziende infiltrate dai sindacati – c’erano tre diverse compagnie : Trenitalia (le Ferrovie dello Stato), le Ferrovie Appulo Lucane (una società apparentemente locale, anch’essa pubblica, i cui treni andavano a Matera) e la Ferrotramviaria Nord Barese, che Eugène avrebbe dovuto prendere per raggiungere l’albergo prenotato vicino all’aeroporto per l’ultima giornata, ma i cui treni, purtroppo, la domenica non circolavano ! Eugène sapeva già che dovrebbe trovare una soluzione alternativa per questo giorno. Non erano solo i contadini astuti e analfabeti della sua terra natale a rendergli la vita difficile, ma anche questi funzionari, specializzati in battaglie di retroguardia per difendere i propri interessi corporativi. Avevano facce losche che ricordavano a Eugène i volti dei protagonisti di Brutti, sporchi e cattivi (1976), il film di Ettore Scola con Nino Manfredi nel ruolo del patriarca di quella famiglia del sottoproletariato. Nel frattempo, bisognava alzarsi presto l’indomani e, dopo un caffè veloce, prendere un autobus che lo avrebbe condotto alla stazione centrale, da dove potrebbe poi prendere un treno per Matera, con cambio ad Altamura.
Eugène aveva scattato molte fotografie durante il suo giro nel centro storico, al castello svevo, alla cattedrale, al santo, e persino a una curiosa targa che commemorava la visita del capo della Federazione Russa a Bari, nel 2003. A ben guardare, non c’era poi tanto da stupirsi : colui che era diventato l’idolo dei proletari, proprio perché se la prendeva con le élite progressiste dell’Occidente, aveva posto la sua battaglia contro gli omosessuali sotto l’egida della religione. Eugène ricordava che, durante i suoi viaggi in Russia – ormai una decina d’anni prima – era rimasto particolarmente colpito dalle chiese, sia a Mosca che a San Pietroburgo : la Cattedrale di Cristo Salvatore a Mosca, dove il 21 febbraio 2012 le Pussy Riot avevano inscenato una « preghiera punk » contro Putin – gesto che era costato il carcere ad alcune di loro – e la Cattedrale del Salvatore sul Sangue Versato a San Pietroburgo, eretta proprio nel luogo in cui, il 1° marzo 1881, gli anarchici avevano compiuto l’attentato contro lo zar Alessandro II... un’ironia della storia : gli anarchici avevano preso di mira proprio lo zar che, nel 1861, aveva abolito la servitù della gleba, ben guardandosi dall’attaccare gli zar più reazionari o i tiranni del XX° e XXI° secolo. Allo stesso modo, nel corso del Novecento, furono figure come Gandhi, Martin Luther King e Robert Kennedy a essere assassinati, rispettivamente in India e negli Stati Uniti... cosa poteva dedurne Eugène ? I tiranni e gli psicopatici che ci governano sanno bene come circondarsi di apparati di sicurezza capaci di fungere da deterrente; eppure, Donald Trump è stato bersaglio di un attentato che gli ha sfiorato l'orecchio, un episodio che ha rafforzato la sua popolarità tra i fanatistronzi e gli altri cultori delle armi da fuoco, sconvolgendo al contempo la povera Melania Trump, che aveva rischiato di ritrovarsi anzitempo a gestire l'immensa fortuna del suo caro Donald...
E come si dice : "prima dell'ora non è l'ora". Eugène ricordava di aver provato a parlare a suo padre dell'azione di un artista vicino alle Pussy Riot, Pëtr Pavlenskij, che si richiamava a Gustave Courbet e all'arte "politica". Nel novembre 2015, proprio mentre dei terroristi compivano una strage al Bataclan – seminando il terrore tra i bobos parigini e i commercianti, che però non avevano perso per nulla il senso degli affari (non lo perdevano mai) –, Pëtr Pavlenskij dava fuoco alle porte della Lubjanka, la sede moscovita dell'FSB, la polizia politica erede del KGB e dell'Ochrana (fondata dallo zar Alessandro III in seguito alla morte di suo padre, lo zar Alessandro II).
Erano passati pochi mesi dal primo viaggio di Eugène a Mosca, avvenuto nel giugno 2015; all'epoca, egli si muoveva con spirito leggero e vivace, senza lasciarsi turbare più di tanto dal clima deleterio che regnava sia in Russia che in Francia, all'indomani degli attentati contro Charlie Hebdo del gennaio 2015.
Ma questi erano solo ricordi. Per il momento, si trattava di trovare qualcosa da mangiare per la cena; Eugène aveva scoperto un centro commerciale non lontano dal suo albergo. Ci andò canticchiando. Nulla funzionava, tutto andava per il verso sbagliato, e occorreva uno sforzo notevole anche solo per risolvere problemi apparentemente semplici. Eppure, si trovava in Italia, lontano da Parigi, dai suoi falsi intellettuali e dagli arrivisti sfrenati, lontano dal malumore generato da una situazione socio-economica deleteria; era lontano dal moralismo gretto e dalla repressione poliziesca – le uniche risposte che il potere francese sapeva dare alle rivendicazioni dei giovani. Secondo Eugène, i giovani avevano ottime ragioni per ribellarsi, anche se lui non li amava granché, né condivideva la loro sottomissione a certi codici di abbigliamento e musicali che non riusciva affatto a comprendere. Era un dato di fatto : non capiva i giovani, e in particolare i loro gusti musicali. I suoi punti di riferimento appartenevano al Novecento : le colonne sonore cinematografiche e i cantautori, come Fabrizio De André, per esempio. Per il resto, gli italiani non erano migliori dei francesi : erano stupidamente proletari, appassionati di sport-spettacolo – dimenticando volentieri che, al pari della religione, si trattava di un « oppio dei popoli » – e pensavano soltanto a fare soldi.
Ciononostante, Eugène era in Italia ed era felice. Canticchiava. Raggiunse il centro commerciale e poté fare la spesa : comprò da mangiare – salumi, formaggi, frutta – oltre a una bottiglia di latte e una di vino, per organizzare un picnic nella sua camera. Era alienato come gli altri, nevrotico, sebbene in modo diverso : nutriva nostalgia per il grande cinema italiano, per l'età dell'oro della commedia all'italiana, in nome della quale giudicava i suoi contemporanei – dei « mostri » ordinari, stupidi e ottusi, decisamente meno divertenti di quegli attori che avevano reso grande un cinema verso il quale Eugène provava un'incurabile nostalgia... Il suo pseudonimo – Snaporaz – non era forse preso in prestito da La città delle donne (1979) di Fellini ? Quando era arrivato alla casa di riposo San Francesco d'Assisi, il viale fiancheggiato da pini gli aveva fatto venire in mente l'inizio di un episodio del film I nuovi mostri (sempre la pellicola del 1978), intitolato « Come una regina », in cui il personaggio interpretato da Alberto Sordi accompagna la vecchia madre in un ospizio contro la sua volontà... per compiacere la moglie bisbetica, che non ne vuole più sapere di avere la suocera in casa.
Dei mostri, vi dico...
Eugène fece il suo picnic in camera, e ne fu felicissimo. Per la prima volta in vita sua, ebbe l'impressione di fare ciò che voleva e di riuscire a rispettare il proprio programma. Quanto all'albergo... Proprio come il Metropol' di Mosca, i suoi corridoi erano tappezzati di fotografie e riproduzioni di dipinti : a Mosca, le foto ritraevano l'hotel agli inizi del XX° secolo, mentre qui si trattava di riproduzioni di opere di Giotto, destinate alla decorazione della cattedrale di Assisi, la città di San Francesco. Sebbene Eugène non fosse uno specialista di arte religiosa, né dei primitivi italiani del Trecento, ricordava però il film di Roberto Rossellini, Francesco, giullare di Dio (1950), e persino un altro, Viaggio in Italia (1954), con George Sanders e Ingrid Bergman, che narra la crisi di una coppia recatasi a Napoli nel tentativo di superarla.
Alla fine, si addormentò.
Capitolo Tre. La città che somigliava a un gigantesco groviera.
Il giorno seguente, si alzò presto per prendere l'autobus e poi il treno verso Matera. La sera prima, per curiosità verso i libri di maggiore attualità, si era fermato alla libreria Feltrinelli di via Melo da Bari (2), nel centro di Bari. Con sorpresa, vi aveva ritrovato il libro di Carlo Levi, Cristo si è fermato a Eboli – pubblicato nel 1945 –, in cui lo scrittore denunciava l'estrema miseria dei contadini della Basilicata, che vivevano nelle grotte di Matera ed erano afflitti dalla malaria; una realtà che egli aveva toccato con mano durante il confino in quella regione, impostogli dal regime fascista nel 1935-1936. L'opera ebbe una vasta risonanza e un grande successo, sollevando la "questione meridionale" e favorendo una presa di coscienza politica : nel 1952, il governo di Alcide De Gasperi prese l'iniziativa di trasferire gli abitanti di Matera in alloggi alla periferia della città, dotati dei requisiti minimi di igiene e comfort che ci si poteva aspettare nel XX° secolo. Le grotte (i "Sassi") e il centro storico di Matera saranno dichiarati patrimonio mondiale dell'UNESCO nel 1980, mentre il libro di Carlo Levi sarà oggetto di un adattamento cinematografico diretto da Francesco Rosi, con Gian Maria Volontè nel ruolo principale nel 1979.
