Entretiens avec le docteur F.
Entretiens en français, traduit en italien, russe et anglais)
Entretiens avec le docteur F.
Jeudi 7 mai 2026.
Eugène Snaporaz aimait beaucoup s'entretenir avec le docteur F, car celle-ci, en plus d'être intelligente et cultivée, fournissait des efforts pour mettre en valeur ses points forts et pour l'accompagner au mieux dans sa démarche de sevrage du tabac.
En échange, Eugène lui avait apporté ses dernières boîtes de "Nicorette" et ses patchs "Nicopatch", ce qui était la moindre des choses, étant donné que ces gommes à mâcher le dégoûtaient désormais sans raison bien précise : elles avaient un parfum, tout comme les gommes du commerce non pharmaceutique. Cependant, Snaporaz préférait désormais les chewing-gums Hollywood, peut-être parce qu'ils lui rappelaient sa jeunesse, ou alors parce qu'ils évoquaient la formidable industrie du divertissement américaine, qui avait fasciné Eugène à l’instar de tous les adolescents de son âge, et contre laquelle il essayait de défendre aujourd'hui un cinéma plus exigeant, le cinéma d'auteur et les chefs d'œuvre du XX° siècle.
Il se rappelait ainsi une conversation avec le docteur F., peu après la mort de Robert Redford, au cours de laquelle Eugène avait pu parler de son admiration pour les films d'Ingmar Bergman (le 16 septembre 2025, il avait vu et beaucoup aimé Persona, un film de 1966), tout autant que pour le parcours, caractérisé par la cohérence, de l'acteur, élégant aussi bien en apparence, grâce à son sens inné du chic, que moralement, en raison de la fermeté de ses convictions, qu'il avait cherché à défendre tout au long de sa carrière professionnelle, d'abord en tant qu'acteur, puis en tant que réalisateur et producteur.
Par cette belle journée de mai, ils avaient également parlé d'un film "de saison" en quelque sorte, Milou en mai, réalisé en 1990 par Louis Malle, dont Eugène avait beaucoup admiré son Feu follet, réalisé en 1963 avec Maurice Ronet et Jeanne Moreau dans les rôles principaux. Milou en mai était un film plus autobiographique, en ce sens que dans cette œuvre, Louis Malle cherchait à se rappeler ses années de formation au temps de Mai 68, au moyen d’une chronique familiale, une étude de mœurs, dont l'action se déroule dans une splendide propriété familiale du Gers et du Sud-Ouest de la France.
Ce film était empreint d'une nostalgie bon enfant, et même s'il ne se privait pas d'épingler les travers des uns et des autres, comme toute bonne satire sociale qui se respecte, le réalisateur avait surtout choisi de regarder ses personnages avec tendresse.
Une pléiade d'acteurs interprétaient ce film « choral », parmi lesquels Dominique Blanc, Valérie Lemercier, Bruno Carette (qui jouait là son dernier rôle peu avant de disparaître), Michel Piccoli, dans le rôle d'un vieux garçon qui refuse, ou qui a en tout cas beaucoup de mal à devenir un adulte, ainsi que Michel Duchaussoy, dans le rôle d'un journaliste du Monde qui réussit à rallier la propriété de famille malgré la grève générale qui paralysait le pays au moment de Mai 68, accompagné de sa dernière conquête, une jeune femme d'origine anglo-saxonne qui s'amuse beaucoup à défaut d'avoir un rôle social important - si elle ne fait pas rien, elle n'a toutefois pas de métier, ce qui ne semble pas l'émouvoir outre mesure -, et qui est en train d'écrire un livre dans lequel il prétend analyser le gaullisme, et donc les raisons de ce phénomène de société, bien plus qu'un simple mouvement social, et appelé, dans les décennies qui suivront à faire couler beaucoup d'encre, à susciter beaucoup d'analyses et de réflexions, mais aussi à inspirer de nombreuses œuvres de fiction, qu'il s'agisse de livres ou de films de cinéma.
Snaporaz aimait beaucoup ce film, qu'il avait vu dans sa jeunesse, et il avait récemment revu un autre film français, tourné à la fin des années 1960 par Claude Chabrol, dont le titre français était inspiré d'un chant sérieux (un des « Vier ernste Gesänge ») de Brahms, paraphrasant L'Ecclésiaste : « Il faut que la bête meure, mais l'homme aussi. » (en anglais : The Beast Must Die - il est à noter que le titre anglais rappelle que le film est inspiré d'un roman anglo-saxon, écrit par le père de l'acteur Daniel Day Lewis, qui avait pris pour pseudonyme Nicholas Blake). Bien qu'impressionné par la performance de Jean Yanne, qui campe un salaud ambigu et veule, Snaporaz devait bien reconnaître que le point commun entre ces deux films, c'était la présence de l'acteur Michel Duchaussoy, tour à tour drôle et grave, involontairement drôle dans le rôle d'un journaliste qui prétend expliquer ce qu'il ne comprend pas, grave, froid et déterminé dans celui d'un père de famille dont le petit garçon a été renversé par un chauffard irresponsable et lâche.
Même si le docteur F. appréciait ces discussions sur le cinéma, elle n'oubliait pas que son rôle consistait à accompagner son patient dans le sevrage du tabac. Elle lui demanda donc comment il allait. Celui-ci ne pouvait que répondre qu'il allait bien, que tout aurait pu aller pour le mieux si seulement il n'y avait pas les petites contrariétés de l'existence.
Parmi ces petits inconvénients figurait la mauvaise humeur générale de ses contemporains, notamment des Parisiens, stressés, agressifs et nerveux pour diverses raisons, dont la frustration et les difficultés économiques. Cela se traduisait par des comportements plus que véhéments : ils étaient vulgaires, voire grossiers, révélant des failles sous le vernis de la civilité, derrière lequel les bonnes manières et l’éducation s’effritaient à la première difficulté. Face à tout cela, il ne restait plus qu’à garder son sens de l’humour.
Il en allait de même des chantiers qui envahissaient la capitale, exemples d’une politique mal conçue et mal gérée, empreinte d’une fausse grandeur, aux coûts exorbitants qui dépassaient souvent, sinon toujours, les budgets prévisionnels, dans un déni constant de la démocratie. Les élus étaient, pour le moins, négligents et, franchement, largement indifférents à l’intérêt public, laissant leurs « partenaires » du secteur privé – en réalité, les géants du BTP – accumuler des profits aux dépens de la collectivité, selon le bon vieux principe de la mutualisation des pertes et de la privatisation des profits.
Et pourtant, ils vivaient, et nous vivons encore, en démocratie, dans un pays démocratique. Était-ce l’influence du docteur F., sa vigilance teintée d’une ironie mordante, ou leurs conversations, qui leur permettaient de parvenir à des vérités relatives, sources de sagesse, et d’accepter l’inacceptable tout en conservant leur esprit critique ? Eugène Snaporaz avait parfois l’intuition, sinon la ferme conviction, que ses échanges avec le docteur F. lui permettaient, sinon d’en prendre conscience pour la première fois, du moins de se rappeler périodiquement la chance qu’ils avaient de vivre en démocratie : un noble idéal pour lequel leurs grands-parents s’étaient tant battus, afin que les jeunes générations, nées après la Seconde Guerre mondiale et jusqu’au début du XXIe siècle, puissent vivre en paix dans un pays libre. Sans recourir à de grands mots, vidés de leur sens par un usage abusif, le docteur F. soulignait combien ils avaient de la chance de pouvoir exprimer leur mécontentement, tant envers le gouvernement et la classe politique qu'envers les mesquines incivilités du quotidien avec lesquelles les Parisiens, à l'instar de leurs cousins de province, se compliquaient inutilement l’existence. Le professeur F. possédait un don inné pour remettre les problèmes en perspective, les relativiser, établir une hiérarchie plus juste des souffrances, des sources de discorde et des points de controverse : une hiérarchie nécessaire pour identifier rationnellement les dangers qui menaçaient la démocratie et la cohésion sociale, leur bien commun à eux, mais aussi celui de leurs contemporains.
Snaporaz repensa alors à la statue de Beaumarchais, rue du Faubourg Saint-Antoine, à deux pas de la place de la Bastille, devant laquelle il passait en se rendant à ces conversations désormais rituelles avec le docteur F. :
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur. »
En effet. Eugène, quant à lui, était convaincu qu'il n'existait pas un seul citoyen râleur qui ne trouvât une certaine satisfaction à protester, à exiger et à grommeler. Alors, réalisant que la conversation risquait de s'enliser dans des impasses stériles, le docteur F. orienta son interlocuteur vers l'un de ses sujets de prédilection : ses souvenirs de voyages à l'étranger, qui permettaient des comparaisons et des rapprochements fructueux.
Il est facile de s'indigner contre les pannes d'ascenseur à répétition et les techniciens qui mettent une éternité à les réparer, contre les ordures qui inondent les rues et contre ceux qui les ramassent — une tâche accomplie selon les principes du « fini / parti » et, surtout, du « vite fait / mal fait » — ou encore contre l'impolitesse injustifiée des chauffeurs de taxi, mais il est tout aussi important de se rappeler que des choses pires se produisent ailleurs et que la défense de la démocratie exige un comportement bien plus digne, inspiré par une éthique de conviction incorruptible.
Snaporaz, qui n'était pas habité par une éthique aussi exigeante que ceux qu’il admirait, se souvenait de ses voyages à Moscou, il y a déjà une dizaine d'années, même si cela pouvait paraître hier, et de son émerveillement devant quelques monuments de la capitale russe, comme le théâtre Bolchoï qui rivalisait sans rougir avec le Mariinski de Saint-Pétersbourg, en dépit de la réputation mieux établie, auprès de l'opinion publique occidentale, de ville d'art et de culture accordée à la Venise de la Baltique, la cathédrale Basile le Bienheureux, dont les architectes avaient eu les yeux crevés sur ordre du tsar Ivan le Terrible en signe de gratitude pour avoir construit un si bel édifice - et le « tsar » du XXIe siècle n'avait pu s'empêcher de perpétuer cette tradition d'obscurantisme, en mettant en prison les Pussy Riot qui s'étaient livrées à une prière punk dans la cathédrale du Christ-Sauveur, détruite dans les années 1930 sur ordre de Staline et reconstruite à l'identique dans les années 1990 -, la Place Rouge, décevante en comparaison du mythe que la propagande et les images d'archives et du cinéma avaient contribué à diffuser, fondé sur les démonstrations de force et les défilés militaires, qui avaient toujours été un divertissement de choix et fort apprécié par le peuple russe, il se souvenait des tours du Kremlin et du bâtiment du GOUM, transformé en conglomérat de boutiques de luxe contemporaines, mais qui avait conservé, au dernier étage, une cafétéria en self-service qui permettait de déguster quelques plats renommés de la gastronomie russe pour un prix modique, « défiant toute concurrence », et de faire ainsi un repas équilibré à moindre coût.
Eugène se souvenait également de la place de la Révolution située en face du théâtre Bolchoï, de l'autre côté du boulevard Teatralny proezd (Театральный проезд en cyrillique), sur laquelle trônait la statue de Karl Marx, place sur laquelle quelques militants communistes défilaient de manière folklorique et surtout dérisoire, si l'on veut bien se rappeler les grandes parades et les manifestations monstres d'autrefois.
Le docteur F. ne pouvait s'empêcher de faire remarquer que l'opposition au pouvoir central n'était pas bien consistante, et Snaporaz de surenchérir : les communistes n'étaient plus que des fantoches, pour ne pas dire de faux naïfs manipulés complaisamment par le gouvernement, tandis que les authentiques opposants, ceux qui s'étaient dressés contre le pouvoir pour en dénoncer les abus, n'étaient plus là pour témoigner. Les Politkovskaïa, Nemtsov, Navalny, avaient été physiquement éliminés, simplement parce qu’ils avaient fait leur devoir de citoyens libres, viscéralement attachés aux valeurs démocratiques, en informant leurs concitoyens sur la corruption du pouvoir, et leurs émules étaient obligés de prendre d'infinies précautions dans leurs prises de position publiques, coincés dans l'étau d'une législation toujours plus répressive, ce qui bien évidemment amoindrissait la portée de leur message.
Snaporaz et le docteur F. avaient certes de la chance de vivre dans un pays démocratique, où tout pouvait être dit sans grand risque ; mais pouvait-on pour autant dire que les authentiques opposants au pouvoir, en Russie, avaient eu de la chance de vivre sous un régime autocratique, sous prétexte que cela leur avait permis de mettre en évidence leur attachement aux précieuses valeurs démocratiques ? La question est absurde et la réponse est assurément NON : ils avaient défendu la démocratie et ils l'avaient payé de leur vie, ils étaient allés au-devant de leur destin avec force, courage, vaillance, détermination et entêtement, parce qu'ils croyaient, contre toute évidence, en leur pouvoir de changer l'ordre des choses, en la possibilité, pour leur pays, d'accéder un jour à la Terre promise de la démocratie.
