La Boétie et Rousseau

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Selon La Boétie, trois raisons peuvent expliquer que le peuple puisse être l’instrument de son propre esclavage :

1. L’habitude et la coutume ;

2. La manipulation du puissant ;

3. L’intérêt ou le profit.

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1. L’habitude ou la coutume :

   Pour La Boétie, tous les hommes vivent sur un pied d’égalité fraternelle et, comme les animaux, cherchent à défendre leur liberté. Ceux qui acceptent de se soumettre sont donc dénaturés, ils ne sont plus alors des hommes. Si la force peut contraindre un homme à obéir, c’est surtout l’habitude qui asservit, une habitude qui a fait oublier à l’homme qu’il était libre.  Aussi seuls l’éducation et la savoir sont capables de maintenir l’homme libre éveillé en l’écartant de l’ignorance qui le maintient dans la servitude.

« La première raison pour laquelle les hommes servent volontiers, est parce qu’ils naissent serfs et sont nourris comme tels. »

2. La manipulation du puissant :

   Pour maintenir son pouvoir le tyran cherche à abrutir ses sujets. L’alcool, le sexe, les jeux : autant de moyens de contrôler le peuple en assouvissant ses instincts les plus bas. A cela s’ajoute la religion et la superstition, auxiliaires indispensables du pouvoir.

   « Le théâtre, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes curieuses, les médailles, les tableaux et autres drogues de cette espèce étaient pour les peuples anciens les appâts de la servitude, le prix de leur liberté ravie, les outils de la tyrannie. »

3. L’intérêt et le profit :

   Pour se maintenir en place, le tyran a besoin d’un petit nombre d’individus qu’il laisse profiter du système. Il les « tient » par l’appât du gain, les honneurs. Ainsi se maintient la structure pyramidale de la société, que le tyran contrôle du sommet à la base grâce à une chaîne ininterrompue d’hommes à son service profitant de ses bienfaits. A la base de cette pyramide, le peuple ne fait que soutenir la domination d’une « bande organisée » dont le chef est « sacré ».

   « En somme, par les gains et les faveurs qu’on reçoit des tyrans, on en arrive à ce point qu’ils se trouvent presque aussi nombreux, ceux auxquels la tyrannie profite, que ceux auxquels la liberté plairait. »

   Ainsi, il suffirait que la base de cette structure renonce à soutenir l’édifice social en place pour que celui-ci s’écroule de toutes pièces.

   Rédigé en 1549 et publié en 1576, le Discours de la servitude volontaire prend le contrepied de l’œuvre de Machiavel Le Prince, écrite en 1513 et dédiée à Laurent de Médicis, seigneur de Florence. Il s’agit là d’un ouvrage qui prodigue des conseils politiques au Prince afin que ce dernier gouverne avec efficacité, gouvernance qui peut, par exemple, prendre la forme de la tyrannie. La Boétie, au contraire, remet en cause la légitimité des puissants dont la domination sur le peuple ne repose, selon lui, sur rien de légitime. En portant un regard neuf sur la relation dominant/dominé, le jeune auteur soutient une thèse originale : la puissance du tyran repose exclusivement sur le consentement populaire. Une fois que le peuple refuse cette puissance, le pouvoir du tyran s’écroule.

   Mon opinion :

   La monarchie républicaine dans laquelle nous vivons invalide cette thèse optimiste du jeune humaniste La Boétie. Et une des raisons, c’est que les chefs d’Etat qui nous gouvernent, aussi bien Macron que Poutine, ont lu Machiavel. Ils en ont lu d’autres, ils maîtrisent la rhétorique dont ils savent utiliser toutes les ficelles pour travestir la réalité à leur avantage, en particulier quand il s’agit de leur bilan.

   Rousseau.

   « Il y a donc une profession de foi purement civile dont il appartient au souverain de fixer les articles, non pas précisément comme dogmes de religion, mais comme sentiments de sociabilité sans lesquels il est impossible d’être bon citoyen ni sujet fidèle. Sans pouvoir obliger personne à les croire, il peut bannir de l’Etat quiconque ne les croit pas, il peut le bannir, non comme impie, mais comme insociable, comme incapable d’aimer sincèrement les lois, la justice, et d’immoler au besoin sa vie à son devoir. Que si quelqu’un, après avoir reconnu publiquement ces mêmes dogmes, se conduit comme ne les croyant pas, qu’il soit puni de mort, il a commis le plus grand des crimes, il a menti devant les lois. »

   Mon opinion :

   Heureusement que la peine de mort a été abolie, parce qu’il est bien difficile d’aimer les lois d’un pays comme la France, sa justice à plusieurs vitesses, et de voir où est le devoir qui mériterait qu’on se sacrifie pour lui.

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