La prefazione dell'esemplare che poté consultare portava la firma di un certo Nicola Lagioia, scrittore di origini baresi, vincitore del Premio Strega nel 2015 con il romanzo La ferocia e figura di rilievo, avendo diretto il Salone Internazionale del Libro di Torino dal 2017 al 2023. Un uomo che aveva ricoperto ruoli di responsabilità; Eugène, dal canto suo, non aveva mai dovuto assumersi alcuna responsabilità, comportandosi piuttosto come un turista dell'esistenza – com'era del resto stato trattato. Eppure, una cosa poteva dirla con certezza : questo Nicola Lagioia – come del resto molta altra gente – scriveva sciocchezze. Si prenda, ad esempio, il titolo di una sua opera : Tre modi per sbarazzarsi di Tolstoj (2001). Perché mai qualcuno dovrebbe volersi sbarazzare di Tolstoj ? Certo, Eugène preferiva Dostoevskij – lo scrittore di estrazione plebea – a Tolstoj, il nobile fautore della riforma agraria e della castità coniugale; d'altronde, la sua stessa vita matrimoniale era stata un lungo, cupo temporale al fianco di una moglie che pareva l'antenata delle moderne virago, tanto più bisbetiche e scontrose quanto sessualmente frustrate. Eugène lo sapeva bene : ne aveva incontrate a bizzeffe, in veste di « docenti » di scrittura presso una bottega di scrittura parigina, Les maux d'Emée. Il direttore di tale centro, pur spacciandosi per un semplice “appassionato”, era in realtà interessato soprattutto a fare soldi sfruttando un moralismo angusto e il conformismo politicamente corretto; a quel cretino, d'altronde, non importava un fico secco delle offese alla dignità umana causate dall'ultraliberismo propugnato dal presidente Micron. Era, come tutti i francesi medi, perfettamente indifferente ai morti in mezzo ai quali Platini aveva ballato e urlato la propria gioia, una certa sera di maggio del 1985 all'Heysel; ed era affascinato da quei mostri della "società dello spettacolo" di cui i media nutrivano un popolo sottomesso, laborioso e obbediente.
Eugène non ammirava affatto quei mostri, né tantomeno i cretini che li osannavano : la sua predilezione andava al cinema, ancor più che alla letteratura o alla filosofia. Purtroppo, suoi scritti erano spesso censurati ogni volta che Eugène provava a esercitare un minimo di spirito critico nei confronti dell'unanimismo, del conformismo e del pensiero unico ufficiale. E così, Eugène – romantico nell'animo – non poteva che disprezzare tutti gli imbecilli che lo circondavano, privi sia delle sue conoscenze che della sua sensibilità : la condizione umana è davvero miserevole, e la maggior parte delle persone che incontrava si gettava a capofitto nel lavoro per dimenticarsene, scordando – come aveva già osservato il moralista Blaise Pascal – che il lavoro non è altro che un "divertissement", un modo per distogliere lo sguardo.
Eugène avrebbe certamente dovuto interessarsi alla sorte degli esclusi, di coloro che vivevano ai margini; ma quel filone era già ampiamente sfruttato da scrittori che – come quello Nicola Lagioia o i bobos parigini – fingevano di interessarsi alla "miseria del mondo" per nascondere meglio il fatto di essere dei privilegiati, dei benestanti, degli sciocchi completamente lobotomizzati dal potere politico e dalla correzione politica.
Eugène era un uomo malato, nel senso che Dostoevskij attribuisce al protagonista delle sue Memorie dal sottosuolo : per natura restio ad adottare lo stile di vita dominante, vi era stato tuttavia costretto, pressato da un ambiente di piccolo-borghesi conformisti e pretenziosi; eppure, egli aveva sempre nutrito ammirazione per quegli artisti che contestavano tanto i dogmi della legge di mercato in Occidente quanto quelli del partito unico all'epoca dell'URSS. I suoi punti di riferimento erano forse un po' datati, ma almeno non era uno di quei « vincenti » della nuova economia, uno di quegli insopportabili arrampicatori sociali, arrivisti e privi di scrupoli.
Infine, Eugène non aveva alcuna intenzione di chiudere i conti con Lev Tolstoj, di cui continuava ad ammirare il racconto La morte di Ivan Il'ič, che considerava un vertice della grande letteratura; al contrario, Guerra e pace – uno di quei mattoni che hanno fatto scuola nel XX° e XXI° secolo – gli cadeva letteralmente dalle mani. Aveva peraltro una sua opinione su questo romanzo, a prescindere da ciò che potesse sostenerne Vladimir Nabokov (nota): in Guerra e pace, Tolstoj attribuisce la sconfitta di Napoleone nella campagna di Russia al messianismo russo, come se la Russia fosse protetta dagli dèi e come se la disfatta di Napoleone fosse scritta nei cieli. Eugène, pur nutrendo il dovuto rispetto per il grande romanziere russo, riteneva che si trattasse di un'assurdità : a suo avviso, la sconfitta di Napoleone era dovuta invece a fattori umani, fin troppo umani. Il grande imperatore, che aveva riscosso tanti successi nelle campagne precedenti, aveva sottovalutato l'importanza dell'inverno – ovvero il fattore climatico – e la resilienza del popolo russo, capace di attuare la politica della terra bruciata sul proprio territorio, per obbedire allo zar e affamare il nemico. Questi errori non erano scritti nei cieli; sono stati il frutto di valutazioni errate da parte di Napoleone, al quale va tuttavia riconosciuta una circostanza attenuante : fu il primo a commetterli. Sulla sua scia, Hitler – nel tentativo di invadere la Russia nel 1942 – e Vladimir Putin – nel tentativo di invadere l'Ucraina nella primavera del 2022 – hanno commesso gli stessi errori, pur avendo potuto trarre insegnamento dall'esperienza del loro predecessore. Nel 2022, Vladimir Putin non ha sottovalutato l'inverno, bensì il disgelo che ne segue : quella che in russo viene chiamata "rasputitsa" (распу́тица), un periodo dell'anno in cui le strade sterrate si trasformano in un mare di fango... nel quale sono rimaste intrappolate le sue armate d'invasione.
A parte questo dettaglio, e lasciando perdere il fatto che ha suscitato degli emuli – tra scrittori russi, francesi e non solo, che si sentono in dovere di tormentare i propri lettori con pagine e pagine interminabili, come se venissero pagati al chilo per la carta imbrattata, senza alcun rispetto per gli alberi abbattuti al fine di stampare le loro opere insignificanti, noiose, perfettamente inutili e dimenticabili – Tolstoj è uno scrittore affascinante, simpatico, capace talvolta di folgoranti intuizioni che fanno dimenticare le sue pesantezze e le sue lungaggini.
Arrivato a Matera, Eugène notò innanzitutto la stazione ultramoderna, funzionale e quasi futuristica, contrapponendola a quella che riteneva essere la vecchia stazione, costruita in mattoni rossi e piuttosto simile a quelle incontrate lungo il suo tragitto. Ad Altamura, per esempio, dove il primo treno era arrivato con cinque minuti di ritardo, costringendo i viaggiatori ad affrettare il passo per prendere la coincidenza, sotto lo sguardo beffardo degli addetti alle ferrovie, che trovavano in ciò un diversivo alla loro grigia esistenza di impiegati arretrati.