Moscou ne croit pas aux larmes (Москва слезам не верит, en cyrillique) est le titre d'un film soviétique qui a remporté l'oscar du meilleur film étranger en 1981, et Snaporaz ne croyait pas plus à la sincérité de ses propres larmes qu'en sa capacité de se construire un destin par la seule force de l'écriture et de son travail d'écrivain. Il avait beau essayer, et essayer encore, ce n'était pas les idées qui lui manquaient, mais une capacité de leur donner consistance et vie, en respectant une certaine cohérence, de les animer à la manière de personnages, avec le souffle de la création. Il était condamné à se regarder écrire comme il se regardait vivre, lui qui avait toujours été un spectateur attentif devant les plus grands films du cinéma, qu'il s'agisse des chefs-d’œuvre du XXe siècle ou des films qui rendaient compte de la réalité historique, sociale et politique du siècle qui l'avait vu naître... mais aussi un spectateur habité par une étrange désinvolture à l'égard de sa propre vie, comme s'il n'arrivait pas à prendre au sérieux sa propre tragédie, tout en étant profondément affecté de ne pas être pris au sérieux, qu'il s'agisse des gens qui le connaissaient et l'appréciaient, ou des anonymes et des inconnus qu'il aurait voulu éblouir, étonner et subjuguer, à la manière des acteurs et des héros qui l'avaient impressionné et qu'il avait admirés depuis son adolescence et ses années de formation. Il avait néanmoins pu cultiver ses contradictions avec art, même si son panache n'était pas évident aux yeux de tous.
Pour lui, Saint-Pétersbourg, ce n'était pas seulement la ville d'art et de culture visitée par les touristes occidentaux privilégiés, c'est-à-dire les lettrés exigeants, qu'ils aient lu ou non les romans de Gogol et de Dostoïevski, ces livres qui prenaient la capitale de Pierre pour décor, mettant en scène des personnages dont les névroses étaient liés au plan de la ville, avec ses avenues rectilignes, ses artères quadrillées selon un plan précis et préconçu, ses monuments imposants et même écrasants, écrasants au même titre que la réputation littéraire que ses meilleurs écrivains avaient contribué à établir, de Pouchkine aux symbolistes de l'Âge d'argent et du tournant du XXe siècle, sans même parler des voyageurs étrangers, de Custine à Dumas en passant par Voltaire et Casanova. Snaporaz en savait quelque chose, car s'il ne croyait pas assez à son destin d'écrivain, ce n'était pas faute d'avoir lu les classiques, et aux noms déjà cités il pouvait ajouter ceux de Tourgueniev, de Gontcharov, de Lermontov et de Tolstoï, parmi les écrivains qui l'avaient subjugué, même si la lecture de leurs livres ne lui avait malheureusement pas concédé le don de l'écriture et du beau style...
Pour Eugène, donc, Saint-Pétersbourg, c'était aussi un film, un film contemporain, Le Journal du blocus (Блокадный дневник), réalisé en 2020 par Pavel Zaytsev. Un film racontant l'histoire d'une femme pendant le Siège de Leningrad, durant la Seconde Guerre mondiale, et plus précisément pendant l'hiver le plus froid de la guerre, persuadée qu'elle va mourir de faim après avoir enterré son mari et qui part à la recherche de son père, ce qui l'oblige à traverser toute la ville, plus morte que vive, ombre parmi les ombres rendues cadavériques par le froid autant que par la faim...
Mais pourquoi ce film avait-il fait si forte impression sur Eugène ?
Cette attirance était d'abord déconcertante pour lui, qui avait tant de mal à se comprendre lui-même.
Eugène, tout d'abord, qui d'ordinaire préférait le cinéma du XXe siècle, et les films italiens en particulier, nourrissait une curieuse et déconcertante attirance pour ce film, qui n'avait rien, a priori, pour lui plaire, lui qui avait également tant besoin de s'amuser et de rire. C'est peut-être parce que ce film sur le siège de Saint-Pétersbourg était une tragédie pure qu'il avait bouleversé Snaporaz, et l'avait d'ailleurs obligé à sortir de la salle, parce que ce film l'avait mis tellement mal à l'aise qu'il avait failli se trouver mal et défaillir.
Ensuite, ce film est et résume la « cité de Pierre » à un moment crucial de son histoire, bien plus que Moscou ne croit pas aux larmes, cette chronique douce-amère, plus ou moins sentimentale, faite pour plaire aux Américains, non dénuée de profondeur peut-être, mais qui ne disait rien à Eugène.
Celui-ci n'était pas insensible aux charmes du genre noble, du grand genre, très certainement en raison de son besoin de reconnaissance, une des principales causes de son manque de modestie (Tout le monde sait que les grands esprits, ceux qui ont des succès incontestables à leur actif, ou ceux qui ont permis à l'humanité de faire quelques progrès, sont naturellement modestes). Les chroniques douces-amères, il en avait vues de grandes quantités, il en connaissait quelques-unes, et il préférait de toute façon les films qui avaient pour cadre l'Italie, même si les films n'avaient pas tous été réalisés par des Italiens : Chambre avec vue (en anglais, A Room With a View, tourné en 1985, d'après le livre également intitulé A Room With A View, dont le titre français était Avec vue sur l'Arno, écrit en 1908), Maurice (1987, d'après le livre éponyme écrit avant la Première Guerre mondiale), étaient des films de James Ivory inspirés par les livres de l'écrivain Edward Morgan Forster, lui-même s'inscrivant dans une longue tradition d'auteurs anglo-saxons venus en Italie trouver l'inspiration, comme lord Byron, Oscar Wilde, Henry James ou Edith Wharton. Ainsi que Nostalghia, un film sorti en 1983 qu'Eugène appréciait particulièrement, qui avait été tourné par le réalisateur russe Andreï Tarkovski, aujourd’hui enterré dans la plus grande nécropole orthodoxe d'Europe, le cimetière de Sainte-Geneviève-des-Bois situé en banlieue parisienne. De la même manière, dans sa jeunesse, Eugène avait découvert les films du réalisateur russe Nikita Mikhalkov, d'abord ceux qui étaient inspirés par des pièces et des nouvelles de Tchekhov (Partition inachevée pour piano mécanique (1977), Quelques jours dans la vie d'Oblomov (1980), d'après Gontcharov...), ou des films rendant compte de l'histoire de l'Union soviétique (Soleil trompeur, 1994), mais aussi ce film étrange et très beau, inspiré lui aussi d'une nouvelle de Tchekhov publiée en 1899, La Dame au petit chien, qui portait le titre Les Yeux Noirs (1987 - en russe, Otchi tchorniye, et en cyrillique, Очи чёрные).
Enfin et surtout, peut-être par jeu, mais un jeu dont les règles lui paraissaient compliquées même à lui, il s'identifiait au personnage principal du film Le Journal du blocus(Блокадный дневник), errant, glacé, le cœur froid, non pas comme les damnés de Dante dans les cercles des Enfers, ni comme une âme guidée par l'amour pour une Béatrice irréelle et idéalisée, mais comme une âme en peine qui doit expier le vice de l'amour mal orienté tout en affrontant des démons tièdes aussi bien que les références écrasantes de la littérature, parce que ceux qu’on appelait les « classiques » étaient des écrivains qui avaient ajouté des chefs-d’œuvre au patrimoine littéraire mondial, il aimait aussi se divertir, mais aussi s'instruire grâce aux films.
En résumé, Eugène pouvait dire que ce n'était pas seulement la réputation littéraire de Saint-Pétersbourg qui le fascinait, parce que Saint-Pétersbourg était plus que cela, c'était une ville qui, entre autres, n'avait pas seulement inspiré les écrivains.
Et il préférait Moscou à Saint-Pétersbourg, non pas parce qu'il préférait la capitale des Bolcheviks à celle des tsars, mais parce que la réputation littéraire de la « Cité de pierre blanche » était moins écrasante que celle de la « Venise de la Baltique »(1). Ce qui n'empêchait d'ailleurs pas Moscou d'avoir elle aussi une tradition et une réputation littéraires : Eugène avait ainsi découvert les maisons d'écrivains située dans le quartier de l'Arbat, un quartier bohême à l'ouest de la ville où il avait pu visiter les maisons de Tchekhov, de Lermontov, d'Andreï Biély et de Pouchkine, sans parler de celles de Scriabine ou de Chaliapine, ni même de la célèbre résidence de Leon Tolstoï, Iasnaïa Poliana, située à plus de 200 kilomètres au sud de la capitale.
Eugène avait également découvert des écrivains qui avaient pris Moscou pour cadre aux histoires qu'ils racontaient : Boulgakov situe le début de Maître et Marguerite aux abords de l'étang des Patriarches, Venedikt Erofeiev, prétend qu'au commencement de son odyssée éthylique entre Moscou et Pétouchki, racontée dans Moscou-sur-Vodka, il n'a pas vu le Kremlin, et Vladimir Sorokine situe l'action de la Journée d'un Opritchnik dans une Moscou du futur, un futur qui se rapproche néanmoins, puisqu'il avait choisi l'année 2028.
Le docteur F., qui avait écouté les explications d'Eugène avec une attention fluctuante et un maximum de bonne volonté, sentit son intérêt se réveiller en entendant parler d'écrivains contemporains. Elle-même avait lu un auteur qui avait fictionnalisé les sautes d'humeur et les pensées négatives que pouvaient inspirer à un personnage d'aujourd'hui les petits désagréments de l'existence dont lui avait parlé Snaporaz, et elle avait trouvé cet exercice, sinon salutaire, tout au moins jouissif de son point de vue de lectrice. Elle ajouta, pour ne pas froisser son interlocuteur, qu'elle admirait le fait qu'il eut cherché à apprendre une langue étrangère tout seul, dans le but de s'approprier une culture qui lui était radicalement étrangère ou, tout au moins, de s'initier à un monument aussi intimidant que la grande culture russe. Elle ajouta, pour rire, qu'Eugène aurait pu même dire des insanités en russe sans qu'elle s'en aperçoive.
Snaporaz la rassura : des gros mots et des insultes en russe, il n'en connaissait pas beaucoup, non pas par angélisme, mais tout simplement parce que les manuels d'apprentissage de la langue des steppes et des boyards mettaient plutôt l'accent sur la grammaire et le vocabulaire "utile", celui qui permet de se faire comprendre sans se faire détester.
Il avait cependant une anecdote à raconter au docteur F., qui avait précisément trait à la littérature contemporaine susceptible de les rapprocher. Chez un écrivain contemporain qu'il aimait beaucoup, parce qu'il aimait son humour et sa capacité de mettre la tragédie à distance, c'est-à-dire de hiérarchiser, en procédant à d'utiles mises en perspectives, entre ce qui est important et ce qui est insignifiant, Iegor Gran pour ne pas le nommer, il avait découvert comment faire preuve de pédagogie à propos d'une expression argotique, qui, en russe, signifiait "Qui sait ?" ou "Dieu seul le sait" : "La bite le sait" (2). Cette expression, en apparence vulgaire, mettait de la vie dans la conversation des Russes moyens, y compris quand ils allaient sur les réseaux sociaux pour commenter l'actualité politique et innternationale, ou pour raconter leur vie. Elle n'était d'ailleurs pas le seul moyen pour ces citoyens moyens de traduire leur perplexité, ils disposaient également du plus doux et moins agressif "crêpe", traduction française de « blin » (3).
La littérature contemporaine pouvait être aussi imagée que le cinéma, ou la littérature des classiques.
Mais Eugene Snaporaz, même s'il connaissait quelques-uns de ces films, qu'il ne plaçait pas aussi haut que les chefs-d'œuvre de l'Après-guerre, ainsi que quelques-uns des livres des grands auteurs russes du XIXe siècle, comme Le bonheur conjugal, Le diable, et La mort d'Ivan Illitch, de Léon Tolstoï, ou bien Les carnets du sous-sol, dont le personnage principal grince des dents contre l'homme normal et les partisans du bonheur conventionnel, de son rival Fiodor Dostoïevski, livres entre lesquels il est bien difficile de choisir. Eugène Snaporaz, en bon intellectuel, avait toujours des difficultés pour choisir... Mais comment choisir entre Dostoïevski et Tolstoï ?
"хуй знает". La bite le sait.
Le docteur F. ne pouvait en vouloir à Eugène de sa perplexité face aux géants de la littérature, elle était même amusée de ses difficultés face à la complexité. Elle constatait surtout, avec un certain soulagement, que ces affres, pour l'instant ne l'incitaient pas à renouer avec la cigarette, comme si elles l'en éloignaient au contraire.