A Matera, Eugène si imbatté in cartoline ancora prima di iniziare la visita della città. Poi, scendendo lungo una delle vie che conducevano al centro storico, incrociò un'osteria che proponeva "spaghetti all'assassina" e si ripromise di provarli più tardi. Avrebbe voluto credere che tutto fosse come un tempo, quando scopriva l'Italia con occhi nuovi e colmi di meraviglia; eppure no, non era la stessa cosa. Qualcosa era cambiato, e non in meglio : certo, i treni erano comodi e viaggiavano spediti, con un ritardo tutto sommato accettabile, malgrado il prezzo esorbitante; ma era svanita quella nobile indolenza che consentiva di abbandonarsi a un "ozio" quasi aristocratico, a una scoperta lenta ed erudita della città. Ciononostante, era felice di trovarsi lì, pur percependo chiaramente che il ritmo era serrato, quasi militare, sotto l'occhio vigile delle telecamere di sorveglianza – un dispositivo predisposto dalle autorità per monitorare i turisti, lui compreso, giunti fin lì per spendere il proprio denaro. E, dato che era rimasto frustrato per lunghi mesi nella capitale parigina – dove si era sentito ancora meno libero che durante il confinamento imposto dalle autorità in occasione dell'epidemia di Covid – era felice di spendere i suoi pochi soldi, come se provasse piacere nel partecipare anch'egli a quell'estasi materiale del consumo. Si rendeva perfettamente conto, tuttavia, che tutto ciò lo privava del suo senso critico : durante l'epidemia di Covid, non erano stati gli scandali a risparmiare le autorità dalla loro gestione disastrosa della crisi; piuttosto, la libertà di espressione era stata ridotta al minimo, poiché le autorità avevano dato la priorità agli anziani, alle donne e ai bambini – le cosiddette fasce « fragili » della popolazione – il che consentiva loro di esibire, in tutta tranquillità, un « bilancio » lusinghiero, seppur manipolato. Allo stesso modo, il turismo di massa, a cui Eugène non poteva sottrarsi, non aveva nulla a che vedere con lo svago aristocratico che gli avrebbe permesso di scoprire, passo dopo passo, una città fuori dall'ordinario; un turismo di massa, peraltro, assoggettato a imperativi di redditività e a obiettivi quantitativi che Eugène, pur non conoscendo nel dettaglio, intuiva, non potendo credere che un'attività così cruciale per l'economia della regione fosse stata lasciata al caso. Ad ogni modo, decise di non ricorrere a una guida né di unirsi a un gruppo, preferendo esplorare la città secondo i propri ritmi. Iniziò dal castello Tramontano, che prende il nome dall'aristocratico che lo fece edificare sulle alture della città all'inizio del Cinquecento; l'opera rimase incompiuta a causa dell'assassinio del suo proprietario, avvenuto il 29 dicembre 1514.
La piazza centrale era gremita di turisti; Eugène cercò l'ufficio del turismo, ma non vide altro che punti "Matera info" che proponevano visite e tour a pagamento; persino i servizi igienici erano a pagamento – quel popolo di cosidetti oppressi non discendeva dall'imperatore Vespasiano per caso –, ed Eugène si fece fregare sul prezzo dei francobolli prima di scoprire l'ufficio postale... che chiudeva alle 13:30. I "piccoli lavoratori tranquilli" francesi avevano dei cugini dall'altra parte delle Alpi.
Visitò il centro storico con grande scrupolo, si lasciò incantare da quello spettacolo fuori dall'ordinario, fotografò le chiese – San Giovanni Battista e San Rocco (dedicata al santo che prestò soccorso agli appestati durante la grande peste nera della seconda metà del Trecento) –, il bucato steso al balcone di un antico palazzo signorile (Palazzo Saraceno-Alvino), i panorami che si potevano ammirare in vari punti del percorso turistico – in particolare dalla piazza del Duomo –, il menu di un ristorante più o meno elegante che proponeva anatra, e i fichi d'India. Ascoltando per caso una guida che recitava in modo teatrale – con toni enfatici, se non addirittura ampollosi –, apprese che Matera era la terza città più antica del mondo, dopo Gerico e Aleppo, nonché la più antica d'Europa, con una presenza umana ininterrotta da oltre 9000 anni nei "Sassi"... Eppure, non riusciva a lasciarsi andare a un entusiasmo sincero, privo di riserve o di un sorrisetto beffardo, per quanto i paesaggi fossero davvero mozzafiato. Non riusciva a dimenticare che la miseria dei contadini analfabeti, denunciata dallo scrittore Carlo Levi nel 1945, venisse oggi sfruttata senza vergogna dai loro discendenti : commercianti privi di scrupoli che gli ricordavano la plebe napoletana, pronta a esibire la propria miseria senza pudore in cambio di qualche moneta, o i combattenti palestinesi che piazzano i propri figli in prima linea di fronte ai cecchini dell'esercito israeliano... Accostamenti forse non del tutto calzanti, ma che portavano Eugène a riflettere su come la storia – intesa come rigoroso studio di cause ed effetti – mal si conciliava con le logiche di un commercio del tutto privo di inibizioni. E poi, ovunque e sempre, quell'esigenza di ironia e autoironia che gli impediva di vestire i panni del moralista austero : se nel 1945 i contadini analfabeti di Carlo Levi potevano forse destare compassione, i loro discendenti non erano altro che ipocriti e istrioni osceni, attori – a loro modo – in quella « società dello spettacolo » che funge da moderna incarnazione della commedia dell'arte, seppur declinata in forme e con un gusto a dir poco discutibili.
A fine giornata, esausto, Eugène aveva girato in lungo e in largo per la città, saziandosi di paesaggi e suggestioni luminose; aveva scritto e spedito le sue cartoline, tra cui una che ritraeva Pasolini insieme all'attore Enrique Irazoqui sul set de Il Vangelo secondo Matteo, sullo sfondo delle scenografie della città, spoglie eppure sontuose, in bianco e nero. Quell'essenzialità, quel silenzio e quella solitudine – per quanto relativa – suscitavano un senso di nostalgia, in netto contrasto con il kitsch e il cattivo gusto che trasparivano tanto dai commercianti quanto dai turisti. Sul treno del ritorno, scattò alcune fotografie dell'altopiano delle Murge e riposò la mente leggendo il libro di Laurent Gaudé. E la sera, nella sua camera monacale della casa di riposo San Francesco d'Assisi, poté concedersi una doccia con il senso del dovere compiuto e un piacere evidente, per poi rifocillarsi con una cena frugale ma gustosa e gradevole, e scivolare infine tra le lenzuola fresche del suo letto, indossando quel pigiama che amava tanto e che aveva trovato in una merceria del paese dei suoi antenati.
(2) Vale la pena ricordare che la libreria Feltrinelli fu fondata originariamente da Giangiacomo Feltrinelli, editore e militante di estrema sinistra milanese, morto nel 1972 mentre tentava di far saltare in aria alcuni tralicci nella periferia di Milano. Feltrinelli era entrato in clandestinità in seguito a una spedizione fallita in Sardegna – ispirata all'esperienza di Che Guevara e Fidel Castro a Cuba – nel corso della quale aveva cercato di coinvolgere in una causa politica le bande del fuorilegge Graziano Mesina... il quale, tutt'altro che sciocco e ben consigliato dai servizi segreti italiani, declinò la proposta.
È sorprendente notare come i servizi segreti, incaricati di mantenere l'ordine, abbiano spesso preferito i criminali comuni a coloro che, mossi da ideali e dal desiderio di rendere la società più giusta, intendevano trasformarla; ciò è accaduto sia in Italia che in Francia, e più nello specifico in Corsica : si pensi, ad esempio, ai legami di Charles Pasqua con la criminalità organizzata corsa, nonché all'avversione nutrita dall'allora Ministro dell'Interno nei confronti dei sostenitori dell'autonomia politica dell'isola.
Per quanto riguarda la vicenda di un altro celebre fuorilegge italiano, originario di un'isola, si veda il film che Francesco Rosi dedicò nel 1962 a Salvatore Giuliano, figura siciliana tanto complessa quanto paradossale.
Capitolo Quattro. L’epoca non è più all’ « épochè » (parentesi introspettiva).
Giovedì mattina, al risveglio, Eugène avrebbe potuto proseguire la scoperta della Puglia : magari facendo un’escursione sul Gargano, alla volta dei borghi di Peschici e Vieste, del santuario di Monte Sant’Angelo o di San Giovanni Rotondo, la città di Padre Pio; oppure avrebbe potuto raggiungere l’arcipelago delle Tremiti, a nord del promontorio. Avrebbe potuto visitare Foggia, o ancora Castel del Monte, il monumento che fece erigere Federico II di Svevia nel XIII° secolo – sia per sfidare Papa Gregorio IX, che lo aveva scomunicato prima della sesta crociata (quella del 1228), impedendogli di combattere in nome dei cristiani, sia per rivaleggiare con le sontuose cattedrali romaniche della costa... Avrebbe potuto spingersi nel Salento, tornare a Lecce – la capitale del barocco, già visitata nel 2009 – e ammirarne i capolavori : la Basilica di Santa Croce, opera dell’architetto Gabriele Riccardi (1487-1580), sebbene la parte superiore e il rosone si debbano a Giuseppe Zimballo (1620-1710), autore anche del rifacimento del Duomo di Lecce e della costruzione delle chiese di San Giovanni Battista e del Rosario... e magari degustare i vini ricavati da vitigni autoctoni, come il Negroamaro, il Susumaniello, la Malvasia nera o l’Aleatico... Aveva anche un gran desiderio di visitare i borghi della Valle d’Itria – Alberobello con i suoi trulli, la "città bianca" di Ostuni, Locorotondo o Martina Franca – ma, in ogni caso, non aveva a disposizione un’auto.
Decise dunque di concedersi una giornata di riposo, rimanendo a Bari. Doveva trovare un regalo per suo nipote e si accorse che il vento, che aveva soffiato forte nei giorni precedenti, era calato : forse era proprio una bella giornata per andare a fare il bagno nel mare Adriatico.
Si era già orientato verso il centro commerciale Mongolfiera di Japigia, dove si recò canticchiando – ora Here’s to you, l’omaggio agli anarchici Nicola Sacco e Bartolomeo Vanzetti (cantata da Joan Baez su musica di Ennio Morricone per il film Sacco e Vanzetti di Giuliano Montaldo del 1971), ora qualche motivo di tarantella pugliese, ballante e coinvolgente tanto quanto quella napoletana. Lì trovò un negozio di articoli sportivi, che raggiunse dopo aver abilmente schivato alcuni venditori ambulanti che cercavano di rifilargli prodotti di cui non aveva alcun bisogno; poté così riprendere fiato, osservando la vetrina e interrogandosi su cosa scegliere. Optò per la divisa completa – maglia, pantaloncini e calzettoni – della squadra locale, l’SSC Bari, pur nutrendo qualche scrupolo : non rischiava forse di viziare il nipote, contribuendo – più del dovuto e con troppo anticipo – a farlo cadere nella trappola del consumismo ? Non sarebbe stato più saggio regalargli un libro, magari un testo impegnativo che lo costringesse a un po’ di sforzo, aiutandolo così a essere, come si suol dire, "più avanti della sua età" nel percorso scolastico ? Certo, sarebbe stato più saggio, anche se avrebbe fatto apparire lui, Eugène, come uno zio brontolone : la scelta della maglia era forse un po' facile e demagogica, ma d'altro canto il nipote era bravo a calcio, la cosa lo appassionava ed era dotato; giocava ancora per puro piacere, senza tirarsi indietro di fronte alla fatica o al rischio di farsi male. Inoltre, per quanto ne sapesse Eugène, il ragazzo non aveva lacune scolastiche e non si lasciava affatto andare : si era dunque meritato un premio. La giovane commessa aiutò Eugène a scegliere una taglia un po' più grande, gli fece un prezzo di favore e preparò un bel pacchetto. Quanto a Eugène, sebbene avesse avuto voglia di regalarsi a sua volta una maglia, preferì prendersi ancora un po' di tempo per riflettere.
Si recò poi al supermercato per fare la spesa in vista di un sontuoso picnic sulla spiaggia, di fronte al mare, lontano da tutti gli stronzi (e ce n'erano davvero tanti !), dai saccenti che amano dare lezioni e dai pedanti accademici : scelse salumeria – salame di Milano, mortadella di Bologna, ventresca piccante –, una porzione di focaccia all'origano e una di pizza ai funghi, pane, formaggi locali come scamorza e caciocavallo, uva bianca; trovò persino delle pere Abate, che in Francia gli riusciva sempre difficilissimo reperire.
Passò poi al reparto cartoleria, dove prese delle buste, e scoprì lo spazio dedicato alle caffettiere Bialetti : quelle classiche "moka" che trovava bellissime, nella loro semplicità persino più affascinanti delle macchine da caffè elettriche o dei percolatori più sofisticati. Scattò anche una foto agli oliere in acciaio inox, oggetti dal design studiato che proteggevano l'olio d'oliva meglio del semplice vetro trasparente.
Infine, pagò e si diresse verso la spiaggia, costeggiando orti operai, fichi d'India e ulivi di dimensioni imponenti, nel bel mezzo di quel paesaggio urbano, tra i palazzi residenziali che gli ricordavano i film degli anni Sessanta, tipici dell'Italia del boom economico : palazzi nuovi, costruiti alla periferia delle grandi città come Roma, che si affacciavano – dall'altra parte della strada – su un campo incolto, un terreno abbandonato...
Era evidente che Bari stava attraversando una profonda riqualificazione urbana : i lavori di espansione della città continuavano a sottrarre spazio alla natura incontaminata, un po' come accadeva nelle periferie americane, sorte dal nulla in tempi record. Dalle conversazioni avute con alcuni abitanti del luogo, Eugène aveva compreso che non riconoscevano più la propria città; sentivano che una parte della loro identità stava svanendo sotto il peso di quei lavori incessanti, rumorosi e devastanti.
Sulla spiaggia incontrò degli operai intenti a eseguire lavori di riqualificazione; non gli prestarono la minima attenzione. Eugène pensò che, forse, le autorità avessero intenzione di rendere l'accesso a pagamento per l'estate successiva. Per il momento, la spiaggia era quasi deserta e il vento era finalmente calato, sebbene le onde che si infrangevano sulla riva fossero enormi, tanto da ricordare quelle dell'Atlantico. Sulla sabbia, la linea lasciata dalla risacca disegnava forme ondulate, purtroppo deturpate da rifiuti di plastica. Eugène si ricordò di quel passaggio del film di Ettore Scola, Dramma della gelosia (1970), in cui il personaggio interpretato da Marcello Mastroianni – giunto su una spiaggia nei dintorni di Roma per fare l'amore con Monica Vitti – non può fare a meno di esclamare : "In Italia abbiamo le spiagge più sporche del mondo ! È una schifezza !". Una tirata che, nelle intenzioni del regista e degli sceneggiatori, funge da metafora della condizione sociale del Paese e della disillusione di quei personaggi che sognavano un mondo migliore.
Ciononostante, e pur non disponendo di scarpette da scoglio, Eugène non rinunciò al suo proposito di fare il bagno. Si spogliò, tolse l'orologio, rimase solo in costume da bagno e si incamminò lungo uno dei "pontili" – strutture attrezzate con scalette d'accesso, indispensabili su questa spiaggia di Torre Quetta, composta da rocce, ciottoli e lastre di cemento scivolose – per poi tuffarsi tra le onde, sebbene l'acqua non fosse di una purezza cristallina. Nuotò per qualche istante, ma uscì piuttosto in fretta, dato che l'acqua era comunque fresca. La temperatura esterna, invece, era gradevole per la stagione, grazie all'assenza di vento. Si asciugò e, avvolto nel telo da bagno, diede inizio al suo picnic con un piacere che non cercò affatto di nascondere. Come si stava bene, lì ! Com'era bella quella spiaggia, sotto il sole del sud, con in lontananza – quasi come un miraggio – la sagoma degli edifici di Bari e del lungomare ! E verso sud : che città sarebbe stata ? Torre a Mare ? Poco importa. Al largo, c’erano navi portacontainer che sembravano non avanzare, quasi una metafora della crisi dei prezzi dell’energia – legata alla situazione nello stretto di Hormuz – che non riusciva a trovare una soluzione.
Infine, dopo quel bel pasto, decise di tornare in albergo, un vero rifugio di pace e serenità, intriso di spiritualità religiosa : non solo aveva dei libri da leggere e la giornata successiva da preparare, ma doveva anche verificare che il regalo per suo nipote entrasse bene in valigia, senza che il pacchetto si stropicciasse troppo. Raccolse alcune spugne di mare, che profumavano intensamente di salsedine, da portare via come ricordo – un ricordo di cui avrebbe un gran bisogno una volta rientrato a Parigi.
Capitolo Cinque. Dove si parla di oleandri e di una cattedrale emersa dai flutti.
Venerdì, Eugène si svegliò con la ferma intenzione di visitare le città costiere a nord, situate tra Bari e il promontorio del Gargano; tuttavia, doveva fare una scelta, poiché sapeva bene che non avrebbe potuto visitare in un solo giorno Molfetta (porto di pescatori con un mercato ittico e chiese che custodiscono alcune opere del maestro locale del rococò, Corrado Giaquinto : la Madonna del Rosario (1739) nella chiesa di San Domenico, la Madonna del Carmine con l'arcangelo Raffaele e Tobia (1740) nella chiesa di Santo Stefano e l'Assunzione (1753) nella cattedrale di Santa Maria dell'Assunta), Bisceglie (città medievale fondata nell'XI° secolo dal Normanno Roberto il Guiscardo, le cui mura di cinta furono edificate nel 1490 dagli Aragonesi; tra i suoi ospiti illustri figura Lucrezia Borgia, che ne fu duchessa, e vi si stabilirono numerosi Carbonari che avevano chiesto una Costituzione al re delle Due Sicilie, Ferdinando I; a Bisceglie, all'inizio del XX° secolo, sono stati inoltre scoperti dei dolmen) e Trani.
Per questo motivo si alzò presto, intenzionato a prendere l'autobus alla fermata situata davanti all'ingresso dell'albergo. Il primo bus ad arrivare non fu il 12/ (dodici sbarrato), diretto alla stazione centrale, bensì il 2/ (due sbarrato), che serviva la zona di Bari Vecchia e corso Vittorio Emanuele. Lo prese comunque, ricordando di voler andare a vedere anche il vecchio stadio – a cui gli abitanti di Bari erano molto legati e di cui gli aveva parlato il suo barbiere – che non era stato demolito nonostante la costruzione di un nuovo impianto in occasione dei Mondiali del 1990 : l' « astronave » progettata da Renzo Piano e battezzata San Nicola. Dovette cambiare autobus; una volta fatto, passò davanti al porto e trovò la fermata giusta, vicino al viale Vittorio Emanuele Orlando, mentre ripeteva tra sé e sé : « un sentimento che cresce piano, piano... ».