Alors, pour la distraire ou pour l'amuser, Eugène lui racontait que l'une de ses consolations, l'un de ses plaisirs avec l'étude du russe, c'était la grammaire de cette langue. Il avait étudié l'alphabet cyrillique, ce qui lui permettait de comprendre ce qu'il lisait en russe malgré de grosses lacunes en vocabulaire, mais l'une de ses sources de joie, c'était la complexité de la grammaire russe, non seulement parce qu'elle posait des problèmes à résoudre, mais aussi parce qu'elle lui rappelait les langues qu'il avait étudié dans sa jeunesse : le latin et l'allemand au lycée, et le grec ancien après ses études supérieures.
Il ne pouvait certes pas prétendre que le grec ancien l'aidait dans la vie quotidienne : cette langue lui offrait des plaisirs purement intellectuels; il avait par exemple que dans la grammaire grecque, il y avait toujours "quelque chose en plus" : un mode en plus, l'optatif, un temps en plus, l'aoriste, et un nombre, ou une personne en plus, le duel.
Cela avait été plus ou moins la même chose en russe : il avait découvert les aspects des verbes, le perfectif et l'imperfectif, dont l'opposition est fondée sur des rôles comparables avec ceux que jouent le présent simple et le present perfect continu en anglais, en mettant l'accent sur le résultat de l'action, ou au contraire, sur l'action en train de se dérouler.
Et Eugène avait également découvert une langue à déclinaisons, avec six cas, comme en latin, le nominatif, l'accusatif, le génitif, le datif, l'instrumental, le locatif ou prépositionnel; et plus encore d'exceptions ou de bizarreries.
Pour le faire comprendre au docteur F., il n'avait cité qu'un seul exemple : le génitif, qui en français, a la même racine que « géniteur », « parties génitales », ou « engendrer »; et en russe, le cas génitif (« родительный падеж », « raditelni padejd ») a la même racine que le mot "parents" («родители», raditeli), ceux qui engendrent.
Que pouvait-on déduire d'un tel rapprochement ?
Pas grand-chose de concret, de scientifique, de stable, de durable, au sens où l'étude et l'apprentissage sont censés apporter des connaissances consolidées.
L'étude pouvait déboucher sur des rapprochements amusants, sans plus : on cherche quelque chose, et on trouve autre chose. Le tout est de s'en trouver bien, d'en découvrir l'utilité, celle-ci serait-elle purement cérébrale et dépourvue de toute mise en œuvre pratique. C'est la définition même de la sérendipité.
C'est sur ces considérations qu'Eugène Snaporaz prit congé du docteur F., laquelle était bien contente d'avoir récupéré des boîtes de « Nicorette » et de « Nicopatch » : cela, au moins, c'était du concret. Pour ses congés, elle irait en famille et sur les conseils de son patient visiter la reproduction de la grotte Cosquer, qui se trouve à côté du Mucem, à Marseille : non seulement cette visite procurait des émotions, des frissons, devant les gravures rupestres d'une beauté à couper le souffle qui ornaient la grotte, mais elle pouvait plonger les visiteurs dans des abîmes de perplexité, si l'on songe qu'elle fut habitée par nos ancêtres il y a plus de 30 000 ans.
Cela, au moins, c'était de la science mise à la portée du plus grand nombre.
Conversazioni con la Dottoressa F.
Giovedì 7 maggio 2026.
Eugène Snaporaz apprezzava molto le conversazioni con la Dottoressa F., perché, oltre ad essere intelligente e colta, si impegnava a valorizzare i suoi punti di forza e a sostenerlo al meglio nel suo tentativo di smettere di fumare.
In cambio, Eugène le aveva portato le sue ultime scatole di gomme da masticare “Nicorette” e cerotti “Nicopatch”, il minimo che potesse fare, visto che quelle gomme da masticare ora lo disgustavano senza un motivo particolare : avevano un sapore, menta fresca ad esempio, proprio come le gomme vendute fuori dalle farmacie. Tuttavia, Snaporaz ora preferiva le gomme da masticare Hollywood, forse perché gli ricordavano la sua giovinezza, o forse perché evocavano la formidabile industria americana dell'intrattenimento, che aveva affascinato Eugène da giovane, come tutti suoi coetanei, e e contro la quale ora cercava di difendere un cinema più esigente, il cinema d'autore, e i capolavori del XX° secolo.
Ricordava una conversazione avuta con la Dottoressa F. poco dopo la morte di Robert Redford, durante la quale Eugène aveva espresso la sua ammirazione per i film di Ingmar Bergman (questo 16 settembre 2025, aveva visto Persona, un film girato del regista svedese nel 1966, che gli era molto piaciuto), così come per la carriera dell'attore, caratterizzata da una grande coerenza. Redford era elegante sia nell'aspetto, grazie al suo innato senso dello stile, sia moralmente, per la fermezza delle sue convinzioni, che aveva cercato di difendere per tutta la sua vita professionale, prima come attore, poi come regista e produttore.
In quella splendida giornata di maggio, avevano anche parlato di un film, in un certo senso “stagionale” : Milou a maggio (in francese, Milou en mai), diretto nel 1990 da Louis Malle, il cui film del 1963 Fuoco fatuo (in francese, Le feu follet), con Maurice Ronet e Jeanne Moreau, era stato molto apprezzato da Eugène. Milou a maggio era un film più autobiografico, in quanto Louis Malle aveva cercato di rievocare gli suoi anni di formazione durante gli eventi del maggio '68 attraverso una cronaca familiare, uno studio di costumi ambientato in una splendida tenuta di famiglia nella regione del Gers, nel sud-ovest della Francia.
Questo film era intriso di una delicata nostalgia e, sebbene non si sottraesse a mettere in luce le debolezze dei suoi personaggi, come si conviene a una buona satira sociale, il regista aveva scelto principalmente di ritrarre i suoi personaggi con tenerezza. In questo film corale recitava un nutrito gruppo di attori, tra cui Dominique Blanc, Valérie Lemercier, Bruno Carette (che interpretò lì il suo ultimo ruolo poco prima della sua disparizione), Michel Piccoli nei panni di uno scapolo incallito che si rifiuta, o perlomeno fatica, a diventare adulto, e Michel Duchaussoy in quelli di un giornalista di Le Monde che, nonostante lo sciopero generale che paralizza il paese nel maggio del '68, riesce a raggiungere la tenuta di famiglia con la sua ultima conquista : una giovane donna di origini anglosassoni che si gode la vita senza un ruolo sociale di rilievo – pur non essendo completamente oziosa, non ha una professione, cosa che non sembra preoccuparla più di tanto – e che sta scrivendo un libro in cui si propone di analizzare il gollismo, e quindi le ragioni di questo fenomeno di società, ben più di un semplice movimento sociale, e oggetto, nei decenni a venire, di numerose controversie, di analisi e riflessioni, ma anche fonte di ispirazione per innumerevoli opere narrative, siano esse libri o film.
Snaporaz era molto affezionato a questo film, che aveva visto in gioventù, e aveva recentemente rivisto un altro film francese, girato alla fine degli anni '60 da Claude Chabrol, il cui titolo francese era ispirato a una seria canzone (una degli "Vier ernste Gesänge", le Quattro canzone serie), di Brahms, una parafrasi dell'Ecclesiaste : "La bestia deve morire, ma anche l'uomo" (in inglese : The Beast Must Die - va notato che il titolo inglese ricorda che il film è tratto da un romanzo anglosassone, scritto dal padre dell'attore Daniel Day-Lewis, che usava lo pseudonimo di Nicholas Blake). Pur essendo rimasto colpito dall'interpretazione di Jean Yanne nei panni di un cattivo ambiguo e codardo, Snaporaz dovette ammettere che il filo conduttore tra i due film era la presenza dell'attore Michel Duchaussoy, a tratti comico e a tratti serio, involontariamente divertente nel ruolo di un giornalista che afferma di spiegare ciò che non comprende, serio, freddo e determinato in quello di un padre il cui giovane figlio è stato investito da un automobilista irresponsabile e vigliacco.
Sebbene la Dottoressa F. apprezzava queste discussioni sul cinema, non dimenticava che il suo ruolo era di aiutare il suo paziente a smettere di fumare. Gli chiese pertanto come andava. Lui poté solo rispondere che stava bene, che tutto sarebbe stato per il meglio se soltanto non ci fossero i piccoli fastidi della vita.
Tra questi piccoli inconvenienti vi era il generale cattivo umore dei suoi contemporanei, e in particolare dei parigini, stressati, aggressivi e nervosi per tutta una serie di motivi, tra cui la frustrazione e le difficoltà economiche. Ciò si traduceva in comportamenti più che veementi; erano volgari e a volte rozzi, rivelando crepe sotto la patina della civiltà, dietro la quale le buone maniere e l'educazione si sgretolavano al primo segno di difficoltà. Di fronte a tutto ciò, c'era ben poco da fare se non mantenere il senso dell'umorismo.
Era la stessa cosa con i progetti edilizi che invadevano la capitale, esempio di una politica mal concepita e mal gestita, intrisa di falsa grandiosità, con costi esorbitanti che spesso, per non dire sempre, superavano i budget iniziali, in una costante negazione della democrazia. I funzionari eletti si dimostravano, a dir poco, negligenti e, francamente, in gran parte indifferenti all'interesse pubblico, permettendo ai interlocutori del settore privato – in realtà, i colossi dell'edilizia – di accumulare profitti a spese della comunità, secondo il buon vecchio principio di mutualizzare le perdite e di privatizzare i profitti.
Eppure, eravano, e noi viviamo sempre, in democrazia e in un paese democratico. Fu l'influenza della Dottoressa F., la sua vigilanza venata di ironia pungente, o le loro conversazioni, a far sì che i due riuscissero a giungere a verità relative che fungessero da saggezza e consentissero loro di accettare l'inaccettabile pur mantenendo il pensiero critico ? A volte Eugène Snaporaz aveva l'intuizione, se non la ferma convinzione, che le sue interazioni con la Dottoressa F. gli permettessero, se non di prendere coscienza per la prima volta, almeno di ricordarsi periodicamente quanto fossero fortunati a vivere in una democrazia : un nobile ideale per il quale i loro nonni avevano lottato così duramente, affinché le generazioni più giovani, quelle nate dopo la Seconda Guerra Mondiale e fino all'inizio del XXI° secolo, potessero vivere in pace in un paese libero. Senza ricorrere a grandi parole, svuotate di significato dall'uso abusivo, la Dottoressa F. sottolineava che erano davvero fortunati a poter esprimere il loro disappunto, sia nei confronti del governo e della classe politica, che contro le piccole inciviltà della vita quotidiana con cui i parigini, proprio come i loro cugini di provincia, si complicavano inutilmente la vita. La Dottoressa F. aveva un talento innato per mettere i problemi nella giusta prospettiva, relativizzarli, stabilire una gerarchia più accurata delle sofferenze, delle fonti di discordia e degli argomenti di controversia : una gerarchia necessaria per identificare, con razionalità, i pericoli che minacciavano la democrazia e la coesione sociale, il loro bene comune e quello dei loro contemporanei.
Snaporaz poteva quindi pensare alla statua di Beaumarchais situata in "rue du Faubourg Saint-Antoine", nella immediata vicinanza della "place de la Bastille", che superava recandosi a questi ormai rituali colloqui con la Dottoressa F. :
"Senza la libertà di criticare, non c'è vera lode".
Giusto. Eugène, d'altro canto, pensava che non ci fosse un solo cittadino scontroso che non trovasse una qualche soddisfazione nel protestare, nel pretendere e nel brontolare. Allora, rendendosi conto che la conversazione rischiava di impantanarsi in vicoli ciechi improduttivi, il dottor F. indirizzava il suo interlocutore verso uno dei suoi argomenti prediletti : i ricordi dei viaggi all'estero, che permettevano utili confronti e paragoni.
È facile inveìre contro i continui guasti degli ascensori e i tecnici che ci mettono un'eternità a ripararli, contro l'immondizia che inonda le strade e contro chi si occupa della raccolta – un compito svolto secondo i principi del "finito / vai via" e, soprattutto, del "fatto in fretta / màle fatto" – o contro l'ingiustificata maleducazione dei tassisti, ma è altrettanto importante ricordare che altrove accadono sempre cose peggiori e che difendere la democrazia richiede un comportamento ben più dignitoso, ispirato da un'etica incorruttibile di convinzione.