Dovette camminare un po', il che gli permise di ammirare i platani che costeggiavano quella grande arteria periferica; poi scoprì l'arena, quasi intatta – se si esclude la torre Maratona, che era stata demolita – situata in una zona industriale dove fabbriche dismesse si alternavano a terreni incolti e costruzioni più recenti. Le mura perimetrali dello stadio ospitavano ormai un museo dello sport e, nelle vicinanze, erano stati realizzati altri campi di gioco e il stadio del nuoto.
Eugène fece il giro della struttura, cercando di scattare qualche fotografia dall'esterno e immaginando quale potessero essere state l'atmosfera e il fervore dei tempi d'oro, specialmente durante i derby pugliesi tra il Bari e il Lecce, o magari nelle partite contro il Potenza. Non ebbe modo di vedere l'interno, ma per quello c'erano pur sempre le immagini d'archivio...
Tornò sui propri passi, assorto nei suoi pensieri. Poiché la fermata dell'autobus per il ritorno non era facile da trovare, fu necessario camminare un po'; il percorso lo portò a passare davanti all'edificio della Guardia di Finanza, il che suscitò in lui una ostilità certa : più che un corpo d'élite incaricato di combattere la criminalità dei "colletti bianchi", vi vide soprattutto dei tranquilli funzionari, avvolti in uniformi che valorizzavano la figura, al volante di Fiat Panda che avevano ormai perso gran parte del loro splendore (3). Finalmente arrivò l'autobus e Eugène poté raggiungere il centro.
Si diresse verso la stazione e scelse di recarsi a Trani, la città del tufo calcareo bianco-rosato. Non ne rimase deluso. Appena uscito dalla stazione, colse l'influenza spagnola nell'architettura del centro cittadino (si distinguono solitamente due periodi : la dominazione degli Asburgo di Spagna, dal 1504 al 1707, e quella dei Borbone di Spagna, dal 1737 al 1860). Fu incantato nello scoprire degli oleandri che, lungi dall'essere semplici arbusti, avevano ormai le dimensioni di veri e propri alberi, i quali ornavano le vie principali.
Continuò a cercare cartoline, scattando al contempo numerose fotografie, e fece tappa in un giardino pubblico dove svettava una statua dedicata a un illustre letterato della città, Giovanni Bovio; questo scrittore dell'Ottocento aveva dedicato a Trani un componimento in cui paragonava i due moli del porto a due braccia che stringono una civiltà. Proseguì la passeggiata, fece tappa in un caffè dove, per errore, al posto del suo solito espresso ristretto gli servirono un cappuccino, e si accorse che la cosa gli piaceva; poi, scoprì l'orto botanico, situato in riva al mare, che offriva una vista mozzafiato sia sullo specchio d'acqua che sul vicino porto. In lontananza, si poteva scorgere – come un'ombra di un blu intermedio tra quello del mare e quello del cielo – la sagoma dei monti del Gargano. Dopo essersi concesso una pausa e aver ammirato le specie vegetali rare del giardino, si diresse verso il porto in cerca di un ristorante. Non si fermò al primo, il cui menu era peraltro allettante, bensì al quarto o al quinto : a convincerlo fu la possibilità di assaggiare gli "spaghetti all'assassina", che avevano già stuzzicato il suo interesse a Matera. Aggiunse un menu turistico a buon mercato, che gli permise di gustare un'insalata di polpo, delle casarecce ai frutti di mare, un fritto misto di gran freschezza, il tutto accompagnato di una birra siciliana.
Come dessert, gli fu servito un delizioso sorbetto al limoncello.
Rinvigorito da questo ottimo pasto, Eugène riprese con rinnovato slancio la ricerca delle sue cartoline. Si imbatté così nella biblioteca comunale, dove si aggiornò sulle notizie sportive del giorno – peraltro poco rallegranti – e ammirò la disposizione dei volumi nello spazio dedicato alla "narrativa". Tornato in strada, scoprì l'ufficio postale, dove apprese che era ormai troppo tardi per spedire la corrispondenza prima del fine settimana : le lettere e le cartoline partirebbero solo il lunedì successivo; aveva dunque due giorni in più per scriverle.
Si prese quindi il tempo di passeggiare per il centro storico, scoprendo la chiesa di Ognissanti, la cattedrale – vicinissima al mare – e il molo, contro cui si infrangevano onde impetuose. Visitò poi il castello svevo, dimora prediletta di Manfred, figlio di Federico II (da cui prese il nome la città di Manfredonia, situata sul promontorio del Gargano).
Apprezzò in modo particolare il quartiere ebraico, che si sviluppava attorno alla sinagoga "Scola Grande" – divenuta in seguito la chiesa di San Quirico e Giovita, poi quella di Sant'Anna – e alla sinagoga "Scola Nova". Scoprì inoltre la via Leopardi, dove era steso il bucato ad asciugare, e la Porta Dorata, nota anche come Porta Antica.
Infine, ripercorse i propri passi per fare ritorno a Bari. Il tardo pomeriggio era mite e, dal finestrino del treno, poté ammirare distese di ulivi a perdita d'occhio; gli parve persino di scorgere dei "trulli", sebbene sapesse che tali costruzioni sono tipiche della Valle d'Itria, nei dintorni di Alberobello. Ciò rendeva meno necessario un viaggio in quella zona della Puglia; optò quindi per Polignano a Mare.
Per concludere la giornata, aveva un problema spinoso da risolvere : avendo trovato in un supermercato una selezione di almeno sei bottiglie di vini tipici della regione, si chiese come fare per spedirle in Francia. Una volta rientrato a Bari, pose la questione in un ufficio postale; gli fu risposto che le poste italiane non vendevano cartoni da sei bottiglie. Tale risposta, a prima vista deludente, in realtà risolveva il problema : potrebbe portare in Francia una sola bottiglia, quella che entrerebbe in valigia.
Restava soltanto da stabilire quale.
(3) Nei film di genere degli anni Settanta, e in particolare nei "poliziotteschi" – l'equivalente cinematografico dei "gialli" –, come ad esempio "Milano odia : la polizia non può sparare" (1974), di Umberto Lenzi, i sbirri sono dotati di Alfa Romeo Giulia potenziate e dalla carrozzeria curata.
Capitolo Sei. Dove la « Grande Blu » annega nel cattivo gusto.
Il sabato fu dunque il giorno scelto per visitare Polignano a Mare. Eugène era pressato da un’urgenza : doveva assolutamente riuscire a trovare le cartoline che gli mancavano per completare la sua corrispondenza. Nutriva un presentimento piuttosto negativo, dato che a Trani aveva fatto un buco nell’acqua e anche il giorno precedente non aveva avuto maggior fortuna; era come se le cartoline fossero diventate oggetti rari, soppiantati nei negozi di souvenir da ogni sorta di chincaglieria kitsch e bizzarra.
Ciononostante, non volle avere fretta e, al mattino, dopo le ormai rituali compere al centro commerciale, che gli avevano permesso di scoprire un sistema ingegnoso — inedito e per lui sconosciuto in Francia — per lasciare la propria borsa o il carrello all'ingresso senza correre il rischio che glieli rubassero, tornò in riva al mare, su quella spiaggia di Torre Quetta che gli era diventata familiare; forse perché non si stancava mai di passeggiare tra i grandi complessi residenziali, in mezzo ai quali poteva ammirare maestosi ulivi e fichi d’India che ornavano gli orti operai. Certo, nel centro di Bari c’erano luoghi di interesse culturale che avrebbero meritato la sua attenzione, e forse persino una visita, come la pinacoteca o la camera di commercio, dove una mostra dedicata a Picasso era allestita; tuttavia, era un po’ stanco di quell’inquadramento quasi militare che caratterizza il turismo commerciale, così come delle telecamere di videosorveglianza che proliferavano ovunque – negli spazi pubblici come nelle proprietà private – a testimonianza di una nevrosi paranoica, tanto negli abitanti quanto negli amministratori comunali... una nevrosi paranoica che, peraltro, non impediva al governo Meloni di stabilire record di longevità, né consentiva di registrare successi incontestabili nella lotta contro la criminalità organizzata e la variante locale della mafia, la Sacra Corona Unita...
Non c’entra nulla ? Addirittura...
L'aria di mare, la vista sull'orizzonte, le onde che si infrangevano sulla riva gli riempivano i polmoni di un ossigeno vivificante; un’aria che gli richiamava alla mente tanto le passeggiate sulla Riva degli Schiavoni a Venezia, quanto quelle lungo le sponde dei grandi laghi del nord – il Garda, con la Sirmione di Catullo e il Vittoriale degli Italiani di d’Annunzio, il Lago Maggiore con la vista sulle Isole Borromee, visibili da Stresa o dal treno notturno "Stendhal" (quando ancora esisteva, offrendo un lusso e un fascino paragonabili a quelli del Simplon-Orient Express)... Eugène ricordava ancora la scoperta del porto di Genova, i tramonti dietro la Lanterna e, soprattutto, la vista sui tetti della città dal belvedere Luigi Montaldo (noto anche come "spianata Castelletto"); oppure, più di recente, la sua passeggiata lungo il camminamento che circonda il centro storico di Bari Vecchia...
Ormai era deciso : aveva rinunciato ad Alberobello e alla Valle d'Itria; tra due giorni dovrebbe ripartire in aereo per Parigi, così decise di trascorrere il pomeriggio facendo un salto a Polignano a Mare. Rientrò in albergo, lasciò gli acquisti, mise qualche oggetto nello zaino e si incamminò verso la stazione di Bari Centrale per prendere un treno.
Il vagone era affollatissimo di turisti. Quando scese sulla banchina della stazione di Polignano, il suo stato d'animo era ben diverso da quello che aveva provato scoprendo Trani, ma decise di fare buon viso a cattivo gioco. D'altronde, trovò abbastanza in fretta delle cartoline. Anche lì, come a Matera, c'era una sorta di flusso di persone che rendeva impossibile sbagliare strada per raggiungere il centro della città; Erano piuttosto i passi di lato a risultare difficili, in quell'occasione. Così, dato che quella era la specialità della casa, accettò – seppur di malavoglia – di assaggiare il "caffè speciale", il cui ideatore si vantava di essere stato amico del cantante Mimmo Modugno, la cui statua adornava la piazza centrale della sua città natale. Eugène non poté fare a meno di ridacchiare con aria maligna nel vedere e sentire un gruppo di turisti della terza età intonare il ritornello di Volare : era l'apice del cattivo gusto e del kitsch. Tra sé e sé, borbottò : "E io, che sono, amico del Papa, forse ?"
Per sfogare il suo malumore, pagò un gelato con una banconota da 50 euro, costringendo il commerciante a dargli il resto su quel taglio piuttosto grosso – o meglio, relativamente grosso : non si trattava certo di una di quelle banconote da 200 o 500 euro usate dagli specialisti dei traffici illeciti o del riciclaggio di denaro sporco. D'altronde, ne aveva abbastanza di essere costretto a utilizzare mezzi di pagamento che non aveva scelto : possedeva un libretto di assegni che non aveva praticamente mai occasione di usare, visto che quasi nessuno li accettava più; i pagamenti "contactless" erano ormai la norma, e vedeva persino alcuni suoi coetanei pagare con il telefonino... La cosa lo faceva infuriare : quest'obbligo di conformarsi, di adattarsi a una modernità mercantile, non gli andava affatto a genio. Poco male che "il cliente [non sia più] re", ma non provava alcuna simpatia per i commercianti, che considerava, indistintamente, come spiriti ottusi, di vedute limitate, chiusi a qualsiasi forma d'arte o elevazione spirituale...
E gli era rimasto ancora un peso sullo stomaco per l'incidente causato dalla sua banca, che gli aveva impedito di noleggiare un'auto all'arrivo in aeroporto per tutta la durata del soggiorno. Doveva ammettere, però, che quell'episodio non aveva avuto solo risvolti negativi; anzi, da un male era nato un bene : non era affatto certo che, con un'auto a noleggio, avrebbe potuto visitare più luoghi di interesse culturale o turistico, visto che il traffico – infernale tanto quanto quello di Parigi – e lo stile di guida degli italiani (nevrotico, estroso e altrettanto incurante delle regole del codice stradale di come lo ricordava) rendevano gli spostamenti un'impresa... Tutto ciò gli faceva venire voglia di andare in Svezia, per ripercorrere le tappe fondamentali della carriera teatrale e cinematografica di Ingmar Bergman : ah, l'isola di Fårö ! E la spiaggia rocciosa di Hovs Hallar, nell'omonima riserva naturale sulla penisola di Bjäre, dove Bergman girò la celebre scena della partita a scacchi tra il cavaliere e la Morte nel suo film Il settimo sigillo (1957) ! Esistono ancora angoli remoti, incontaminati da ogni "civiltà", dove sia possibile ammirare in tutta calma lo spettacolo grandioso della Natura, lontano dai propri simili, dalle loro turpitudini e dalle loro meschine piccinerie ?
Ed Eugène, con gli occhi socchiusi e un sorriso malevolo, ripeteva a se stesso la tirata di Alceste nella prima scena del primo atto de Il misantropo :
I miei occhi son troppo offesi; e la corte e la città
non m'offrono nulla che non mi faccia andare in bile;
m'assale un umore nero, un profondo dolore,
nel vedere come gli uomini vivono tra loro;
Ovunque non trovo che vile adulazione,
ingiustizia, interesse, tradimento, inganno;
non ne posso più, vado su tutte le furie, e il mio proposito
è di dichiarare guerra aperta all'intero genere umano.
Il Misantropo, Att. I, sc.1.
Diede appena un’occhiata alla caletta e alla spiaggia di sabbia fine nel centro di Polignano, Lama Monachile, invasa dai turisti. Sapeva bene che il vero lusso, la calma e il piacere si trovavano altrove : le insenature e le grotte marine più incantevoli di Polignano – come la Grotta Azzurra, la Grotta Palazzese o la Grotta delle Rondinelle – erano, se non del tutto privatizzate, quantomeno un po’ più distanti.
Decise così di rientrare a Bari senza indugio; ne aveva visto abbastanza. A stento se fu commosso, sulla piazza centrale di Polignano da una palma che non era una palma nana – la Chamaerops humilis, comunemente nota come palma di San Pietro – né di una palma delle Canarie (Phoenix canariensis), bensì di un esemplare imponente, dal tronco slanciato e molto alto, coronato da foglie a ventaglio; una varietà un po’ più rara, la Washingtonia robusta, nota nel linguaggio comune come palma del Messico.
Tornò al centro commerciale Mongolfiera, nel quartiere Japigia. Era fermamente intenzionato ad acquistare quella maglia per la quale si era concesso un po’ di tempo per riflettere – una sorta di consolazione e conforto, ma anche, e soprattutto, perché la trovava bellissima nella sua semplicità « d’altri tempi ».
Ahimè ! Giunto in negozio, ritrovò la maglia, sempre così bella, ma il commesso lo informò che il prezzo non era più di 40 euro, come due giorni prima, bensì di 60. Eugène si guardò bene dal protestare, contestare o recriminare; decise semplicemente di rinunciare a una spesa che non era più di suo gradimento. Al suo posto, acquistò due portachiavi e una toppa in tessuto, che potrebbe sempre cucire su una polo qualora ne avesse ancora voglia – il che offriva, tra l’altro, il vantaggio di dedicarsi a un’attività manuale quanto mai gratificante.
In fin dei conti, non era poi così scontento della sua giornata. Gli restava ora da sbrigare la corrispondenza, scrivere le cartoline e affrancarle, prima di spedirle lunedì mattina.
Capitolo Sette. Quando la grande musica scaccia le domeniche della vita.
La domenica, il giorno del Signore, era per lui un giorno importante, anche se non gli importava nulla della messa né dei festeggiamenti che si stavano preparando nel suo albergo – una struttura dedicata al riposo ma anche alla spiritualità di ispirazione religiosa, che portava, vale la pena ricordarlo, il nome di San Francesco d’Assisi. Il suo soggiorno stava ormai per concludersi e gli restavano ancora un paio di piccole cose da sbrigare a Bari, il che richiedeva necessariamente che lasciasse l’albergo.
Voleva recarsi allo stadio San Nicola per assistere alla partita domenicale tra la squadra di Bari e quella di Crotone – un incontro di un campionato minore, certo, ma che gli permetterebbe di scoprire uno stadio moderno, quasi futuristico, conforme agli standard internazionali. Eppure, non era questo l’aspetto più rilevante : ciò che lo attirava maggiormente era la prospettiva di assistere a una partita « come ai bei vecchi tempi », prima che la deregolamentazione ultraliberista e le emittenti televisive frammentassero gli incontri nell’arco di quattro giorni, con orari a dir poco stravaganti. Si trattava di una partita il cui calcio d’inizio era previsto per le 15:00 di una domenica pomeriggio, sotto il sole ardente e implacabile della Puglia. Per riuscirci, doveva lasciare la valigia in un deposito bagagli vicino alla stazione, dato che quello interno alla stazione stessa rimaneva chiuso la domenica; il servizio, ovviamente, era a pagamento e lo costringeva a una certa fretta : doveva lavarsi, fare la ginnastica mattutina, radersi con cura e sistemarsi a puntino, per poi chiudere il bagaglio, liberare la camera entro l’orario concordato e prendere uno dei pochi autobus in circolazione la domenica. Questo sistema del deposito bagagli non era gratuito, ma gli consentiva di muoversi liberamente, senza dover trascinare la valigia, in attesa dell'orario del "check-in" nel secondo albergo che aveva prenotato, anch'esso situato lontano dal centro, nei pressi dell'aeroporto.