Snaporaz, che non era guidato da un'etica così esigente come quelli che ammirava, ricordava i suoi viaggi a Mosca, di circa dieci anni fa, anche se gli sembrava ieri, e la meraviglia provata di fronte ad alcuni monumenti della capitale russa, come il Teatro Bolshoi, che rivaleggiava senza problemi con il Teatro Mariinskij di San Pietroburgo, nonostante la reputazione più consolidata, agli occhi dell'opinione pubblica occidentale, della Venezia del Baltico come città d'arte e cultura; la Cattedrale di San Basilio, i cui architetti si videro cavare gli occhi per ordine dello zar Ivan il Terribile come segno di gratitudine per aver costruito un edificio così bello – e lo "zar" del XXI° secolo non poté resistere alla tentazione di perpetuare questa tradizione di oscurantismo imprigionando le Pussy Riot, che avevano eseguito una preghiera punk nella Cattedrale di Cristo Salvatore, distrutta negli anni '30 per ordine di Stalin e ricostruita identica negli anni '90 – e la Piazza Rossa, deludente al confronto con il mito che la propaganda e le immagini d'archivio o di films di cinema avevano contribuito a diffondere, basato su dimostrazioni di forza e parate militari, da sempre una forma di intrattenimento prediletta dal popolo russo; Eugene ricordava anche le torri del Cremlino e l'edificio del GUM, trasformato in un conglomerato di boutique di lusso contemporanee, ma che conservava, all'ultimo piano, una mensa self-service dove si potevano assaggiare alcuni rinomati piatti russi a un prezzo modico, "senza rivali", e quindi godersi un pasto equilibrato a un costo minore.
Ricordava anche la Piazza della Rivoluzione, situata di fronte al Teatro Bolshoi, dall'altra parte del viale Teatralny Proezd (Театральный проезд in cirillico), dove si ergeva la statua di Karl Marx. Alcuni attivisti comunisti sfilavano in quella piazza in modo folcloristico e, soprattutto, ridicolo, se si ripensano alle grandi parate e alle manifestazioni di massa del passato.
La Dottoressa F. non poté fare a meno di osservare che l'opposizione al governo centrale non era poi così consistente, e Snaporaz aggiunse : i comunisti russi non erano altro che burattini, per non dire gente con finta ingenuità, manipolati compiacentemente dal governo, mentre i veri oppositori, coloro che si erano sollevati contro il regime per denunciarne gli abusi, non erano più lì a testimoniare. Politkovskaya, Nemtsov e Navalny furono eliminati fisicamente semplicemente per aver fatto il loro dovere di cittadini liberi, profondamente impegnati nei valori democratici, informando i loro concittadini sulla corruzione di chi era al potere. I loro seguaci furono costretti a prendere infinite precauzioni nelle loro dichiarazioni pubbliche, stretti nella morsa di una legislazione sempre più repressiva, che ovviamente riduceva l'impatto del loro messaggio.
Snaporaz e la Dottoressa F. erano certamente fortunati di vivere in un paese democratico, dove tutto poteva essere detto senza grandi rischi; ma si può davvero affermare che i veri oppositori del regime in Russia erano stati fortunati a vivere sotto un regime autocratico, semplicemente perché questo loro permetteva di dimostrare il loro impegno per i preziosi valori democratici ? La domanda è buffa e la risposta è certamente NO : avevano difeso la democrazia e l'avevano pagato con la vita, avevano affrontato il loro destino con forza, coraggio, valore, determinazione e tenacia, perché credevano, contro ogni evidenza, nel loro potere di cambiare l'ordine delle cose, nella possibilità, per il loro paese, di raggiungere un giorno la terra promessa della democrazia.
Mosca non crede alle lacrime (Москва слезам не верит in cirillico) è il titolo di un film sovietico che vinse l'Oscar come miglior film straniero nel 1981, e Snaporaz non credeva nella sincerità delle proprie lacrime più di quanto aveva creduto nella sua capacità di forgiare un destino attraverso la pura forza della scrittura e del suo lavoro di scrittore. Per quanto si sforzava, e riprovava, non gli mancavano le idee, ma la capacità di dare loro sostanza e vita, mantenendo una certa coerenza, di animarle come personaggi, con il soffio della creazione. Era condannato a guardarsi scrivere come si guardava vivere, lui che era sempre stato un attento spettatore dei più grandi film del cinema, siano essi capolavori del XX° secolo o film che riflettevano le realtà storiche, sociali e politiche del secolo in cui era nato... ma anche uno spettatore pervaso da una strana noncuranza verso la propria vita, come se non riuscisse a prendere sul serio la propria tragedia, pur essendo profondamente colpito dal non essere preso sul serio, né dalle persone che lo conoscevano e lo apprezzavano, né dagli anonimi e sconosciuti che avrebbe voluto abbagliare, stupire e affascinare, alla maniera degli attori e degli eroi che lo avevano colpito fin dall'adolescenza e dagli anni della formazione. Era tuttavia riuscito a coltivare le proprie contraddizioni con maestria, anche se il suo brio non era evidente a tutti.
Per lui, San Pietroburgo non era solo la città dell'arte e della cultura visitata da turisti occidentali privilegiati, ovvero intellettuali esigenti, che avessero letto o no i romanzi di Gogol e Dostoevskij, quei libri ambientati nella capitale di Pietro, con personaggi le cui nevrosi erano legate alla pianta della città, con i suoi viali rettilinei, le sue arterie disposte secondo un piano preciso e prestabilito, i suoi monumenti imponenti e persino travolgenti, travolgenti allo stesso modo della reputazione letteraria che i suoi migliori scrittori avevano contribuito a consolidare, da Puškin ai simbolisti dell'Età d'Argento a cavallo tra l'Ottocento e il Novecento, per non parlare dei viaggiatori stranieri, da Custine a Dumas, passando per Voltaire e Casanova. Snaporaz ne sapeva qualcosa, perché se non credeva nel suo destino di scrittore, non era certo per mancanza di conoscenza dei classici, e ai nomi già citati poteva aggiungere quelli di Turgenev, Goncharov, Lermontov e Tolstoj, tra gli scrittori che lo avevano affascinato, anche se la lettura dei loro libri non gli aveva purtroppo conferito il dono della scrittura e di un bello stile... Per Eugène, dunque, San Pietroburgo era anche un film, un film contemporaneo, Il diario del blocco (Blokadnyj dnevnik in russo e Блокадный дневник in cirillico), diretto nel 2020 da Pavel Zaytsev. Un film che racconta la storia di una donna durante l'assedio di Leningrado, nella Seconda Guerra Mondiale, e più precisamente durante l'inverno più freddo della guerra, convinta di morire di fame dopo aver seppellito il marito, che parte alla ricerca del padre, costringendola ad attraversare l'intera città, più morta che viva, un'ombra tra le ombre, resa cadaverica tanto dal freddo quanto dalla fame...
Ma perché questo film aveva fatto una così forte impressione su Eugene ?
Quest'attrazione inizialmente lo aveva spiazzato lui, dato che aveva tanta difficoltà a comprendere se stesso. Eugene, che di solito prediligeva il cinema del XX° secolo, e in particolare i film italiani, provava una curiosa e sconcertante attrazione per questa pellicola, che, a priori, non avrebbe dovuto attrarlo, vista la sua grande necessità di divertimento e risate. Forse era proprio perché questo film sull'assedio di San Pietroburgo era una pura tragedia che aveva colpito così profondamente Snaporaz, al punto da costringerlo ad abbandonare la sala, perché il film lo aveva messo a disagio al punto da farlo quasi svenire. Inoltre, questo film rappresenta e incarna la "città di Pietro" in un momento cruciale della sua storia, molto più di Mosca non crede alle lacrime (Москва слезам не верит, in cirillico), una cronaca agrodolce e un po' sentimentale, pensata per piacere agli americani, forse non priva di profondità, ma che non ebbe alcun fascino per Eugene.
Non era immune al fascino del genere nobile e grandioso, certamente a causa del suo bisogno di riconoscimento, una delle principali cause della sua mancanza di modestia (Tutti sanno che le grandi menti, quelle con successi innegabili al loro attivo, o quelle che hanno permesso all'umanità di fare progressi, sono per natura modeste). Aveva visto moltissime cronache agrodolci, ne conosceva alcune e, in ogni caso, prediligeva quelle ambientate in Italia, anche se non tutti i film erano stati realizzati da italiani : Camera con vista (1985, tratto dall'omonimo libro del 1908, da cui il titolo, in inglese, è : A Room With a View), Maurice (1987, tratto dall'omonimo libro scritto prima della Prima Guerra Mondiale), erano film di James Ivory ispirati ai libri dello scrittore Edward Morgan Forster, a sua volta parte di una lunga tradizione di autori anglosassoni che si recavano in Italia in cerca di ispirazione, come Lord Byron, Oscar Wilde, Henry James o Edith Wharton. E Nostalghia, un film del 1983 che Eugène apprezzava particolarmente, era stato girato dal regista russo Andrej Tarkovskij, sepolto nella più grande necropoli ortodossa d'Europa, il cimitero di Sainte-Geneviève-des-Bois, situato nella periferia parigina. Analogamente, in gioventù Eugene aveva scoperto i film del regista russo Nikita Mikhalkov, inizialmente quelli ispirati a opere teatrali e racconti di Čechov (Partitura incompiuta per pianoforte meccanico (1977), Oblomov (1980), tratto dal romanzo di Goncharov...), o film che ritraevano la storia dell'Unione Sovietica (Sole ingannatore, 1994), ma anche questo strano e bellissimo film, anch'esso ispirato a un racconto di Čechov pubblicato nel 1899, La signora con il cagnolino, intitolato Oci ciornie (1987 - in russo, Ochi tchorniye, e in cirillico, Очи чёрные).
Infine, e forse soprattutto, come un gioco – ma un gioco le cui regole sembravano complicate persino a lui – si identificava con il protagonista del film Il diario del blocco (Blokadnyj dnevnik), errante, congelato, dal cuore freddo, non come le anime dannate di Dante nei gironi dell'Inferno, né come un'anima guidata dall'amore per un'irreale e idealizzata Beatrice, ma come un'anima tormentata che deve espiare il vizio di un amore mal indirizzato mentre affronta demoni tiepidi e l'opprimente mole di riferimenti letterari, perché i "classici" erano scrittori che avevano aggiunto capolavori al patrimonio letterario mondiale. Gli piaceva anche essere intrattenuto, ma anche imparare attraverso i film. Insomma, Eugène poteva dire che non era solo la reputazione letteraria di San Pietroburgo a affascinarlo, perché San Pietroburgo era molto di più; era una città che, tra le altre cose, aveva ispirato ben più che semplici scrittori. Eugène preferiva Mosca a San Pietroburgo, non perché prediligesse la capitale dei bolscevichi a quella degli zar, ma perché la reputazione letteraria della "Città di Pietra Bianca" era meno imponente di quella della "Venezia del Baltico". Ciò non impediva a Mosca di vantare anch'essa una tradizione e una reputazione letteraria : Eugene aveva infatti scoperto le case degli scrittori situate nel quartiere dell'Arbat, un quartiere della “bohème” artistica del Novecento nella parte occidentale della città, dove aveva potuto visitare le dimore di Čechov, Lermontov, Andrei Bely e Puškin, per non parlare di quelle di Scriabin e Čaliapin, e persino della celebre residenza di Lev Tolstoj, Yasnaja Polyana, situata a oltre 200 chilometri a sud della capitale.
Eugene aveva anche scoperto scrittori che avevano ambientato le loro storie a Mosca : Bulgakov colloca l'esordio de Il Maestro e Margherita vicino agli Stagni del Patriarca; Venedikt Erofeev afferma che all'inizio della sua odissea alcolica tra Mosca e Petuški, narrata in Mosca-Petuškì, non vide il Cremlino; e Vladimir Sorokin ambienta la vicenda di La giornata di un opričnik in una Mosca futuristica, un futuro che si avvicina comunque, dato che aveva scelto l'anno 2028.
La Dottoressa F., che aveva ascoltato le spiegazioni di Eugene con attenzione altalenante e buona voluntà, sentì riaccendersi il suo interesse quando la conversazione venne su gli scrittori contemporanei. Lei stessa aveva letto un'autore che aveva romanzato gli sbalzi d'umore e i pensieri negativi che le piccole seccature dell'esistenza, come descritte da Snaporaz, potevano suscitare in un personaggio moderno, e aveva trovato questo esercizio, se non salutare, quantomeno piacevole dal suo punto di vista di lettrice. Aggiunse, per non offendere il suo interlocutore, di ammirare il fatto che avesse cercato di imparare una lingua straniera da solo, con l'obiettivo di appropriarsi una cultura radicalmente diversa dalla sua o, quantomeno, di familiarizzarsi con un monumento imponente come la grande cultura russa. Aggiunse, scherzando, che Eugene avrebbe potuto persino pronunciare delle oscenità in russo senza che lei se ne accorgesse. Snaporaz la rassicurò : non conosceva molte parolacce e insulti in russo, non per ingenuità o angelismo, ma semplicemente perché i manuali per imparare la lingua delle steppe e dei boiardi si concentravano principalmente sulla grammatica e sul vocabolario "utile", quello che permette di farsi capire senza mostrarsi antipatici.
Aveva però un aneddoto da condividere con la Dottoressa F., un aneddoto che riguardava specificamente la letteratura contemporanea e che avrebbe potuto avvicinarli. Nell'opera di uno scrittore contemporaneo che ammirava molto, perché ne apprezzava l'umorismo e la capacità di prendere le distanze dalla tragedia – ovvero, di stabilire una gerarchia, attraverso un'utile contestualizzazione, tra ciò che è importante e ciò che è insignificante – Iegor Gran, per non menzionarlo, aveva scoperto un approccio pedagogico a un'espressione gergale che, in russo, significava "Chi lo sa ?" o "Solo Dio lo sa" : "Lo sa il cazzo". Questa espressione apparentemente volgare animava le conversazioni dei russi comuni, anche quando si rivolgevano ai social media per commentare gli eventi politici e internazionali o per condividere le proprie vite. Non era l'unico modo in cui questi cittadini comuni potevano esprimere il loro smarrimento; avevano anche il più delicato e meno aggressivo "blin" che si traduce in italiano da "frittella".
La letteratura contemporanea poteva essere altrettanto figurativa del cinema o della letteratura classica. Ma Eugene Snaporaz, pur conoscendo alcuni di questi film, non li considerava alla pari dei capolavori del dopoguerra, né conosceva alcuni dei libri dei grandi autori russi del XIX° secolo, come Felicità familiare, Il diavolo e La morte di Ivan Il'ič di Lev Tolstoj, o Memorie dal sottosuolo, il cui protagonista digrigna i denti contro l'uomo normale e i fautori della felicità convenzionale, del suo rivale Fëdor Dostoevskij – libri tra i quali è davvero difficile scegliere. Eugene Snaporaz, da vero intellettuale qual era, aveva sempre avuto, e aveva ancora, difficoltà a prendere decisioni... Ma come si poteva scegliere tra Dostoevskij e Tolstoj ?
"хуй знает". Il cazzo lo sa.
La Dottoressa F. non poteva biasimare Eugene per la sua perplessità di fronte ai giganti della letteratura; anzi, la divertiva la sua difficoltà a districarsi tra la complessità. Notò, soprattutto con un certo sollievo, che questi tormenti, per il momento, non la spingevano a ricominciare a fumare, come se la stessero effettivamente allontanando.
Così, per distrarla o divertirla, Eugène le diceva che una delle sue consolazioni, uno dei suoi piaceri nello studiare il russo, era la grammatica di quella lingua. Aveva studiato l'alfabeto cirillico, che gli permetteva di capire ciò che leggeva in russo nonostante le notevoli lacune nel suo vocabolario, ma una delle sue fonti di gioia era la complessità della grammatica russa, non solo perché presentava problemi da risolvere, ma anche perché gli ricordava le lingue che aveva studiato in gioventù: latino e tedesco al liceo, e greco antico dopo gli studi universitari.
Non poteva certo affermare che il greco antico gli fosse di un grande aiuto nella vita quotidiana : questa lingua gli offriva piaceri puramente intellettuali; ad esempio, sosteneva che nella grammatica greca ci fosse sempre "qualcosa in più": un modo aggiuntivo, l'ottativo, un tempo aggiuntivo, l'aoristo, e un numero o una persona aggiuntiva, il duale.
In russo era successo qualcosa di molto simile : aveva scoperto gli aspetti dei verbi, il perfettivo e l'imperfettivo, la cui opposizione si basa su ruoli paragonabili a quelli svolti dal presente simplice e dal presente perfettivo progressivo in inglese, che enfatizzano il risultato dell'azione o, al contrario, l'azione in corso.
E Eugene aveva anche scoperto una lingua con flessioni, con sei casi, come in latino: nominativo, accusativo, genitivo, dativo, strumentale e locativo o preposizionale; e persino più eccezioni e peculiarità.
Per far capire il concetto al dottor F., aveva citato un solo esempio: il genitivo, che in francese ha la stessa radice di "géniteur" (genitale), "parties génitales" (parti genitali) o "engender" (generare); e in russo, il caso genitivo ("родительный падеж", "raditelni padejd") ha la stessa radice della parola "genitori" («родители», raditeli), coloro che generano.
Cosa si poteva dedurre da una simile connessione?
Non si tratta di nulla di concreto, scientifico, stabile o duraturo, nel senso in cui lo studio e l'apprendimento dovrebbero fornire conoscenze consolidate.
Lo studio può portare a connessioni divertenti, niente di più: si cerca una cosa e se ne trova un'altra. L'importante è goderselo, scoprirne l'utilità, anche se tale utilità è puramente intellettuale e priva di qualsiasi applicazione pratica. Questa è la vera definizione di serendipità.
Fu con questi pensieri che Eugène Snaporaz si congedò dal dottor F., il quale era piuttosto contento di aver recuperato alcune scatole di "Nicorette" e "Nicopatch": almeno quello era qualcosa di tangibile. Durante le vacanze, andrebbe recarsi con la famiglia e, su consiglio del suo paziente, visitare la riproduzione della grotta di Cosquer, situata accanto al Mucem di Marsiglia : questa visita non solo procurava emozioni e brividi, di fronte alle incisioni rupestri di una bellezza mozzafiato che adornavano la grotta, ma poteva anche far sprofondare i visitatori in abissi di perplessità, se si pensa che essa fu abitata dai nostri antenati più di 30.000 anni fa.
Questo, almeno, era scienza resa accessibile a tutti.
Беседы с доктором Ф.
Четверг, 7 мая 2026 года.
Эжен Снапораз получал огромное удовольствие от бесед с доктором Ф., потому что, помимо своего интеллекта и культуры, она старалась, чтобы он чувствовал себя ценным, и всячески поддерживала его в стремлении бросить курить.
В ответ, Эжен принёс ей последние коробки жевательной резинки «Nicorette» и пластырей «Nicopatch», что было самым меньшим, что он мог сделать, учитывая, что эти жевательные резинки теперь вызывали у него отвращение без какой-либо особой причины : у них был вкус, как у тех, что не продавались в аптеках. Однако теперь Снапораз предпочитал голливудскую жевательные резинки, возможно, потому что они напоминали ему о молодости, или, возможно, потому что они вызывали ассоциации с могущественной американской индустрией развлечений, которая очаровывала Эжена в юности, как все подростки, и против которой он теперь пытался защитить более требовательное кино, авторское кино и шедевры XXого века. Он вспомнил разговор с доктором Ф., состоявшийся вскоре после смерти Роберта Редфорда, во время которого Эжен говорил о своем восхищении фильмами Ингмара Бергмана (16ого сентября он посмотрел и получил огромное удовольствие от фильма Персона 1966ого года), а также о карьере актёра, отличавшейся стабильностью. Роберт Редфорд был элегантен как внешне, благодаря своему врожденному чувству стиля, так и морально, благодаря твердости своих убеждений, которые он стремился защищать на протяжении всей своей профессиональной жизни, сначала как актёр, затем как режиссёр и продюсер.
В тот прекрасный майский день они также обсуждали фильм, который, в некотором смысле, был «сезонным», — Милу в мае (на французском языке , « Milou en mai »), снятый в 1990ом году Луи Малле, чей фильм Блуждающий огонёк (на французском языке , « Le Feu follet »), снятый в 1963ем году с Морисом Роне и Жанной Моро в главных ролях, Эжен очень ценил. Фильм Милу в мае был в большей степени автобиографическим, поскольку Луи Малле стремился вспомнить свои годы становления во время событий мая 1968ого года, создавая семейную хронику, исследование нравов, действие которой разворачивается в великолепном семейном поместье в регионе Жер на юго-западе Франции.
Этот фильм был пронизан легкой ностальгией, и хотя он не стеснялся подчеркивать недостатки своих персонажей, как и положено хорошей социальной сатире, режиссёр в первую очередь предпочел показать своих героев с нежностью. В этом ансамблевом фильме снялось множество актёров, включая Доминика Блана, Валери Лемерсье, Бруно Каретта (который сыграл свою последнюю роль незадолго до смерти), Мишеля Пикколи в роли убежденного холостяка, который отказывается или, по крайней мере, изо всех сил пытается стать взрослым, и Мишеля Дюшоссуа в роли журналиста газеты Le Monde, которому удается добраться до семейного имения, несмотря на всеобщую забастовку, парализовавшую страну в мае 1968ого года, со своей последней пассией, молодой женщиной англосаксонского происхождения, которая наслаждается жизнью, не играя никакой значимой социальной роли — хотя она и не бездельничает, у неё нет профессии, что, кажется, её не слишком беспокоит, — и которая в настоящее время пишет книгу, в которой, как он утверждает, анализирует голлизм и, следовательно, причины этого социального феномена, который представляет собой нечто гораздо большее, чем просто социальное движение, и который в последующие десятилетия вызовет много споров, вызовет много анализа и размышлений, а также вдохновит на создание многочисленных художественных произведений, будь то книги или фильмы.
Снапораз очень любил этот фильм, который он видел в юности, и недавно он пересмотрел другой французский фильм, снятый в конце 1960-х годов Клодом Шабролем, французское название которого было вдохновлено серьёзной песней (одной из « Четырёх самых серьёзных песен ») Брамса, перефразирующей Экклезиаста : « Зверь должен умереть, но и также человек ». (на английском языке : The Beast Must Die — следует отметить, что английское название напоминает о том, что фильм основан на англосаксонском романе, написанном отцом актёра Дэниела Дэй-Льюиса, который использовал псевдоним Николас Блейк). Хотя игра Жана Янна в роли неоднозначного и трусливого злодея произвела на Снапораз сильное впечатление, он всё же признал, что общей нитью между этими двумя фильмами стало присутствие актёра Мишеля Дюшоссуа, попеременно смешного и серьёзного : невольно смешного в роли журналиста, который утверждает, что объясняет то, чего не понимает, и серьёзного, холодного и решительного в роли отца, чей маленький сын был сбит безответственным и трусливым водителем.
Даже несмотря на то, что доктор Ф. наслаждалась этими дискуссиями о кино, она не забывала, что её роль заключалась в том, чтобы помочь своему пациенту бросить курить. Поэтому она спросила его, как у него дела. Он смог ответить только, что всё хорошо, что всё было бы идеально, если бы не мелкие жизненные неприятности.
К числу этих мелких неудобств относилось общее плохое настроение его современников, и парижан в частности, которые были напряжены, агрессивны и нервничали по целому ряду причин, включая фрустрация и экономические трудности. Это приводило к поведению, которое было не просто яростным; оно было вульгарным и порой грубым, обнажая трещины под покровом цивилизации, где хорошие манеры и воспитание рушились при первом же признаке беды. Против этого мало что можно было сделать, кроме как сохранять чувство юмора.
Та же история повторялась и со строительными проектами, вторгающимися в столицу, — иллюстрация плохо продуманной и неэффективно управляемой политики ложного величия, с непомерными затратами, которые часто, если не всегда, превышали запланированные бюджеты, в постоянно отрицании демократию. Избранные должностные лица, мягко говоря, были небрежны и, откровенно говоря, в значительной степени равнодушны к общественным интересам, позволяя частным « партнерам » — в действительности, строительным гигантам — накапливать прибыль за счет общества, следуя старому доброму принципу взаимного распределения убытков и приватизации прибыли.
И всё же мы жили в демократии. Было ли это влияние доктора Ф., её бдительность, окрашенная иронией, или же результат их бесед, благодаря которым они вдвоем пришли к относительным истинам, которые послужили им мудростью и позволили принять неприемлемое, сохранив при этом критическое мышление ? Эжен Снапораз иногда интуитивно, если не с полной уверенностью, чувствовал, что общение с доктором Ф. позволяло ему, если не полностью осознать, то хотя бы периодически напоминать себе, как им повезло жить в демократии — благородном идеале, за который так упорно боролись их бабушки и дедушки, чтобы молодые поколения, родившиеся после Второй мировой войны и до начала XXIого века, могли жить в мире в свободной стране. Не прибегая к высокопарным словам, лишенным смысла из-за чрезмерного употребления, доктор Ф. указывала на то, что им действительно повезло иметь возможность выражать свое недовольство, будь то по отношению к правительству и политическому классу или к мелким мелочам повседневной жизни, которыми парижане, подобно своим провинциальным собратьям, без необходимости усложняли им жизнь. Доктор Ф. обладала даром оценивать проблемы в перспективе, релятивизировать их, устанавливая более точную иерархию страданий, источников разногласий и спорных вопросов — необходимую иерархию для того, чтобы разумно определить опасности, угрожающие демократии и социальной сплоченности, как их общему благу, так и благу их современников.
Таким образом, Снапораз мог вспомнить статую Бомарше, расположенную на улице Фобур Сен-Антуан, в непосредственной близости от площади Бастилии, мимо которой он проходил по пути на эти ставшие уже ритуальными беседы с доктором Ф. :
« Без свободы критики нет истинной похвалы ».
Да уж. Эжен же, напротив, считал, что нет ни одного жалующегося гражданина, который не находил бы удовлетворения в протестах, требованиях и недовольстве. Затем, понимая, что разговор рискует зайти в тупик, доктор Ф. переводил разговор на одну из своих любимых тем : воспоминания о поездках за границу, что позволяло проводить полезные сравнения.