La sua seconda idea, nata il giorno prima mentre sonnecchiava sull'autobus di ritorno dall'estenuante visita a Polignano a Mare, era quella di assistere a una rappresentazione d’Il Trovatore di Verdi in uno dei teatri cittadini, in occasione dell'inaugurazione della stagione lirica. Alla sua grande sorpresa – e a differenza di quanto accade nei prestigiosi teatri del nord, come la Scala di Milano (4) – per quella prima non erano ancora stati venduti tutti i biglietti. Aveva quindi buone possibilità, a patto di muoversi con tempismo : il sistema di prenotazione online, infatti, come al solito non funzionava. D'altronde, aveva capito che conveniva non acquistare il biglietto con troppo anticipo, per evitare di sprecare denaro : in caso di imprevisti, ad esempio con i trasporti, ottenere un rimborso sarebbe stato estremamente complicato.
In un primo tempo, dopo aver lasciato la valigia al deposito bagagli, si mise alla ricerca di un ristorante per il sacro-santo pranzo della domenica, che il sole splendente invitava a godersi senza riserve. Non voleva uno dei soliti ristoranti per turisti, di cui le vie del centro erano piene; d'altro canto, non poteva permettersi di cercare un locale elegante fuori città. Fu quindi quasi per caso che trovò ciò che cercava : un ristorante a gestione familiare, situato in una via secondaria del centro. Pur non avendo una prenotazione, fu accolto dal titolare con grande naturalezza; il gestore gli assegnò persino un tavolo in una posizione ideale, con vista sull'intera sala e sul giardino interno. Il menu non era da meno : proponeva un "apristomaco" di antipasti vari, primi piatti di terra o di mare (lui scelse le orecchiette alla Martinese), secondi altrettanto invitanti (optò per il "rollé" all'Alberobellese) e, per dessert, una torta meringata al bergamotto e limone. Ordinò un calice di Susumaniello, un vino rosso che desiderava assaggiare, non potendone portare una bottiglia in Francia - aveva infatti già scelto una bottiglia di Negroamaro del Salento. La sensazione dei tannini, sottili ma persistenti, unita a una buona persistenza gustativa, gli confermò che non si era sbagliato : non si trattava di una trattoria qualunque, bensì di un locale di buon livello, perfetto per un pranzo domenicale. Ebbe inoltre il piacere di ascoltare, in sottofondo, un brano di uno dei suoi cantautori preferiti, Fabrizio De André : Don Raffaè, il cui testo – dall'ironia tagliente e pungente, ben lontano dalle sdolcinatezze popolari di Volare – era accompagnato da una melodia trascinante ed energica.
La giornata era iniziata bene, e lui uscì dal ristorante con il cuore leggero e l'animo in festa. Il seguito fu però un po' più contrariante : l'autobus che avrebbe dovuto portarlo allo stadio San Nicola per la partita di calcio domenicale non arrivò mai. Dovette dunque rinunciare all'uscita, rassegnandosi a conoscere quello stadio ultramoderno solo indirettamente, da foto trovate su internet. Ciò nonostante, non aveva alcuna intenzione di tornare subito in albergo.
Essendo il suo ultimo giorno, decise di concedersi una penultima passeggiata nel centro di Bari. Diversi negozi erano aperti, tra cui la libreria Feltrinelli : un’ennesima conferma di come la deregolamentazione ultraliberista avesse avuto la meglio sulle tradizioni dell’Italia patriarcale e cattolica in generale, e sul riposo domenicale in particolare. Fece un salto in libreria, dove un’intera sezione era dedicata a volumi che, più o meno direttamente, avevano a che fare con l’Odissea di Omero. L’Odissea di Omero : il viaggio di ritorno attraverso il Mediterraneo verso la terra natia, dopo aver combattuto sotto le mura di Troia in nome di una solidarietà... come dire ? Non si trattava di una solidarietà « nazionale » – dato che il concetto di Stato-nazione era ignoto ai Greci –, bensì di un legame tra città-stato; una sorta di embrione di quello Stato che, molto più tardi, in epoca contemporanea, stava per diventare la Grecia moderna – quella che conosciamo, difesa da Lord Byron a Missolungi. Un viaggio popolato di creature, sirene, maghe come Circe, ninfe come Calipso, principesse come Nausicaa... Il ritorno in patria, per ricongiungersi alla sposa fedele che lo attende pazientemente da vent’anni; il ritorno verso la terra dei primi giochi, delle prime emozioni, dei primi vagiti, verso i paesaggi dell’infanzia e dell’adolescenza...
Eugène si diresse poi verso il lungomare, incrociando lungo il cammino altri ristoranti dove famiglie italiane, insieme a diversi turisti, si dedicavano al rito del pranzo domenicale. Nell’aria aleggiava un senso di noia – una noia metafisica, una noia domenicale che pareva esistere da sempre. Eugène canticchiava La France a ses dimanches, una canzone dei Négresses Vertes, un gruppo della sua giovinezza; ripensava alla noia delle domeniche inglesi, ai soggiorni linguistici della sua adolescenza, alle interminabili partite di cricket e all'incomprensibile passione degli inglesi – ma anche degli indiani e dei pakistani – per questo sport.
Gli vennero in mente, curiosamente, La donna della domenica (1975), il film di Comencini tratto dal romanzo di Fruttero e Lucentini, e Dillinger è morto (1969), questa volta un film di Marco Ferreri; per associazione di idee, pensò a Non toccare la donna bianca (1974), sempre del stesso Marco Ferreri, e poi ai negri di Francia, alla correzione politica, alle domeniche elettorali... Presto, in Francia, ci sarebbero di nuovo le elezioni presidenziali, che vedrebbero contrappostare i candidati alla successione del presidente Micron : la "dolmen di plastica" bretone, Edoardo il pigro, Judas Attalian, il Chavez francese, il bobo della sinistra caviale, il comunista preferito della destra, eccetera...
Sul lungomare non c'era molto vento e il mare era calmo. Due "intellettuali" facevano i pagliacci su una moto d'acqua, in un modo tipicamente italiano : non con discrezione, lontano dagli sguardi della folla, bensì sotto gli occhi di tutti, come se volessero dare spettacolo; erano orgogliosi di sprecare carburante in modo del tutto inutile, facendo i buffoni – o, per meglio dire, gli "spreconi" – in sella al loro mezzo rombante.
A quel punto, Eugène decise di tornare in albergo, perché desiderava davvero assistere allo spettacolo d'opera previsto per quella stessa sera, in quel teatro che aveva fotografato da ogni angolazione. Recuperò la valigia al deposito bagagli e prese un treno per scendere alla stazione di Bari Palese Macchie, situata molto vicino al bed and breakfast che aveva prenotato. Il quartiere era tranquillo, residenziale e quasi silenzioso. Dopo aver suonato senza ricevere risposta, cominciò a temere che ci fosse qualcosa che non andava; tuttavia, al secondo tentativo, il gestore venne ad aprirgli e, dopo una cordiale stretta di mano, gli indicò la strada per raggiungere l'appartamento e, nello specifico, la sua camera.
Sebbene non fosse un tipo particolarmente estroverso, il suo ospite non era nemmeno chiuso; la conversazione poté così avviarsi quando Eugène gli fece capire di voler comunicare in italiano. Espresse chiaramente l'intenzione di recarsi a teatro quella stessa sera, in occasione dell'inaugurazione della stagione lirica al Petruzzelli di Bari; aveva quindi bisogno di fare una doccia e cambiarsi. Spiegò inoltre al suo ospite di non avere ancora il biglietto – la sua ultima speranza era di riuscire a trovarlo in loco, presso la biglietteria del teatro – e chiese consiglio su come spostarsi. Come prevedibile, l'ospite gli spiegò che poteva scegliere tra autobus e treno – dato che sia la fermata del primo che la stazione del secondo si trovavano nelle vicinanze – e convenne che sarebbe stato davvero un peccato perdersi uno spettacolo a teatro per una banale questione di trasporti. Quanto al rientro, se non dovesse riuscire a salire su l'ultimo treno della notte, avrebbe sempre potuto prendere un taxi, no ?
Si fece una doccia veloce, indossò una camicia pulita e un altro paio di pantaloni, e scelse una cravatta – non riusciva a immaginare di andare a teatro senza – prima di mettersi la giacca. Si guardò allo specchio : sembrava a posto. Prese le chiavi, si ricordò di portare un libro e scese al piano di sotto ad aspettare l'autobus alla fermata proprio sotto la sua finestra. Quando arrivò, era quasi vuoto, ed Eugene poté accomodarsi comodamente, anche se preferiva guardare il tramonto piuttosto che leggere il suo libro. Arrivato in centro, in Corso Vittorio Emanuele, notò un edificio di fronte al Teatro Piccinni che si promise di esaminare più da vicino se non fosse riuscito a trovare un biglietto per l'opera. L'autobus lo lasciò vicino al Teatro Petruzzelli, ed Eugene, colpito dalla sua architettura, lo fotografò di nuovo, illuminato nel cuore della notte. Il "botteghino" avrebbe dovuto chiudere alle 13:00; tuttavia, avvicinandosi, notò che era ancora aperto e riuscì facilmente ad acquistare un biglietto a un prezzo ragionevole per lo spettacolo della stessa sera. Aveva un'ora e mezza prima dell'inizio, il che gli permise di passeggiare e ammirare l'edificio in Corso Vittorio Emanuele che lo aveva incuriosito con la parola "connubio". Si trattava, infatti, di un albergo di lusso, e "connubio" era il nome del ristorante, dove si potevano gustare altre specialità locali preparate con maestria, oppure un club sandwich con un calice di vino. Lusso, pace e piacere, ma questo dovrebbe aspettare la fine dello spettacolo.