Конечно, хорошо критиковать повторяющиеся поломки лифтов и техников, которые тратили на их ремонт целую вечность, мусор, заполонивший улицы, и тех, кто отвечал за его сбор — работу, которую они выполняли по принципу "закончено / исчезло" и, прежде всего, "сделано быстро / сделано плохо", — или неоправданную грубость таксистов, но стоит также помнить, что всегда случаются вещи и похуже, и что защита демократии требует гораздо более достойного поведения, вдохновленного непоколебимой этикой убеждений.
Снапораз, который не руководствовался столь требовательной этикой, как те, кем он восхищался, вспомнил свои поездки в Москву десятилетней давности, хотя казалось, что это было только вчера, и свое восхищение некоторыми памятниками российской столицы, такими как Большой театр, который без зазрения соперничал с Мариинским театром в Санкт-Петербурге, несмотря на более устоявшуюся в глазах западной общественности репутацию «балтийской Венеции» как города искусства и культуры; собор Василия Блаженного, архитекторам которого по приказу царя Ивана Грозного выкололи глаза в знак благодарности за постройку такого прекрасного здания — и «царь» XXIого века не смог удержаться от того, чтобы увековечить эту традицию обскурантизма, заключив в тюрьму участниц Pussy Riot, которые исполнили панк-молитву в Храме Христа Спасителя, разрушенном в 1930-х годах по приказу Сталина и восстановленном в 1990-х годах; Красная площадь, которая оказалась разочарованием по сравнению с мифом, который распространяли пропаганда и архивные изображения, основанные на демонстрациях силы и военных парадах, всегда бывших любимым и высоко ценимым развлечением для русского народа. Эжен вспомнил кремлевские башни и здание ГУМ, превращенное в рай для современных роскошных бутиков, но сохранившее на верхнем этаже кафе самообслуживания, где можно было попробовать некоторые известные русские блюда по умеренной цене, «бросая вызов всем конкурентам», и таким образом насладиться сбалансированным питанием по более низкой цене. Он также вспомнил Революционную площадь, расположенную напротив Большого театра, по другую сторону бульвара Театральный проезд, где стоял памятник Карлу Марксу. Несколько коммунистических активистов прошли по этой площади в фольклорной и, прежде всего, нелепой манере, если вспомнить грандиозные парады и массовые демонстрации прошлого.
Доктор Ф. не могла не заметить, что оппозиция центральному правительству была не очень существенной, и Снапораз добавил : коммунисты теперь были не более чем марионетками, если не сказать притворной наивностью, покорно управляемыми правительством, в то время как подлинные противники, те, кто восстал против режима, чтобы разоблачить его злоупотребления, больше не могли свидетельствовать. Политковскую, Немцова и Навального физически уничтожили просто за то, что они выполняли свой долг свободных граждан, глубоко приверженных демократическим ценностям, информируя своих сограждан о коррупции власть имущих. Их последователи были вынуждены принимать бесконечные меры предосторожности в своих публичных заявлениях, попав в тиски все более репрессивного законодательства, что, очевидно, снижало воздействие их посланий.
Снапоразу и доктору Ф., безусловно, повезло жить в демократической стране, где можно было сказать что угодно без большого риска; Но можно ли действительно сказать, что истинные противники режима в России были счастливы жить при автократическом режиме просто потому, что это позволяло им демонстрировать свою приверженность драгоценным демократическим ценностям ? Этот вопрос абсурден, и ответ, безусловно, НЕТ : они защищали демократию и заплатили за это своими жизнями, они встретили свою судьбу с силой, мужеством, доблестью, решимостью и упорством, потому что верили, вопреки всем доказательствам, в свою способность изменить порядок вещей, в возможность для своей страны однажды достичь обетованной земли демократии.
Москва слезам не верит — так называется советский фильм, получивший премию « Оскар » за лучший иностранный фильм в 1981ом году, и Снапораз верил в искренность собственных слез не больше, чем в свою способность вершить свою судьбу силой письма и своим писательским трудом. Как бы он ни старался, ему не хватало не идей, а способности придать им содержание и жизнь, сохранить определенную связность, оживить их, как персонажей, дыханием творчества. Он был обречен наблюдать за собой, пишущим, так же, как и за собой, живущим. Он всегда был внимательным зрителем величайших фильмов кинематографа, будь то шедевры XXого века или фильмы, отражающие исторические, социальные и политические реалии столетия, в котором он родился… но также и зрителем, одержимым странным безразличием к собственной жизни, словно он не мог воспринимать свою трагедию всерьез, в то же время глубоко переживая из-за того, что его не воспринимали всерьез ни те, кто его знал и ценил, ни анонимные и неизвестные люди, которых он хотел бы ослепить, поразить и очаровать, подобно актерам и героям, которые впечатляли и впечатляли его с юности и в годы становления личности. Тем не менее, ему удалось культивировать свои противоречия с искусством, даже если его блеск был не очевиден для всех.
Для него Санкт-Петербург был не просто городом искусства и культуры, посещаемым привилегированными западными туристами, то есть требовательными интеллектуалами, независимо от того, читали ли они романы Гоголя и Достоевского, те книги, действие которых разворачивалось в столице Петра, с персонажами, чьи неврозы были связаны с планировкой города, с его прямыми проспектами, его артериями, расположенными по точному и заранее продуманному плану, его внушительными и даже подавляющими памятниками, подавляющими так же, как и литературная репутация, которую помогли создать его лучшие писатели, от Пушкина до символистов Серебряного века на рубеже XXого века, не говоря уже об иностранных путешественниках, от Кюстина до Дюма, через Вольтера и Казанову. Снапораз кое-что об этом знал, потому что, если он и не верил в своё предназначение как писателя, то не из-за недостатка знаний о классике. К уже упомянутым именам он мог бы добавить Тургенева, Гончарова, Лермонтова и Толстого — писателей, которые его очаровали, даже если чтение их книг, к сожалению, не наделило его даром письма и прекрасным стилем… Для Эжена Санкт-Петербург был также фильмом, современным фильмом Блокадный дневник (Le Journal du blocus на французском языке, или A Siege Diary на английском языке), снятым в 2020ом году Павлом Зайцевым. Фильм, рассказывающий историю женщины во время блокады Ленинграда, во время Второй мировой войны, а точнее, в самую холодную зиму войны, убеждённой, что умрёт от голода после похорон мужа, которая отправляется на поиски отца, что заставляет её пересечь весь город, скорее мёртвую, чем живую, тень среди теней, ставшую трупной от холода и голода…
Но почему этот фильм произвел на Евгения такое сильное впечатление ?
Поначалу это влечение смущало его, поскольку ему было очень трудно понять самого себя. Евгений, обычно предпочитавший кинематограф XXого века, и особенно итальянские фильмы, испытывал странное и смущающее влечение к этому фильму, который, априори, ничем его не привлекал, учитывая его огромную потребность в развлечениях и смехе. Возможно, именно потому, что этот фильм об осаде Санкт-Петербурга был чистой трагедией, он так глубоко затронул Снапораза и даже заставил его покинуть кинотеатр, потому что фильм вызвал у него такой дискомфорт, что он чуть не упал в обморок. Более того, этот фильм гораздо лучше отражает и воплощает в себе « город Петра » в решающий момент его истории, чем Москва слезам не верит, горько-сладкая, несколько сентиментальная хроника, рассчитанная на американцев, возможно, не лишенная глубины, но которая не привлекала Евгения.
Он не был чужд очарованию благородного, величественного жанра, что, несомненно, объяснялось его потребностью в признании, одной из главных причин его нескромности (всем известно, что великие умы, те, кто добился неоспоримых успехов или способствовал прогрессу человечества, по своей природе скромны). Он видел множество горько-сладких хроник, знал некоторые из них и в любом случае предпочитал фильмы, действие которых происходит в Италии, даже если не все из них были сняты итальянцами : Комната с видом (1985, по книге, также озаглавленной A Room With a View, написанной в 1908ом году), Морис (1987, по одноименной книге, написанной до Первой мировой войны) — фильмы Джеймса Айвори, вдохновленные книгами писателя Э. М. Форстера, который сам принадлежал к традиции англосаксонских авторов, приезжавших в Италию за вдохновением, таких как лорд Байрон, Оскар Уайльд, Генри Джеймс или Эдит Уортон. Фильм Ностальгия, вышедший в 1983ом году и особенно понравившийся Эжену, был снят русским режиссером Андреем Тарковским, похороненным в крупнейшем православном некрополе Европы, кладбище Сент-Женевьев-де-Буа, расположенном в пригороде Парижа. Аналогично, в юности Эжен открыл для себя фильмы русского режиссера Никиты Михалкова, сначала вдохновленные пьесами и рассказами Чехова (Незаконченная партитура для механического пианино (1977), Несколько дней из жизни Обломова (1980), по мотивам Гончарова…), или фильмы, изображающие историю Советского Союза (Утомлённые солнцем, 1994), а также этот странный и очень красивый фильм, также вдохновленный рассказом Чехова, опубликованным в 1899 году, Дама с собачкой, который носил название Очи чёрные (1987).
Наконец, и, пожалуй, самое важное, как в игре — но в игре, правила которой казались сложными даже ему самому, — он отождествлял себя с главным героем фильма Блокадный дневник, странствующим, замерзшим, хладнокровным, не как проклятые души Данте в кругах ада, и не как душа, ведомая любовью к нереальной и идеализированной Беатриче, а как измученная душа, которая должна искупить порок неправильно направленной любви, сталкиваясь с равнодушными демонами, а также с подавляющим влиянием литературы, потому что « классики » — это писатели, которые внесли свой вклад в мировое литературное наследие, создав шедевры. Ему также нравилось развлекаться, но и учиться через фильмы. Короче говоря, Эжен мог сказать, что его завораживала не только литературная репутация Санкт-Петербурга, потому что Санкт-Петербург был чем-то большим; это был город, который, помимо прочего, вдохновил гораздо больше, чем просто писателей.
И он предпочитал Москву Санкт-Петербургу не потому, что столица большевиков предпочитал столицу царей, а потому, что литературная репутация « Белокаменного города » была менее впечатляющей, чем у « Венеции Прибалтики ». Это не мешало Москве также обладать литературной традицией и репутацией : таким образом Евгений открыл для себя дома писателей, расположенные в Арбатском районе, богемном квартале на западе города, где он смог посетить дома Чехова, Лермонтова, Андрея Белого и Пушкина, не говоря уже о домах Скрябина или Шаляпина, и даже о знаменитой резиденции Льва Толстого, Ясной Поляне, расположенной более чем в 200 километрах к югу от столицы.
Евгений также открыл для себя писателей, которые использовали Москву в качестве места действия своих рассказов : Булгаков помещает начало Мастера и Маргариты у Патриарших прудов; Венедикт Ерофеев утверждает, что в начале своей пьяной одиссеи между Москвой и Петушками, описанной в Москве-Петуцком, он не видел Кремля ; а Владимир Сорокин помещает действие Одного дня из жизни опричника в футуристическую Москву — будущее, которое, тем не менее, приближается, поскольку он выбрал 2028 год.
Доктор Ф., которая слушала объяснения Евгения с переменным вниманием и из лучших побуждений, почувствовал, что её интерес вновь разгорелся, когда он услышал о современных писателях. Она сама читала произведения автора, который в художественной форме описывал перепады настроения и негативные мысли, как их описал Снапораз, которые, могут вызывать у современного персонажа мелкие жизненные неприятности, и находила это занятие, если и не полезным, то, по крайней мере, приятным с точки зрения читателя. Она добавила, чтобы не обидеть собеседника, что восхищается его стремлением самостоятельно выучить иностранный язык с целью освоить культуру, которая была для него совершенно чуждой, или, по крайней мере, познакомиться с таким внушительным памятником, как великая русская культура. Она добавила в шутку, что он даже мог произносить ругательства по-русски, и она этого не замечала. Эжен Снапораз успокоил её : он не знал многих ругательств и оскорблений на русском языке, не из-за наивности или ангельского замысла, а просто потому, что учебники по изучению степей и боярского языка в основном фокусировались на грамматике и « полезной » лексике — той, которая позволяет быть понятым, не вызывая неприязни.
Однако у него была история, которой он хотел поделиться с доктором Ф., история, касающаяся именно современной литературы и которая могла бы сблизить их. В творчестве современного писателя, которым он очень восхищался, поскольку ценил его юмор и умение дистанцироваться от трагедии — то есть, устанавливать иерархию, посредством полезной контекстуализации, между важным и незначительным — Егора Грана, чтобы не называть его имени, обнаружил педагогический подход к сленговому выражению, которое на русском языке переводится как « Кто знает ? » или « Только Бог знает »: « хуй знает ». Это, казалось бы, вульгарное выражение оживляло разговоры обычных россиян, даже когда они заходили в социальные сети, чтобы комментировать текущие политические и международные события или делиться своей жизнью. Это был не единственный способ, которым эти простые граждане могли выразить свое недоумение; у них также был более мягкий и менее агрессивный вариант — « блин ».
Современная литература могла быть столь же образной, как кино или классическая литература. Но Евгений Снапораз, хотя и знал некоторые из этих фильмов, не ставил их так высоко, как послевоенные шедевры, и не знал некоторых книг великих русских авторов XIXого века, таких как Семейное счастье, Дьявол и Смерть Ивана Ильича Льва Толстого, или Записки из подполья, главный герой которых скрежещет зубами на нормального человека и сторонников традиционного счастья, своего соперника Федора Достоевского — книги, между которыми очень трудно сделать выбор. Евгению Снапоразу, будучи истинным интеллектуалом, всегда было трудно делать выбор… Но как можно было выбрать между Достоевским и Толстым ?
« Хуй знает ».
Доктор Ф. не могла винить Евгения за его растерянность перед лицом гигантов литературы; её даже забавляла его борьба со сложностью. Она отмечала, прежде всего, с некоторым облегчением, что эти мучения, по крайней мере на данный момент, не побуждали его снова начать курить, как будто они действительно отталкивали его.
Поэтому, чтобы отвлечь или развлечь её, Евген рассказывал ей, что одним из его утешений, одним из его удовольствий в изучении русского языка является грамматика этого языка. Он изучал кириллицу, что позволяло ему понимать прочитанное на русском языке, несмотря на значительные пробелы в словарном запасе, но одним из источников его радости была сложность русской грамматики, не только потому, что она представляла собой задачи для решения, но и потому, что она напоминала ему языки, которые он изучал в юности : латынь и немецкий в средней школе, а также древнегреческий после университета.
Он, конечно, не мог утверждать, что древнегреческий помогал ему в повседневной жизни : этот язык доставлял ему исключительно интеллектуальное удовольствие; он, например, считал, что в греческой грамматике всегда есть « что-то дополнительное »: дополнительное наклонение, оптатив, дополнительное время, аорист, и дополнительное число, двойственное.
В русском языке было примерно то же самое : он обнаружил аспекты глаголов, перфективный и имперфективный, противопоставление которых основано на ролях, сравнимых с ролями простых и перфективных длительных времен в английском языке, подчеркивающих результат действия или, наоборот, действие в процессе.
И Евгений также обнаружил язык с флексиями, с шестью падежами, как в латыни : именительный, винительный, родительный, дательный, творительный и местный или предложный; и еще больше исключений и особенностей.
Чтобы доктор Ф. поняла, он привел только один пример: родительный падеж, который во французском языке имеет тот же корень, что и « géniteur » (генитальный), « parties génitales » (половые органы) или « engendrer » (порождать); а в русском языке родительный падеж имеет тот же корень, что и слово « родители », те, кто порождает.
Что можно было бы заключить из такой связи ?
Здесь нет ничего конкретного, научного, стабильного или долговечного в том смысле, в каком изучение и обучение должны обеспечивать консолидированные знания.
Изучение может привести к забавным связям, не более того: вы ищете одно, а находите другое. Важно получать от этого удовольствие, открывать для себя его полезность, даже если эта полезность чисто интеллектуальная и лишена какого-либо практического применения. В этом и заключается само определение случайного открытия.
Именно с этими мыслями Эжен Снапораз попрощался с доктором Ф., которая был весьма рад найти несколько коробок с « Никореттой » и « Никопатчем »: по крайней мере, это было что-то осязаемое. На каникулы она була бы ездить и посетить с семьей, по совету своей пациентки, воссозданную пещеру Коскер, расположенную рядом с музеем в Марселе : это посещение не только дарило эмоции и восторг от захватывающе красивых наскальных рисунков, украшающих пещеру, но и могло погрузить посетителей в пучину недоумения, если учесть, что она была заселена нашими предками более 30 000 лет назад.
По крайней мере, это был пример того, как наука стала доступна каждому.
Conversations with Dr. F.
Thursday, May 7, 2026.
Eugène Snaporaz was greatly enjoying his conversations with Dr. F., because, in addition to being intelligent and cultured, she was making effort to highlight his strong points and to support him as best she could in his efforts to quit smoking.
In return, Eugène had brought her his last boxes of "Nicorette" gum and "Nicopatch" patches, which was the least he could do, given that these chewing gums now disgusted him for no particular reason : they had a flavor, just like the gums sold outside of pharmacies. However, Snaporaz now preferred Hollywood chewing gums, perhaps because they reminded him of his youth, or perhaps because they evoked the formidable American entertainment industry, which had fascinated Eugène like all teenagers, and against which he now tried to defend a more demanding cinema, auteur cinema, and the masterpieces of the 20th century.
He recalled a conversation with Dr. F., shortly after Robert Redford's death, during which Eugène had spoken of his admiration for Ingmar Bergman's films (on September 16th, he had seen and greatly enjoyed Persona, a 1966 film), as well as for the actor's career, characterized by its coherence. Redford was elegant both in appearance, thanks to his innate sense of style, and morally, due to the firmness of his convictions, which he had sought to defend throughout his professional life, first as an actor, then as a director and a producer.
On that beautiful May day, they had also discussed a film that was, in a way, "of the season", May Fools (in French, Milou en mai), directed in 1990 by Louis Malle, whose The Fire Within (in French, Le Feu follet), directed in 1963 and starring Maurice Ronet and Jeanne Moreau, Eugène had greatly admired. May Fools was a more autobiographical film, in that Louis Malle sought to recall his formative years during the May '68 events by evoking a family chronicle, a study of manners, set on a splendid family estate in the Gers region of southwestern France.
This film was imbued with a gentle nostalgia, and even though it didn't shy away from highlighting the foibles of its characters, as any good social satire should, the director primarily chose to view his characters with tenderness. A host of actors starred in this ensemble film, including Dominique Blanc, Valérie Lemercier, Bruno Carette (who played his last role shortly before his death), Michel Piccoli as a confirmed bachelor who refuses, or at least struggles, to become an adult, and Michel Duchaussoy as a Le Monde journalist who manages to reach the family estate despite the general strike paralyzing the country during May '68 with his latest conquest, a young woman of Anglo-Saxon origin who enjoys herself immensely, deprived of any significant social role — while not idle, she doesn't have a profession, which doesn't seem to bother her unduly — and who is currently writing a book in which he purports to analyze Gaullism, and therefore the reasons of this social phenomenon, which is far more than a simple social movement, and which will be called upon, in the decades to come, to cause much controversy, of ink, to provoke much analysis and reflection, but also to inspire numerous works of fiction, whether books or films.
Snaporaz was very fond of this film, which he had seen in his youth, and he had recently rewatched another French film, made in the late 1960s by Claude Chabrol, whose French title was inspired by a serious song (one of the "Vier ernste Gesänge") by Brahms, paraphrasing Ecclesiastes : “The beast must die, but so must the man.” (in English : The Beast Must Die - it should be noted that the English title recalls that the film is based on an Anglo-Saxon novel, written by the father of the actor Daniel Day-Lewis, who used the pseudonym Nicholas Blake). Although impressed by Jean Yanne's performance as an ambiguous and cowardly villain, Snaporaz had to admit that the common thread between these two films was the presence of actor Michel Duchaussoy, by turns funny and serious, unintentionally funny as a journalist who claims to explain what he doesn't understand, serious, cold, and determined as a father whose young son has been hit by a irresponsible and coward driver.
Even though Dr. F. enjoyed these discussions about cinema, she didn't forget that her role was to help her patient quit smoking. She therefore asked him how he was doing. He could only reply that he was fine, that everything would have been for the best, were it not life's little annoyances.
Among these minor inconveniences, was the general bad temper of his contemporaries, and Parisians in particular, who were stressed, aggressive, and made nervous for a whole host of reasons, including frustration and economic constraints. This resulted in behavior that was more than vehement; it was vulgar and sometimes crude, revealing cracks beneath the veneer of civilization, behind which good manners and upbringing crumbled at the first sign of trouble. Against this, there was little that could be done except maintaining the proper sense of humor.
It was the same story with the works in progress and construction sites that were taking over the streets of the capital, an illustration of a poorly conceived, ill-managed policy of false « grandeur », with exorbitant costs that often exceeded planned budgets, in a constant denial of democracy. Elected officials were, to say the least, negligent and, frankly speaking, largely unconcerned with the public interest, allowing « partners » of the private sector — in reality, the construction giants — to amass profits at the expense of the community, according to the good old principle of mutualizing losses and privatizing profits.
Yet, we were still in a democracy. Was it the influence of Dr. F., her vigilance tinged with wry irony, or through their conversations, that the two of them were managing to arrive at relative truths that served them as wisdom and allowed them to accept the unacceptable, while still maintaining their critical thinking ? Eugène Snaporaz sometimes had the intuition, if not outright conviction, that his interactions with Dr. F. allowed him, if not to become fully aware, then at least to periodically remind himself how fortunate they were to live in a democracy — a noble ideal for which their grandparents had fought so hard, so that younger generations, those born after the Second World War and up to the beginning of the 21st century, could live in peace in a free country. Without resorting to grand words, emptied of their meaning by abusive use, Dr. F. pointed out that they were indeed lucky to be able to express their displeasure, whether against the government and the political class, or against the petty incivilities of daily life with which Parisians, just like their provincial cousins, needlessly complicated their own lives, to themselves and at each other. Dr F. was skilled at viewing problems in context, comparing them, and determining which issues caused the most suffering, discord, or controversy. This ability to set priorities was essential for recognizing, with sound judgment, threats to democracy and social cohesion, as well as the collective welfare of both present and future generations.
Snaporaz could thus think of the statue of Beaumarchais located on the "rue du Faubourg Saint-Antoine", in the immediate vicinity of the "place de la Bastille", which he had passed on his way to these now ritual conversations with Dr. F. :
« Without the freedom to criticize, there is no true praise. »
Yes, sure. Eugène, on the other hand, thought that there isn't a single complaining citizen who doesn't find some satisfaction in protesting, demanding, and grumbling. Then, realizing that the conversation risked becoming bogged down in unproductive dead ends, Dr. F. would guide his interlocutor towards one of his pet topics : reminiscing about trips abroad, which allowed for useful comparisons.
It's all well and good to rail against the recurring elevator breakdowns and the technicians who took forever to fix them, against the garbage that overflowed the streets and those responsible for collecting it — a task they performed according to the principles of "finished and gone" and, above all, "quick done / poorly done" — or against the unjustified rudeness of taxi drivers, but it's also worth remembering that there are always worse things happening elsewhere, and that defending democracy calls for far more dignified behavior, inspired by an incorruptible ethic of conviction.
Snaporaz, who was not driven by such a demanding ethic as those he admired, remembered his trips to Moscow some ten years ago, even though it seemed like only yesterday, and his wonder at some of the Russian capital's monuments, like the Bolshoi Theatre, which rivaled the Mariinsky Theatre in Saint Petersburg without blushing, despite the latter's better-established reputation in Western public opinion as a city of art and culture; Red Square, disappointing compared to the myth that propaganda and archival and movies images had helped to spread, based on displays of force and military parades, which had always been a favorite and much-appreciated form of entertainment for the Russian people; he remembered the Kremlin towers and the GUM building, transformed into a conglomerate for contemporary luxury boutiques, but which had retained, on the top floor, a self-service cafeteria where one could sample some renowned Russian dishes for a modest, "unbeatable" price, and thus make a balanced meal at a lower cost.
He also remembered Revolution Square, located opposite the Bolshoi Theatre, on the other side of Teatralny Proezd Boulevard, where the statue of Karl Marx stood. A few communist activists marched in this square in a folkloric and, above all, ludicrous manner, if one recalls the grand parades and massive demonstrations of the past.
Dr. F. couldn't help but point out that the opposition to the central government wasn't very strong, and Snaporaz went even further : the russian communists were now nothing more than puppets, not to say people of feigned "naiveté", complacently manipulated by the government, while the genuine opponents, those who had stood up against the regime to denounce its abuses, were no longer there to bear witness. Politkovskaya, Nemtsov, and Navalny had been physically eliminated, simply because they had done their duty as free citizens, viscerally attached to democratic values, by informing their fellow citizens about the corruption of the government, and their followers were forced to take infinite precautions in their public pronouncements, caught in the grip of increasingly repressive legislation, which obviously diminished the impact of their message. Snaporaz and Dr. F. were fortunate to live in a democratic country, where anything could be said without great risk; but could one really say that genuine opponents of the regime in Russia were fortunate to live under an autocratic regime, simply because it allowed them to demonstrate their commitment to precious democratic values ? The question is absurd, and the answer is certainly NO : they defended democracy and paid for it with their lives; they faced their destiny with strength, courage, valor, determination, and stubbornness, just because they believed, against all odds, in their power to change the order of things, in the possibility for their country to one day reach the promised land of democracy.