Tornò al teatro, la cui facciata era ornata da busti di Giuseppe Verdi, Vincenzo Bellini e Gioacchino Rossini in nicchie, e sormontata da un gruppo scultoreo raffigurante Apollo che incorona la musica. Il foyer, di un bianco splendente, era decorato al centro con un affresco sul soffitto intitolato Musica, Danza e Poesia, sopravvissuto all'incendio del 1991. Suo posto essendo al sesto piano, che in Francia si chiama "poulailler" (pollaio) e in Italia "loggione", sopra la fossa dell'orchestra, la platea e i cinque ordini di palchi, salì rapidamente le scale per ammirare la sala all'italiana e i suoi drappeggi rossi prima che iniziasse lo spettacolo. La rappresentazione iniziò ed Eugène poté udire le famose arie di quest'opera : "Di quella pira", "Stride la vampa", "Ah ! "Sì, ben mio", "Il balen del suo sorriso" (che non gli piaceva), "Tacea la notte placida", concludendo con il "Miserere" del quarto atto. Appassionato di musica piuttosto incompleto, Eugène riconobbe solo il coro delle incudini, il "Vedi ! Le fosche notturne spoglie" che apre il secondo atto.
Notò una giovane donna elegantemente vestita, accompagnata da due amiche, sedute anch'esse nel "loggione", la cui civetteria lo rassicurò sugli standard sartoriali degli italiani e delle donne italiane quando vanno a teatro. Avrebbe forse dovuto invitarle al bar/ristorante "connubio" che aveva a stento scoperto dopo lo spettacolo, ma sfortunatamente Eugène aveva poco tempo : l'ultimo treno partiva alle 23:50 e ci vorebbero almeno venti minuti per raggiungere la stazione a piedi. Certo, c'era sempre l'opzione del taxi. Avrebbe dovuto, avrebbe dovuto... Eugène scelse di andarsene prima della fine dello spettacolo e poté ammirare la stazione centrale di Bari un'ultima volta nel buio pesto della notte prima di tornare in albergo e poi ripartire per la Francia il giorno successivo.
Arrivato alla stazione di Bari Palese Macchie, non poté resistere alla tentazione di andare a vedere il mare, calmo e deserto a quell'ora. Dal molo, poteva vedere le luci delle barche che si preparavano a pescare per la notte e ne fu commosso, anche se non si trattava di pesca col “lamparo”. Tornato in albergo... nella stanza, non aveva ancora voglia di dormire. Sulla terrazza, arredata con gusto, notò alcuni opuscoli dedicati ai "maestri del colore". C'era un'intera collezione, sia di pittori italiani, Giotto e Cimabue, Piero della Francesca, Mantegna, Paolo Uccello, Masaccio, Beato Angelico, Caravaggio, Giorgione, Veronese, Tiziano, Tintoretto, Tiepolo, De Chirico, Modigliani, Morandi... sia di pittori francesi e stranieri, Dürer, Degas, Monet, Lichtenstein...
Consapevole delle sue lacune, Eugene aveva comunque bisogno di riposare e andò a letto.
(4) Alla Scala di Milano, la stagione lirica si apre il 7 dicembre, giorno di Sant'Ambrogio, il santo patrono della città. Quest'anno, sarà l'Otello di Verdi a inaugurare la stagione il 7 dicembre. Se qualcuno ha dei biglietti, che me lo faccia sapere.
Capitolo Otto. La fine è un eterno ritorno.
Quando si alzò, era già giorno, e Eugène andò in cucina in pigiama, dove il suo ospite gli preparava la colazione. Eugene rispose che in effetti preferiva un espresso forte, e gli furono serviti pane con burro, miele e marmellata di mirtilli, una macedonia di frutta fatta in casa e "macine", quei biscotti di pasta frolla. La conversazione si spostò su ciò che Eugene aveva visto durante il suo soggiorno, che stava per concludersi. Il suo ospite confermò che il boom turistico in Puglia era recente e che l'economia della regione era in piena espansione. Le raccontò del batterio Xylella fastidiosa, quel batterio fitopatogeno che aveva costretto all'abbattimento di centinaia di ulivi nella regione, sebbene Eugene avesse notato che i produttori locali di olio d'oliva continuavano a vendere il loro prodotto a prezzi sempre più alti, in nome di un "miglioramento" e di una ipotetica "rivoluzione della qualità", un argomento commerciale quanto mai opportuno per giustificare prezzi sempre più esorbitanti e folli. Scelsero di evitare la discussione su argomenti delicati, come la potenziale diffusione del batterio Xylella fastidiosa dagli ulivi pugliesi al resto d'Europa, in seguito al disastro dell'olio d'oliva del 2013 nel Salento. Questa diffusione non è stata scientificamente provata ed è più che altro un'idea sbagliata... a differenza della diffusione del virus responsabile dell'epidemia di Covid-19 da un focolaio a Wuhan, in Cina, che si sia trattato di un incidente di laboratorio o di una diffusione dal mercato all'ingrosso di prodotti ittici di Huanan, nonostante le patetiche smentite dei leader cinesi, che cercano sempre di far credere che la Cina sia benefica per l'economia globale e che sia qualcosa di diverso da un fattore di destabilizzazione geopolitica. Scelsero invece di parlare di calcio, quell'oppio dei popoli che li culla nel sonno con i giocchi dello stadio. Il suo ospite, che aveva subito intuito che Eugène fosse un tifoso dell'Inter, osservò che la squadra milanese aveva gestito piuttosto bene la sua partita di campionato, mentre la sua cara Juventus gli faceva soffrire. Eugène rispose che l'Inter non aveva i mezzi delle sue ambizioni nelle competizioni europee, che le squadre italiane non erano più competitive in Europa e che la nazionale italiana aveva molto da dimostrare e da riscattare dopo tre umilianti assenze consecutive ai Mondiali.
Ma il tempo stringeva; Eugène doveva ancora lavarsi e preparare la valigia. Ringraziò il padrone di casa per l'ottima colazione, e quest'ultimo uscì per sbrigare una commissione. L'obiettivo di Eugène quella mattina era spedire lettere e cartoline dopo essersi assicurato che fossero affrancate a sufficienza. Così andò all'ufficio postale più vicino, comprò i francobolli necessari, usò il Wi-Fi per controllare il percorso per l'aeroporto (il suo aereo non doveva partire prima della sera) e decise di tornare al mare con la valigia e la giacca.
Il mare era ancora lì, molto più calmo che sulla spiaggia di Torre Quetta. Eugène non si stancava mai di ammirare le ombre blu delle colline del Gargano in lontananza, che sembravano un miraggio. Sul molo c'erano pescatori e donne di mezza età in costume da bagno. Eugene aveva fame. Voleva consumare un ultimo pasto veloce in una di quelle osterie senza pretese gastronomiche, sebbene relativamente care : focaccia, pizza, pasta ai frutti di mare, verdure condite in modo semplice ma gustoso, torte e dolci di casa... e un ultimo caffè.
Infine, si incamminò verso l'aeroporto. A piedi ci avrebbe impiegato più di tre quarti d'ora, camminando lungo strade piuttosto pericolose, ma c'era un autobus... se solo riusciva a trovarlo, e soprattutto se l’autobus fosse effettivamente deciso a circolare. Eugène trovò la fermata e attese. L'autobus finalmente arrivò, senza fretta. Un sempliciotto pensò bene di dire a Eugène che era arrivato all'aeroporto.
L'aria era mite, la giornata piacevole. Eugène si fermò un attimo prima di affrontare le formalità del check-in e dei controlli di sicurezza in questo aeroporto, che non era affatto moderno come Orly...
Beati abitanti di Bari e della Puglia ! Loro rimasterebbero lì, legati a questa terra benedetta dagli dei, mentre Eugène doveva tornare a Parigi, sotto la pioggia, ad affrontare l'inferno della capitale, la sua plebaglia e le sue miserie. Pensando a ciò che lo attendeva a Parigi, Eugène non poté fare a meno di ricordare la satira di Giovenale sulle seccature di Roma... che sembravano piuttosto innocue rispetto all'inferno moderno della vita parigina.
Martedì 20 – Domenica 25 ottobre 2026.