Moscow Doesn't Believe in Tears (Москва слезам не верит, in Russian and in Cyrillic) is the title of a Soviet film that won the Academy Award for Best Foreign Language Film in 1981, and Snaporaz believed no more in the sincerity of his own tears than in his ability to forge a destiny through the sheer force of writing and his work as a writer. Try as he might, and try again, it wasn't ideas he lacked, but the ability to give them substance and life, maintaining a certain coherence, to animate them like characters, with the breath of creation. He was condemned to watch himself write as he watched himself live, he who had always been an attentive spectator of the greatest films in cinema, whether masterpieces of the 20th century or films that reflected the historical, social, and political realities of the century in which he was born... but also a spectator possessed by a strange nonchalance toward his own life, as if he couldn't take his own tragedy seriously, while being deeply affected by not being taken seriously, whether by the people who knew and appreciated him, or by the anonymous and unknown people he would have liked to dazzle, astonish, and captivate, in the manner of the actors and heroes who had impressed and impressed him since his adolescence and formative years. He had nevertheless managed to cultivate his contradictions with artistry, even if his panache wasn't obvious to everyone.
For him, Saint Petersburg was not just the city of art and culture visited by privileged Western tourists, that is to say, demanding intellectuals, whether or not they had read the novels of Gogol and Dostoevsky, those books which took Peter's capital as their setting, featuring characters whose neuroses were linked to the plan of the city, with its straight avenues, its arteries gridded according to a precise and preconceived plan, its imposing and even overwhelming monuments, overwhelming in the same way as the literary reputation that its best writers had helped to establish, from Pushkin to the symbolists of the Silver Age at the turn of the 20th century, not to mention foreign travelers, from Custine to Dumas via Voltaire and Casanova. Snaporaz knew something about this, because if he didn't believe in his destiny as a writer, it wasn't for lack of having read the classics, and to the names already mentioned he could add those of Turgenev, Goncharov, Lermontov, and Tolstoy, among the writers who had captivated him, even if reading their books had unfortunately not bestowed upon him the gift of writing in a beautiful style... For Eugene, then, Saint Petersburg was also a film, a contemporary film, A Siege Diary (Блокадный дневник in Cyrillic), directed in 2020 by Pavel Zaytsev. A film telling the story of a woman during the Siege of Leningrad, during World War II, and more specifically during the coldest winter of the war, convinced that she will die of hunger after burying her husband, who sets out in search of her father, which forces her to cross the entire city, more dead than alive, a shadow among shadows made cadaverous by the cold as much as by hunger...
But why had this film made such a strong impression on Eugene ?
This attraction was especially disconcerting for him, as he had so much trouble understanding himself. Eugene, who usually preferred 20th-century cinema, and Italian films in particular, felt a curious and disconcerting attraction to this film, which, a priori, had nothing to appeal to him, given his so great need for amusement and laughter. Perhaps it was because this film about the siege of Saint Petersburg was a pure tragedy that it had so deeply affected Snaporaz, and had even forced him to leave the theater, because the film had made him so uncomfortable that he had almost fainted. Furthermore, this film is and encapsulates the « city of Peter » at a crucial moment in its history, far more so than Moscow Does Not Believe in Tears (Москва слезам не верит, in Cyrillic), a bittersweet, somewhat sentimental chronicle, designed to appeal to Americans, perhaps not without depth, but which held no appeal for Eugene.
He was not immune to the charms of the noble and « grand genre », most certainly due to his need for recognition, one of the main causes of his lack of modesty (Everyone knows that great minds, those with undeniable successes to their credit, or those who have enabled humanity to make some progress, are naturally modest). He had seen a great many bittersweet chronicles, knew some of them, and in any case preferred those set in Italy, even if the films were not all made by Italians : A Room With a View (1985, based on the book also titled A Room With A View, written in 1908), Maurice (1987, based on the book of the same name written before the First World War), were films by James Ivory inspired by the books of the writer E. M. Forster, himself part of a tradition of Anglo-Saxon authors who came to Italy to find inspiration, like Lord Byron, Oscar Wilde, Henry James or Edith Wharton. And Nostalghia, a film released in 1983 which Eugène particularly appreciated, had been shot by the Russian director Andrei Tarkovsky, buried in the largest Orthodox necropolis in Europe, the Sainte-Geneviève-des-Bois cemetery located in the Parisian suburbs. Similarly, in his youth, Eugène had discovered the films of the Russian director Nikita Mikhalkov, initially those inspired by plays and short stories by Chekhov (An Unfinished Piece for Mechanical Piano (1977), A Few Days from the Life of I. I. Oblomov (1980), based on Goncharov...), or films depicting the history of the Soviet Union (Burnt by the Sun, 1994), but also this strange and very beautiful film, also inspired by a Chekhov short story published in 1899, The Lady with the Dog, which bore the title Dark Eyes (1987 - in Russian, Ochi tchorniye, and in Cyrillic, Очи чёрные).
Finally, and perhaps most importantly, as a game — but a game whose rules seemed complicated even to him — he identified with the main character of the film A Siege Diary (in Cyrillic, Блокадный дневник), wandering, frozen, cold-hearted, not like Dante's damned souls in the circles of Hell, nor like a soul guided by love for an unreal and idealized Beatrice, but like a tormented soul who must atone for the vice of misdirected love while confronting lukewarm demons as well as the overwhelming references of literature, because the « classics » were writers who had added masterpieces to the world's literary heritage. He also liked to be entertained, but also to learn through films. In short, Eugène could say that it wasn't just St. Petersburg's literary reputation that fascinated him, because St. Petersburg was more than that; it was a city that, among other things, had inspired far more than just writers.
And he preferred Moscow to St. Petersburg, not because he preferred the capital of the Bolsheviks to the one of the Tsars, but because the literary reputation of the « White Stone City » was less overwhelming than the one of the « Venice of the Baltic ». This did not prevent Moscow from also having a literary tradition and reputation : Eugene had thus discovered the writers' houses located in the Arbat district, a bohemian district in the west of the city where he had been able to visit the houses of Chekhov, Lermontov, Andrei Bely and Pushkin, not to mention those of Scriabin or Chaliapin, nor even the famous residence of Leo Tolstoy, Yasnaya Polyana, located more than 200 kilometers south of the capital.
Eugene had also discovered writers who had used Moscow as the setting for their stories : Bulgakov places the beginning of The Master and Margarita near Patriarch's Ponds; Venedikt Erofeev claims that at the start of his drunken odyssey between Moscow and Petushki, recounted in Moscow-Petushki, he didn't see the Kremlin; and Vladimir Sorokin sets the action of One Day in the Life of an Oprichnik in a futuristic Moscow—a future that is nonetheless approaching, since he had chosen the year 2028.
Dr. F., who had listened to Eugene's explanations with fluctuating attention and the best goodwill, felt her interest rekindled when she heard about contemporary writers. She herself had read an author who had fictionalized the mood swings and negative thoughts that the minor annoyances of existence, as described by Snaporaz, could inspire in a modern-day character, and she had found this exercise, if not salutary or beneficial, at least enjoyable from her perspective as a reader. She added, so as not to offend her interlocutor, that she admired the fact that he had sought to learn a foreign language on his own, with the aim of appropriating a culture that was radically foreign to him or, at the very least, of familiarizing himself with a monument as intimidating as the great Russian culture. She added, jokingly, that he could even have uttered obscenities in Russian without her noticing. Eugene Snaporaz reassured her : he didn't know many swear words and insults in Russian, not out of naiveté or angelism, but simply because textbooks for learning the language of the steppes and boyars focused primarily on grammar and "useful" vocabulary—the kind that allows one to be understood without being disliked.
He did, however, have an anecdote to share with Dr. F., one that dealt specifically with contemporary literature and might bring them closer together. In the work of a contemporary writer he greatly admired, because he appreciated his humor and his ability to distance himself from tragedy — that is, to establish a hierarchy, through useful contextualization, between what is important and what is insignificant — Iegor Gran, not to name his name, had discovered a pedagogical approach to a slang expression that, in Russian, meant " Who knows ?" or "Only God knows" : "The dick knows." This seemingly vulgar expression enlivened the conversations of average Russians, even when they went on social media to comment on current political and international events, or to share their lives. It wasn't the only way these ordinary citizens could express their bewilderment; they also had the gentler and less aggressive « блин », which can be translated in English by "pancake".
Contemporary literature could be just as figurative as cinema or classical literature. But Eugene Snaporaz, even though he knew some of these films, didn't place them as high as the post-war masterpieces, nor did he know some of the books by the great 19th-century Russian authors, such as Family Happiness, The Devil, and The Death of Ivan Ilyich by Leo Tolstoy, or Notes from Underground, whose main character gnashes his teeth at the normal man and the proponents of conventional happiness, by his rival Fyodor Dostoevsky — books between which it is very difficult to choose. Eugene Snaporaz, being a true intellectual, always had difficulty making choices... But how could one choose between Dostoevsky and Tolstoy ?
"хуй знает." The dick knows.
Dr. F. couldn't blame Eugene for his perplexity in front of the giants of literature; she was even amused by his struggle with complexity. She noted, above all, with a certain relief, that these torments, for the moment, were not prompting him to take up smoking again, as if they were actually driving him away.
So, to distract or amuse his interlocutor, Eugene would tell her that one of his consolations, one of his pleasures in studying Russian, was the grammar of that language. He had studied the Cyrillic alphabet, which allowed him to understand what he read in Russian despite significant gaps in his vocabulary, but one of his sources of joy was the complexity of Russian grammar, not only because it presented problems to solve, but also because it reminded him of the languages he had studied in his youth : Latin and German in high school, and Ancient Greek after his university studies.
He certainly could not claim that ancient Greek helped him in daily life : this language offered him purely intellectual pleasures; he had noticed, for example, that in Greek grammar there was always "something extra": an extra mood, the optative, an extra tense, the aorist, and an extra number, or person, the dual.
And Eugene had also discovered a language with inflections, with six cases, like in Latin : the nominative, accusative, genitive, dative, instrumental, and locative or prepositional; and even more exceptions and peculiarities.
To make Dr. F. understand, he had cited only one example : the genitive, which in French has the same root as "géniteur" (genital), "parties génitales" (genital parts), or "engender" (to engender); and in Russian, the genitive case ("родительный падеж", "raditelni padejd") has the same root as the word "parents" («родители», raditeli), those who engender.
What could be deduced from such a connection ?
Not much concrete, scientific, stable, or lasting, in the sense that study and learning are supposed to provide consolidated knowledge.
The study might lead to amusing connections, nothing more : you look for one thing, and you find something else. The important thing is to enjoy it, to discover its usefulness, even if that usefulness is purely intellectual and devoid of any practical application. That is the very definition of serendipity.
It was with these thoughts in mind that Eugène Snaporaz took his leave of Dr. F., who was quite pleased to have recovered some boxes of "Nicorette" and "Nicopatch": that, at least, was something tangible. For her holidays, she would go with her family and, on the advice of her patient, visit the reproduction of the Cosquer cave, which is located next to the Mucem in Marseille : not only did this visit provide emotions and thrills, in front of the breathtakingly beautiful rock engravings that adorned the cave, but it could plunge visitors into abysses of perplexity, if one considers that it was inhabited by our ancestors more than 30,000 years ago.
That, at least, was science made accessible to everyone.
(1) Attention : "Cité de pierre blanche" est un des surnoms de Moscou, alors que la "Cité de Pierre", en référence à Pierre le Grand, est un des surnoms de Saint-Pétersbourg, tout comme la "Venise de la Baltique".
(2) « Хуй знает » : « khouil znaïet », selon sa transcription littérale en alphabet romain.
Iegor Gran précise que cette drôle d'expression peut s'écrire de manière codée : Kh.Z (X3 en russe).
(3) Voyage clandestin avec deux femmes bavardes, aux éditions P.O.L, 2023.
livre dans lequel Iegor Gran raconte la vie ordinaire de deux femmes russes, deux quinquagénaires aux prises avec les difficultés de la vie matérielle et les fins de mois difficiles qui sont sur les réseaux sociaux pour affirmer leurs convictions et réagir à l'actualité, en réalité pour "exister" : elles n'existent que par les "posts" avec lesquels elles réagissent à l'actualité, principalement politique, du fait de la guerre en Russie, avec laquelle le pouvoir essaie de faire oublier les problèmes économiques qui ont pour conséquence un pouvoir d'achat limité pour la grande majorité des citoyens russes... exactement comme dans l'URSS brejnevienne ou dans les films italiens de l'entre-deux-guerres, chargés de faire oublier leur quotidien aux masses italiennes, avec des comédies sentimentales dont Vittorio De Sica était l'acteur vedette et que, plus tard, la critique et les partisans du Néo-réalisme de l'Après-guerre, appelaient les "comédies à la hongroise" caractéristique du "cinéma des téléphones blancs".
